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Transformation locale du manganèse : le Gabon maintient l’échéance de 2029, malgré les tensions sur l’électricité

Olivier de Souza, Agence Ecofin

Publié le 13 février 2026 à 12:30

Le président Brice Oligui Nguema a fixé un objectif de 2 millions de tonnes d’alliages de manganèse produits au Gabon dès 2029.

Le président Brice Oligui Nguema a fixé un objectif de 2 millions de tonnes d’alliages de manganèse produits au Gabon dès 2029.

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A trois ans de l’interdiction des exportations de manganèse brut, le gouvernement gabonais réaffirme sa volonté d’imposer la transformation locale du minerai et écarte les inquiétudes des industriels liées aux pénuries d’électricité.

Face aux mises en garde des compagnies minières sur les contraintes énergétiques, les autorités gabonaises affichent une ligne ferme : la transformation locale du manganèse constitue une orientation souveraine irréversible, et l’échéance de 2029 ne sera pas renégociée. Le 11 février, en marge de la conférence Mining Indaba à Cape Town (Afrique du Sud) le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a qualifié les pessimismes sur le volet énergétique de « faux débat ». Selon lui, certaines entreprises ont déjà montré qu’il est possible de réduire la consommation électrique des procédés industriels de 40 à 60%, ce qui limite la validité des arguments évoquant un blocage énergétique.

Sur cette base, le gouvernement exige désormais de tous les producteurs de manganèse la présentation de calendriers détaillés de mise en œuvre et la preuve de progrès mesurables vers la transformation locale du minerai. L’État fournira un appui administratif, mais rappelle que le respect des délais reste entièrement à la charge des entreprises. Tout manquement au calendrier fixé à 2029 pourrait entraîner le retrait de licences. Pour rappel, le président Oligui Nguema a fixé un objectif de 2 millions de tonnes d’alliages de manganèse produits localement dès 2029.

Une rupture avec le modèle d’exportation brute

Deuxième producteur mondial de manganèse derrière l'Afrique du Sud, le Gabon en a exporté 9,4 millions de tonnes en 2024, en baisse de 5,3% par rapport à l’année précédente. La quasi-totalité de ces volumes est encore expédiée à l’état brut, ce qui illustre l’ampleur du changement de modèle économique recherché par les autorités.

La politique annoncée rompt avec plusieurs décennies d’exportation primaire pour capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Elle s’inscrit dans une stratégie de diversification économique fondée sur l’industrialisation, la création d’emplois qualifiés et le transfert de technologie. Utilisé dans la sidérurgie et dans les batteries pour véhicules électriques, le manganèse est identifié comme un levier central de cette transformation.

Le pays dispose déjà d’un socle industriel à Moanda, où la Compagnie Minière de l'Ogooué (COMILOG) exploite la plus grande mine du monde, des unités d’enrichissement et des complexes métallurgiques produisant notamment de l’oxyde de manganèse. Plusieurs partenaires étrangers se positionnent également, des entreprises chinoises souhaitant notamment implanter une zone industrielle dédiée à la transformation du manganèse, et un groupe japonais ayant annoncé un projet d’usine.

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L’équation énergétique au cœur des incertitudes

Cette montée en puissance industrielle fait face à un défi énergétique majeur. Une transformation complète de la production nécessiterait plusieurs centaines de mégawatts supplémentaires, que les infrastructures prévues ne seront probablement pas en mesure de fournir d’ici 2029. En 2025, la capacité installée du réseau électrique gabonais atteignait 704 MW pour une demande estimée à 1 039 MW, ce qui alimente les inquiétudes sur la faisabilité de projets métallurgiques lourds et le disque d’investissements conséquents sans garantie d’alimentation électrique suffisante.

Les coupures d’électricité restent fréquentes dans le pays et freinent l’essor d’une industrialisation connue énergivore. Les projets énergétiques en cours apportent des perspectives, mais aussi leur lot d’incertitudes sur les délais. Attendus pour fin 2026, le barrage de Kinguélé Aval et sa capacité de 35 MW sont déjà largement destinés à la consommation domestique du Grand Libreville. Les projets plus ambitieux, comme le barrage de Booué, annoncé à 400 MW, sont encore au stade des études ou du démarrage de chantier.

Ces éléments suggèrent que l’augmentation des capacités électriques repose sur des infrastructures dont la réalisation prendra plusieurs années, un délai difficile à concilier avec l’échéance de 2029.

Réponse et stratégie du gouvernement

Les autorités gabonaises mettent en avant l’évolution des technologies et encouragent les entreprises à adapter leurs procédés industriels à l’environnement énergétique local. L’électricité ne doit plus être considérée comme un obstacle, mais comme un paramètre à intégrer dans les stratégies de production. Parallèlement, elles font montre de fermeté sur la gestion de l’ensemble du secteur minier. Deux nouvelles mines de fer, Milingui et Baniaka, doivent entrer en production cette année dans le cadre d’une politique de croissance contrôlée. Les entreprises qui ne lanceront pas leurs projets dans les délais annoncés perdront leurs licences.

La transformation locale du manganèse devient ainsi un pilier central de la politique minière gabonaise et un test de crédibilité pour les opérateurs comme pour l’État. La réussite de cette stratégie dépendra de la mobilisation des investissements privés et de la capacité du gouvernement à maintenir un environnement industriel compétitif, notamment en matière d’énergie et d’infrastructures. À l’horizon 2029, le pays veut s’engager dans une transition décisive, passant d’exportateur de minerai brut à acteur industriel de la chaîne de valeur mondiale du manganèse.

Olivier de Souza, Agence Ecofin

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