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En attendant Inga, la RDC cherche une solution électrique rapide auprès de l’Angola

Olivier de Souza, Agence Ecofin

Publié le 19 mai 2026 à 06:58

L’objectif des autorités congolaises est d'acheminer jusqu’à 2 000 MW vers les populations, industries et zones minières.

L’objectif des autorités congolaises est d'acheminer jusqu’à 2 000 MW vers les populations, industries et zones minières.

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Alors que les besoins énergétiques des mines africaines augmentent plus vite que les capacités de production locales, les interconnexions régionales s’imposent comme leviers pour sécuriser l’approvisionnement électrique et soutenir l’industrialisation.

La République démocratique du Congo et l’Angola avancent sur un projet d’interconnexion électrique destiné à acheminer l’excédent hydroélectrique angolais vers les zones minières et industrielles congolaises. Une manœuvre qui se profile dans un contexte où Kinshasa cherche des solutions rapides pour réduire son déficit énergétique, en attendant le développement de son projet de méga-barrage Inga 3.

Le jeudi 14 mai, le ministre congolais de l’Energie, Aimé Sakombi, a ainsi annoncé à Luanda la construction d’une ligne de transmission haute tension reliant Malanje, en Angola, à Fungurume, dans la province congolaise du Lualaba. Selon les déclarations officielles, cette infrastructure doit s’étendre sur environ 1 450 km.

Le projet comprend également une seconde ligne entre la province angolaise de Zaire et le site d’Inga. L’objectif affiché par les autorités congolaises est de permettre le transfert de jusqu’à 2 000 MW vers leurs populations, industries et zones minières.

Une réponse à un déficit énergétique structurel

Cette coopération intervient alors que la RDC reste confrontée à un déficit énergétique structurel, malgré son immense potentiel hydroélectrique. Le pays d'Afrique centrale, qui compte plus de 109 millions d’habitants, peine encore à garantir un approvisionnement stable en électricité à ses ménages comme à ses entreprises.

La situation est particulièrement critique dans le Copperbelt congolais, où se concentrent plusieurs grands projets de cuivre et de cobalt. Selon le ministère des Mines, le déficit énergétique des opérateurs miniers atteint au moins 1 500 MW. Faute d’électricité suffisante, plusieurs groupes continuent de recourir à des groupes électrogènes diesel coûteux pour maintenir leurs activités.

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Ivanhoe Mines, opérateur du complexe de Kamoa-Kakula, a notamment indiqué explorer de futures importations d’hydroélectricité angolaise, afin de sécuriser l’alimentation de ses installations et de sa future fonderie.

L’Angola comme alternative sous-régionale

Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse la seule continuité des opérations minières. Les autorités congolaises cherchent également à créer les conditions d’une transformation locale accrue des minerais critiques, notamment le cuivre et le cobalt, devenus stratégiques pour les chaînes mondiales de la transition énergétique.

En attendant une montée en puissance des capacités nationales, l’Angola apparaît comme une solution de transition. Selon la Banque africaine de développement (BAD), ce pays dispose actuellement d’environ 1,5 GW d’électricité hydroélectrique inutilisée, une capacité qui pourrait atteindre 3,5 GW d’ici 2027 grâce à l'extension de ses infrastructures énergétiques.

Pour Luanda, l’exportation d’électricité représente un moyen de valoriser ses investissements dans l'hydroélectricité, notamment autour du barrage de Laúca, tout en renforçant son intégration économique régionale.

Un projet inscrit dans la dynamique du corridor de Lobito

Le projet s’inscrit également dans la dynamique plus large du corridor de Lobito, soutenu par les États-Unis et plusieurs partenaires occidentaux pour connecter les zones minières de la RDC et de la Zambie à la façade atlantique angolaise. Dans cette stratégie, l’énergie représente un aspect clé. Les autorités américaines considèrent qu’un approvisionnement électrique plus stable est indispensable au développement des activités minières, industrielles et logistiques associées au corridor.

L’entreprise américaine Hydro-Link participe déjà à la structuration du projet avec le groupe suisse Mitrelli. Plusieurs protocoles d’accord ont été signés depuis 2024 avec les gouvernements angolais et congolais, afin d’encadrer les études techniques et le développement de l’infrastructure. Les documents signés en octobre 2025 autour du projet Hydro-Link portent sur une ligne de transmission destinée à importer jusqu’à 1,2 GW d’électricité angolaise vers la RDC. L'infrastructure, présentée comme l’un des volets du futur dispositif d’interconnexion énergétique entre les deux pays, est évaluée à environ 1,5 milliard USD (environ 1,3 milliard d'euros).

Plusieurs étapes restent toutefois à franchir avant le démarrage effectif des travaux, notamment les études de faisabilité, les autorisations réglementaires et la mobilisation des financements. Hydro-Link prévoit notamment de solliciter des financements auprès de la Société de financement du développement international des États-Unis (DFC).

Inga 3 : horizon structurel, mais encore incertain

Au-delà de l’urgence énergétique actuelle, Kinshasa continue de présenter Inga 3 comme la solution structurelle de long terme. Le méga-projet de barrage hydroélectrique, appelé à devenir l’un des plus importants du continent africain, reste cependant confronté à des discussions complexes sur son financement, son modèle de développement et sa gouvernance.

Pour le président congolais Félix Tshisekedi, Inga 3 demeure essentiel au développement du corridor de Lobito et à l’émergence de chaînes de valeur industrielles autour des minerais critiques. Mais dans l’attente d’une concrétisation du projet, la RDC privilégie désormais une approche plus pragmatique, consistant à sécuriser rapidement des capacités électriques régionales.

Si elle aboutit, l’interconnexion avec l’Angola pourrait devenir l’un des projets énergétiques transfrontaliers les plus structurants d’Afrique australe et centrale, dans une région où les besoins industriels progressent plus vite que les capacités nationales de production électrique.

Olivier de Souza, Agence Ecofin

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