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La Tribune Afrique

Guinée : entre rareté du cash et montée du digital, la Banque centrale cherche l’équilibre

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Publié le 10 novembre 2025 à 16:56

Dr Karamo Kaba, gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée

Dr Karamo Kaba, gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée

Photo DR

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Confrontée à une pénurie de liquidités, la Banque centrale de Guinée engage une série de réformes pour stabiliser le système financier et accélérer la transition vers une économie moins dépendante du cash.

En Guinée, la pénurie de liquidités apparue cette année inquiète les consommateurs et les autorités monétaires. Cette crise, qui a vu de nombreux clients peiner à retirer des montants importants de leurs comptes bancaires, a obligé la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), fin août, à injecter de nouveaux billets de banque dans l’économie formelle. Consciente des tensions que cette situation provoque, la BCRG tente d’anticiper une résurgence à l’avenir.

Lors d’un échange avec la Commission chargée des Affaires financières du Conseil national de la Transition (CNT) — l’organe législatif qui remplace l’Assemblée nationale depuis la prise de pouvoir du général Mamadi Doumbouya — le gouverneur de la BCRG, Dr Karamo Kaba, a annoncé une série de mesures destinées à améliorer la circulation monétaire et à stabiliser le système financier, après plusieurs mois de tensions marquées par la raréfaction des billets dans les circuits officiels.

Une stratégie de transformation monétaire à long terme

La feuille de route présentée par le gouverneur s’articule autour d’une dématérialisation progressive des paiements. À court terme, l’institution monétaire veut renforcer la promotion des paiements électroniques et lever les plafonds qui freinent encore les transactions digitales. À moyen terme, elle prévoit la mise en service du Switch national, infrastructure stratégique qui assurera l’interopérabilité entre les banques, les fintechs et les opérateurs de mobile money. À plus long terme, un système de paiement marchand inspiré de M-Pesa sera lancé avec l’appui de la Banque mondiale.

Lancé en 2007 par l’opérateur kényan Safaricom, ce modèle a ouvert à des millions de Kényans l’accès à des services financiers sans passer par le réseau bancaire traditionnel. Considéré comme l’un des exemples les plus réussis de finance digitale, M-Pesa est bien plus qu’un simple système de paiement mobile : il constitue aujourd’hui une véritable plateforme de services financiers numériques — transferts, paiements, crédits, épargne, assurances, etc. — avec notamment une interconnexion avec des banques telles qu’Equity Bank ou KCB, ainsi qu’avec d’autres opérateurs. Présent aujourd’hui dans plus de huit pays, le service, qui revendique plus de 60 millions de clients et 5 millions d’entreprises, a été crédité d’avoir « largement contribué à une croissance allant jusqu’à 60 % de l’inclusion financière formelle dans différents pays, avec jusqu’à 84 % de la population atteignant l’inclusion financière formelle », selon son site officiel.

En s’inspirant de ce modèle, la BCRG entend « ancrer la monnaie électronique dans les habitudes des Guinéens ». Le pays compte actuellement onze établissements de monnaie électronique agréés, contre six un an plus tôt, et environ un quart de la population adulte détient un compte mobile. L’institution voit dans cette évolution un levier pour réduire la circulation du cash, accroître la transparence des flux financiers et élargir l’inclusion économique, autant d’objectifs essentiels pour stabiliser durablement le système monétaire.

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Une crise symptomatique des fragilités du système monétaire

Pour la BCRG, la pénurie de liquidités constatée depuis plusieurs mois découle d’un ensemble de facteurs structurels et conjoncturels. La forte préférence du public pour les paiements en espèces, les retards dans la livraison de nouveaux billets, la pression des paiements massifs en cash liés au mégaprojet Simandou, ou encore la réticence de certains gros déposants à alimenter leurs comptes dans un contexte de contrôles anti-blanchiment renforcés et d’usage accru des Avis à Tiers Détenteurs (ATD), ont tous contribué à assécher les guichets bancaires.

Ce déséquilibre a mis en lumière la fragilité du lien entre les progrès enregistrés par le secteur financier et les pratiques économiques du quotidien. Pour rétablir la confiance, la Banque centrale a entrepris une série de mesures d’urgence : accélération des livraisons de billets par fret aérien, injections massives de liquidités dans les banques et diffusion d’une note circulaire de la Primature encourageant le recours aux virements électroniques plutôt qu’aux paiements en espèces. Ces interventions ont permis une amélioration progressive de la situation, même si la demande de cash reste encore soutenue.

Une stabilité monétaire préservée malgré la tension

Malgré les tensions sur la liquidité, la BCRG affirme que le franc guinéen demeure globalement stable. Cette stabilité, obtenue au prix d’une vigilance accrue sur le marché des changes, s’appuie sur le rapatriement de près de la moitié des recettes minières et sur le renforcement des réserves de change.

Ces difficultés interviennent dans un contexte économique pourtant favorable. Selon la Banque centrale, la Guinée devrait enregistrer en 2025 une croissance du PIB supérieure à 7%, soutenue par la vigueur de l’industrie, des services et du secteur financier. L’inflation, en baisse continue, est passée de 4,7% en 2024 à 3,7% à fin août 2025, et devrait s’établir à 2,7 % en moyenne d’ici la fin de l’année, un niveau inférieur au seuil de convergence de 3% fixé par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

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