La France et l’Europe parient 410 millions d'euros sur le transport fluvial durable à Lagos, vitrine du Nigeria
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Ferries naviguant sur la lagune de Lagos
© Lagferry, via X
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Ferries naviguant sur la lagune de Lagos
© Lagferry, via X
Au Nigeria, la mégapole de Lagos s’apprête à connaître une transformation majeure de sa mobilité. Avec un financement global de 410 millions d'euros, le projet « Omi Eko », littéralement « les eaux de Lagos », vise à développer 140 kilomètres de voies navigables, une vingtaine de terminaux modernes et une flotte de 75 ferries électriques destinés à transporter chaque année jusqu’à 25 millions de passagers.
Soutenue par l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Union européenne, cette initiative s’inscrit dans une stratégie de transport urbain décarboné. A Lagos, où la circulation se transforme souvent en embouteillages interminables, ce projet constitue une alternative crédible aux routes congestionnées et marque une avancée décisive vers une économie plus verte et mieux structurée.
Une réponse structurelle aux défis de Lagos
Pour l’État de Lagos, « Omi Eko » ne se limite pas à la construction d’infrastructures : il s’agit d’une réponse à la fois économique, sociale et environnementale aux défis d’une métropole en expansion. En favorisant le transport par voie d’eau, les autorités entendent désengorger les routes, améliorer la connectivité entre les zones périphériques et les centres d’activité, et réduire le coût du trafic sur la productivité urbaine. Le projet est également porteur d’opportunités pour l’emploi local, à travers les chantiers de construction, la maintenance des terminaux et l’exploitation de la flotte.
Sur le plan environnemental, « Omi Eko » s’inscrit dans la vision d’une ville résiliente. Grâce au projet, les émissions de dioxyde de carbone devraient reculer de plus de 41 000 tonnes par an. Lagos ambitionne ainsi de faire de ses lagunes un levier de croissance, dans le cadre plus large de la « Blue Economy » que le Nigeria cherche à promouvoir pour valoriser ses ressources hydriques et renforcer sa résilience climatique.
« Cela permettra, si je puis dire, de retirer 100 000 personnes du transport routier ou ferroviaire pour les orienter vers les voies d’eau. Pour cette cité de splendeur aquatique, il est en quelque sorte naturel de considérer la lagune comme un atout pour améliorer la vie des habitants de Lagos », a déclaré le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, cité par ThisDay Live.
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Pour la France, qui se positionne comme chef de file du projet aux côtés de l’État de Lagos, l’enjeu dépasse la seule mobilité urbaine. Le financement d’« Omi Eko » illustre une diplomatie économique renouvelée, centrée sur les infrastructures durables et la transition énergétique. Dans un contexte où Paris cherche à rééquilibrer sa présence sur le continent africain, notamment après le recul de son influence dans plusieurs pays francophones, le Nigeria apparaît désormais comme un partenaire pivot.
Les deux pays entretiennent des relations commerciales dynamiques, qui tendent à se diversifier au-delà du secteur pétrolier. Premier partenaire de la France en Afrique subsaharienne, le Nigeria a échangé avec l’Hexagone près de 5 milliards € de biens en 2024, selon les données du Trésor français. La France s’affirme ainsi comme le deuxième client européen du Nigeria, juste derrière l’Espagne.
Au Nigeria, l’AFD revendique plus de 35 projets financés en 12 ans et plus de 2 milliards d'euros d’engagements depuis 2008. « Omi Eko » s’inscrit dans cette continuité, tout en donnant à la coopération franco-nigériane une dimension nouvelle, davantage axée sur la durabilité, la mobilité électrique et l’aménagement métropolitain.
Grâce au soutien de l’Union européenne, le projet entre également dans le cadre du programme Global Gateway, le plan européen de connectivité avec l’Afrique. L’initiative vise à proposer des financements compétitifs et transparents face aux offres d’autres puissances mondiales, notamment la Chine, tout en défendant des normes sociales et environnementales élevées.
L’ambassadeur de l’Union européenne au Nigeria, Gautier Mignot, y voit un modèle de coopération équilibrée : « Un projet emblématique pour les habitants de Lagos et pour le partenariat UE–Nigeria. […] un financement combinant subventions et prêts pour une infrastructure de haute qualité, plaçant la durabilité et l’inclusion sociale au cœur du projet ».
Pour les entreprises françaises et européennes, « Omi Eko » représente une occasion d’exporter leur savoir-faire en ingénierie fluviale, en mobilité électrique et en urbanisme durable ; des domaines où la concurrence asiatique, et plus particulièrement chinoise, se renforce. Selon le rapport « Global EV Outlook 2025 » publié par l’Agence internationale de l’énergie, les ventes de véhicules électriques ont plus que doublé en Afrique en 2024. Même si elles ne représentent encore que 0,1% du marché mondial, la dynamique est largement portée par les constructeurs chinois qui captent près de 75% de la croissance observée dans les économies émergentes.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin