Le défaut tue : l’autre vérité que l’Afrique refuse de regarder
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Idrissa Diabira est le fondateur de SherpAfrica et ancien DG de l'ADEPME
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Idrissa Diabira est le fondateur de SherpAfrica et ancien DG de l'ADEPME
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Dans les marchés financiers, un paiement n’est jamais « en retard ». Il est soit effectué à l’heure exacte prévue, soit immédiatement considéré comme un incident de crédit. Une heure suffit parfois à dégrader la signature d’un État. Une journée modifie la perception du risque. Une semaine ferme l’accès à un marché. La finance internationale repose sur une loi simple : le temps est une dette. Lorsqu’il n’est pas respecté, c’est l’investisseur qui en supporte le coût immédiat. Et c’est pour cela que la sanction tombe toujours.
Dans de nombreux pays africains, cette réalité est minimisée. On évoque des décalages techniques, des tensions passagères, des arbitrages administratifs, comme si les retards n’avaient aucune conséquence structurelle. Pourtant, ils détruisent la confiance, fragilisent nos institutions, rongent les marges des entreprises et tuent les PME. Ce que les agences internationales de notation appellent un « défaut sélectif » n’a rien d’un incident marginal. Dans la taxonomie officielle de Standard & Poor’s, il s’agit d’une forme de défaut au sens strict : l’État cesse de payer certaines obligations - souvent domestiques - tout en continuant d’en honorer d’autres. Ce n’est pas un « petit défaut », mais une rupture de confiance ciblée, dont les effets sont aussi destructeurs pour l’économie qu’un défaut en devises, et parfois plus, car il frappe au cœur du tissu productif national.
La réalité est d’autant plus brutale que dans les économies avancées, un simple dépassement de délai légal fragilise déjà les entreprises. Un quart des faillites européennes sont directement liées aux retards de paiement, selon la Banque de France et la Commission européenne. Et pourtant, ces pays disposent d’assurances-crédit, de tribunaux commerciaux efficaces, de marchés financiers profonds, de systèmes d’information performants et de mécanismes institutionnels robustes. Si douze jours de retard suffisent à créer des faillites en Europe, il n’est pas difficile d’imaginer l’effet de douze mois de retard sur une PME africaine.
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