Avec le finlandais Metso, Harmony Gold pose une nouvelle pierre de sa stratégie cuivre

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Le projet Eva Copper, fer de lance de la diversification d’Harmony dans le cuivre.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Le projet Eva Copper, fer de lance de la diversification d’Harmony dans le cuivre.
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Le sud-africain Harmony Gold Mining a signé un contrat d’une valeur de 55 millions d’euros avec Metso pour l’achat d’équipements miniers. L’annonce faite le 4 décembre par le fournisseur finlandais vient soutenir la stratégie de diversification du producteur d’or basé à Johannesburg, qui s’active pour devenir un important producteur de cuivre. Le contrat couvre l’achat par Harmony de deux broyeurs, deux concasseurs, de cellules de flottation et d’autres outils nécessaires au fonctionnement de l’usine de traitement de la future mine Eva Copper. Le conseil d’administration de Harmony a pris le mois dernier la décision finale d’investissement pour construire cette mine en Australie.
L’investissement nécessaire est estimé entre 1,55 et 1,75 milliard USD et permettra à la compagnie sud-africaine de produire en moyenne 60 000 tonnes de cuivre par an pendant 15 ans. Les travaux de construction sont censés démarrer au premier trimestre 2026 pour une mise en service d’Eva Copper en 2028. « En plus de la livraison des équipements, Metso et Harmony sont convenus d'un accord préliminaire pour un contrat pluriannuel de support logistique majeur. Cela garantira la mise en service et la montée en puissance sans heurts de l'usine de concentration de cuivre Eva », a indiqué Kai Rönnberg, vice-président, Minéraux, Asie Pacifique chez Metso.
Longtemps concentré sur l’or, Harmony s’appuie sur ses mines sud-africaines du Witwatersrand et sur Hidden Valley, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, pour assurer une production qui a atteint 1,48 million d’onces sur l’exercice financier clos le 30 juin 2025. Cette configuration va évoluer en profondeur au cours de la prochaine décennie, puisque la compagnie prévoit que le cuivre représentera 40% de sa production minière en 2035.
Eva Copper constitue la première pierre de cette transition. Elle s’accompagne de la prise de contrôle de la mine australienne CSA, acquise cette année avec le rachat de MAC Copper Limited pour 1,01 milliard de dollars et capable de livrer 40 000 tonnes de cuivre par an. Le portefeuille cuprifère inclut également Wafi-Golpu, développé dans le cadre d’une coentreprise à parts égales avec Newmont. L’étude de faisabilité publiée en 2018 anticipe une production annuelle de 161 000 tonnes pendant 28 ans.
Déficit d’approvisionnement et prix élevés
Cette évolution rejoint le repositionnement engagé par d’autres grands acteurs de l’or. L’américain Newmont, partenaire de la compagnie sud-africaine à Wafi-Golpu et premier producteur mondial d’or, renforce sa présence dans le cuivre, tout comme son principal concurrent Barrick Mining. Deuxième producteur mondial d’or en 2024, la société canadienne vise un doublement de ses volumes cuprifères à l’horizon 2031 afin d’atteindre un milliard de livres, soit 450 000 tonnes par an.
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Si Harmony assure que l’or reste sa « priorité » et voit dans le cuivre un moyen de « renforcer la résilience » de son portefeuille, l’intérêt pour le métal rouge intervient alors que la demande mondiale s’accélère sous l’effet de la transition énergétique. Dans le même temps, l’offre de cuivre connaît des tensions récurrentes, un cocktail qui entretient des prix élevés. Le prix du cuivre pour livraison dans trois mois a dépassé 11 600 dollars la tonne début décembre 2025 à la bourse des métaux de Londres, en hausse d’environ 30% depuis le début de l’année.
Les signes de déséquilibre abondent. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe un déficit de 30% à l’horizon 2035, tandis que BloombergNEF estime que la pénurie s’amorce dès 2025 et pourrait atteindre 19 millions de tonnes en 2050. Les tensions sont déjà visibles à court terme. Les prix du cuivre ont atteint des sommets historiques cette année à la faveur de perturbations majeures dans plusieurs pays producteurs et de conditions commerciales qui accentuent la volatilité.
En Indonésie, la mine de cuivre Grasberg (2e plus grande au monde) a dû revoir ses prévisions à la baisse après un glissement de terrain. En RDC, un incident sismique survenu à Kamoa-Kakula a eu des conséquences similaires. Ces événements interviennent dans un marché rendu encore plus instable par l’accumulation de stocks américains liés à l’hypothèse de futurs droits de douane sur le cuivre, imposés par l’administration Trump.
« Nous pensons que ces dynamiques uniques, mêlant inventaires disloqués et perturbations aiguës de l’offre minière, installent un cadre résolument haussier pour le cuivre et suffisent à propulser les prix au-delà de 12 000 dollars la tonne au premier semestre 2026 », explique Gregory Shearer, responsable de la stratégie des métaux de base et des métaux précieux chez JP Morgan.
La montée en puissance d’Harmony repose sur des projets à des stades d’avancement différents. CSA constitue la composante la plus immédiate, la mine étant déjà en production et appelée à poursuivre ses livraisons annuelles. Pour construire la mine Eva Copper, la compagnie sud-africaine compte s’appuyer sur une combinaison de dette et de flux de trésorerie internes. Le maintien de bonnes performances pour ses opérations aurifères sera donc décisif pour ce projet, qui dispose par ailleurs des autorisations requises en Australie, sous réserve des modifications attendues des autorités environnementales.
La diversification de Harmony dans le cuivre dépend aussi du développement de Wafi-Golpu. En 2023, la compagnie a signé avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée un protocole d’accord définissant les principes devant guider la négociation des accords de permis, de développement et d’exploitation du projet. En novembre 2025, Harmony a assuré que les discussions avec son partenaire Newmont et le gouvernement se poursuivent pour sécuriser le permis minier spécial. Une sortie confirmée le 4 décembre par Richard Maru, ministre papou-néo-guinéen du Commerce international et de l’Investissement, qui a expliqué que Wafi-Golpu se trouve dans les dernières étapes du processus réglementaire. Le gouvernement et les compagnies finalisent le contrat de développement minier ainsi que le permis minier spécial, et une annonce majeure est attendue avant la fin de l’année, a-t-il ajouté.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin