Glencore ajuste sa stratégie sur le cobalt de RDC, face aux incertitudes commerciales de moyen terme

Idriss Linge, Agence Ecofin

En RDC, Glencore contrôle deux sites majeurs de production de cobalt, Kamoto Copper Company et Mutanda Mining.
Glencore

Idriss Linge, Agence Ecofin

En RDC, Glencore contrôle deux sites majeurs de production de cobalt, Kamoto Copper Company et Mutanda Mining.
Glencore
Sur la période 2026–2027, le groupe minier Glencore, dont le siège est à Baar, en Suisse, prévoit de commercialiser 41 600 tonnes de cobalt issues de ses sites de production en RDC, exploités par Kamoto Copper Company (KCC) et Mutanda Mining, dont il est le principal actionnaire. Ce volume correspond aux quotas attribués par l’Autorité de régulation des ressources minérales stratégiques (ARESCOM) pour ces deux années, auxquels s’ajoutent les droits de vente du quatrième trimestre 2025 demeurés inutilisés en raison de retards administratifs.
Ces volumes restent inférieurs au potentiel annuel de production des actifs concernés. Face à cette contrainte réglementaire, Glencore indique disposer de stocks suffisants pour approvisionner le marché. Le groupe précise toutefois qu’il entend désormais prioriser la production de cuivre, jugée plus pertinente sur le plan économique dans le contexte actuel. Le cobalt produit au-delà des plafonds autorisés ne serait ni abandonné ni perdu : il serait conservé soit sous forme de minerai en cours de traitement, soit stocké localement en RDC sous forme de produit fini, dans l’attente de conditions de commercialisation plus favorables. Cette approche vise à préserver la valeur économique du métal tout en respectant le cadre réglementaire en vigueur.
Le dispositif de quotas mis en place par les autorités congolaises s’inscrit dans une logique de régulation du marché, visant notamment à limiter la surabondance de l’offre, à soutenir les prix et à renforcer le contrôle public sur une ressource considérée comme stratégique. La pérennité et l’évolution de ce mécanisme dépendront toutefois des arbitrages futurs des autorités, dans un contexte marqué à la fois par des impératifs de recettes, de stabilité du secteur et de positionnement de la RDC dans les chaînes de valeur mondiales.
Glencore fonde néanmoins sa stratégie sur l’hypothèse qu’au-delà de 2027, un assouplissement du régime des quotas pourrait être envisagé. Selon le groupe, les stocks mondiaux de cobalt devraient être en grande partie résorbés au cours des années 2026 et 2027, ce qui pourrait soutenir une révision à la hausse des volumes autorisés à l’exportation.
Pour les années 2028 et suivantes, l’entreprise anticipe des conditions de marché proches de celles observées fin 2025, tant en matière de prix que de conditions de paiement, ainsi qu’une capacité à écouler l’essentiel de sa production de cobalt. Cette projection demeure toutefois sensible à plusieurs variables, notamment l’évolution des technologies de batteries, la trajectoire de l’offre hors de la RDC et les orientations que prendront les autorités congolaises en matière de régulation du secteur. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les fondamentaux miniers des deux principaux actifs du groupe en RDC se sont renforcés. À Mutanda, les réserves actuelles assurent une durée de vie estimée à environ 22 ans. KCC, davantage orientée vers le cuivre mais caractérisée par des teneurs particulièrement élevées, affiche une durée de vie estimée à environ 18 ans. Ces horizons d’exploitation, qui s’étendent jusqu’au début des années 2040, confèrent au cobalt congolais un poids stratégique durable dans le portefeuille du groupe, malgré les incertitudes pesant sur la demande à long terme.
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Cette trajectoire industrielle se déploie néanmoins dans un environnement complexe. Des sources concordantes indiquent qu’à partir du quatrième trimestre 2025, Glencore aurait engagé des discussions exploratoires en vue d’une éventuelle cession de ses activités en RDC. Ces échanges seraient particulièrement sensibles en raison de la gestion des contrats de pré-achat, qui soulèveraient des enjeux significatifs en cas de reprise par un nouvel opérateur. À ce stade, aucune décision formelle n’a été rendue publique. La nature d’un éventuel acquéreur — industriel, financier ou étatique — pourrait toutefois avoir des implications différentes en matière de gouvernance des actifs, de stratégie commerciale et de relations avec les autorités congolaises.
Sur le marché international, les prix du cobalt ont récemment progressé, ce qui signale une demande de court terme plus dynamique que l’offre disponible, en partie sous l’effet des restrictions congolaises. Cette tension reste cependant contrebalancée par une tendance de fond : les principaux acteurs mondiaux du secteur des batteries développent des technologies de substitution visant à réduire significativement, voire à éliminer, l’usage du cobalt. À moyen et long terme, cette évolution technologique pourrait peser sur la valeur économique des réserves, malgré leur qualité géologique. Pour Glencore, l’enjeu consiste dès lors à optimiser la valorisation du cobalt tant que les conditions de marché demeurent favorables, tout en gérant le risque d’une normalisation, voire d’un affaiblissement structurel de la demande au-delà de la fin de la décennie. Dans ce contexte, le cobalt congolais apparaît moins comme un simple produit minier que comme un actif stratégique soumis à des arbitrages réglementaires, industriels et technologiques. Pour Glencore, la question n’est plus uniquement celle de l’accès à la ressource, mais de sa valorisation durable dans un environnement en profonde mutation.
Idriss Linge, Agence Ecofin