L’Égypte avait retrouvé l'autosuffisance gazière en 2018, par l'essor du champ offshore de Zohr, avant de redevenir importateur net à l’été 2024, avec le recul de la production nationale.
Située au croisement de la Méditerranée, de la mer Rouge et des routes énergétiques du Moyen-Orient, l’Égypte occupe une place stratégique dans le commerce régional du gaz. Son retour sur le marché mondial du GNL renforce la concurrence pour les cargaisons disponibles, alors que l’Europe dépend elle aussi largement de ce marché.
L’Égypte négocie l’achat de 15 à 18 cargaisons de gaz naturel liquéfié par mois pendant au moins trois ans, selon des sources citées cette semaine par Reuters.
Les discussions impliqueraient notamment le français TotalEnergies, les groupes britanniques Shell et BP, ainsi que le négociant américain Hartree Partners. Les trois majors disposent d’importants portefeuilles internationaux de GNL, tandis que Hartree est spécialisé dans le négoce d’énergie et de matières premières.
Les contrats envisagés, d’une valeur annuelle estimée entre 8 et 11 milliards dollars (entre 7 et 9,64 milliards d'euros), pourraient courir sur trois à cinq ans. Les négociations ne sont toutefois pas finalisées. Aucune des parties concernées n’a encore communiqué sur le sujet.
Si elles se confirment et aboutissent, ces discussions marqueraient un changement d’échelle dans la stratégie énergétique égyptienne. Après avoir multiplié les achats ponctuels et les accords destinés à couvrir les périodes de forte consommation, le pays chercherait désormais à sécuriser une partie de ses importations sur plusieurs années.
De l’autosuffisance au retour des importations
L’Égypte avait retrouvé son autosuffisance gazière en 2018, portée par la montée en puissance du champ offshore de Zohr, découvert en Méditerranée par le groupe italien Eni. La situation s’est ensuite progressivement inversée.
Le pays est redevenu importateur net de gaz à partir de l’été 2024, sous l’effet du recul de la production nationale et de la hausse de la consommation. La production a atteint en moyenne moins de 4,4 milliards de pieds cubes par jour durant l’exercice budgétaire 2025-2026. Elle devrait encore diminuer à environ 4,2 milliards de pieds cubes par jour durant l’exercice 2026-2027.
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Le déclin du champ de Zohr explique une partie de cette évolution. Sa production a reculé à mesure que le gisement arrivait à maturité. Les retards de paiement accumulés par l’État envers les compagnies étrangères ont aussi freiné certains investissements nécessaires au maintien de l’extraction.
Dans le même temps, les besoins d’importation continuent d’augmenter. L’Égypte a importé environ 985 milliards de pieds cubes de gaz entre juillet 2025 et juin 2026, sous forme de GNL ou par gazoduc, depuis Israël.
Le gaz reste essentiel à la production d’électricité
Le recul de la production nationale est d’autant plus problématique que le gaz représente environ la moitié du mix énergétique égyptien et alimente une grande partie des centrales électriques. La demande augmente fortement pendant l’été, lorsque les températures élevées entraînent un recours accru à la climatisation. Les autorités cherchent à éviter de nouvelles coupures de courant, après les délestages observés au cours des années précédentes.
Le Caire a donc multiplié les contrats d’importation. En 2025, la compagnie publique EGAS avait déjà conclu des accords portant sur un potentiel de 290 cargaisons de GNL en trente mois avec plusieurs groupes énergétiques et négociants internationaux.
En janvier 2026, l’Égypte a également signé avec le Qatar un accord permettant la livraison de jusqu’à 24 cargaisons pendant la période estivale. Ces achats répondaient principalement à des besoins immédiats.
Une dépendance coûteuse en attendant le redressement de la production
Dans un contexte où le conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a accentué la pression sur les prix, des contrats pluriannuels permettraient à l’Égypte de réduire son exposition aux achats ponctuels. Ils ne garantiraient toutefois pas un gaz bon marché, les cargaisons étant négociées sur le même marché mondial que celui où s’approvisionnent les acheteurs européens et asiatiques.
La hausse des prix a déjà fortement renchéri les achats égyptiens. Pour des volumes comparables, la facture mensuelle des importations de gaz serait passée d’environ 560 millions USD (environ 490,8 millions d'euros) avant le conflit à 1,65 milliard dollars (environ 1,45 milliard d'euros) en mars, selon Reuters.
Pour Le Caire, cette hausse soulève un enjeu financier important. Le paiement des importations mobilise des devises dont le pays a également besoin pour financer ses autres achats à l’étranger, rembourser sa dette et reconstituer ses réserves de change.
Réduire durablement cette facture suppose toutefois de redresser la production nationale. L’Égypte cherche d’ailleurs à attirer de nouveaux investissements et à accélérer le développement de ses ressources gazières avec l’appui de groupes étrangers.
Eni et BP ont par exemple annoncé en avril une découverte offshore estimée à environ 2 000 milliards de pieds cubes de gaz. Le gisement se trouve à proximité d’infrastructures existantes, ce qui pourrait réduire les coûts et les délais nécessaires à sa mise en exploitation. Aucun calendrier de production n’a toutefois encore été communiqué.