En Guinée, Bouygues victime de la reprise en main de la bauxite par l'Etat
Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Activités minières à la mine de bauxite de la Guinea Alumina Corporation en Guinée
@GAC
Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Activités minières à la mine de bauxite de la Guinea Alumina Corporation en Guinée
@GAC
DTP Mining, filiale du groupe français Bouygues, quitte le secteur minier en Guinée. Selon un communiqué cité par RFI, la société de services miniers a mis un terme à sa participation dans le projet de bauxite de Tinguilinta, repris par les autorités dans le cadre d’une vaste opération de réappropriation du secteur minier.
Premier exportateur mondial de bauxite, avec 145 millions de tonnes expédiées en 2024, la Guinée abrite plusieurs acteurs majeurs, dont Guinea Alumina Corporation (GAC), filiale de l’émirati Emirates Global Aluminium. Depuis le lancement de la production en 2019, DTP Mining assurait pour GAC les opérations d’extraction, qui ont conduit à l’expédition de 10,8 millions de tonnes de minerai l’an dernier.
Aucune explication officielle n’a été fournie sur les raisons de ce départ. En août 2025, le gouvernement a confié à une nouvelle société publique, Nimba Mining Company, les droits d’exploitation auparavant détenus par GAC. Un mois plus tard, un journaliste indépendant français rapportait sur son compte X (ex-Twitter) l’existence de discussions avec l’Etat guinéen, ouvrant à DTP Mining la possibilité de rester sur le site.
Le retrait de DTP Mining intervient sur fond de tensions autour du projet de raffinerie d’alumine de GAC, retardé à plusieurs reprises. Depuis son arrivée au pouvoir grâce à un coup d’Etat en 2021, le général Mamadi Doumbouya a fait de la transformation locale de la bauxite une priorité nationale, enjoignant aux compagnies minières de concrétiser leurs plans de raffineries. L’objectif pour Conakry est de produire de l’alumine, produit intermédiaire vers l’aluminium et plus valorisé que la bauxite.
Mais du côté de GAC, le recours au Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), tribunal arbitral de la Banque mondiale, est envisagé pour contester la décision de l’Etat guinéen. Difficile de dire si ces tensions ont incité DTP Mining à plier bagages. D’autant plus que, parallèlement à la création de la Nimba Mining Company et à la relance des projets de raffineries, le gouvernement guinéen cherche à renforcer son contrôle sur d’autres aspects de la chaîne de valeur de la bauxite.
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En juillet dernier, le ministre des Mines Bouna Sylla a annoncé la création de la Guinéenne des Transports Maritimes (Guitram), une nouvelle entreprise publique chargée d’assurer le transport de la moitié des volumes de bauxite exportés par le pays, à bord de navires battant pavillon national. Le code minier confère à l’État ce droit de transporter une part de la production nationale, une prérogative jusqu’ici peu utilisée.
Depuis quelques mois, les autorités travaillent par ailleurs à la mise en place d’un prix de référence pour le négoce de la bauxite. Dénommée GBX, il s’agira d’un indice permettant d’assurer plus de transparence dans la fixation du prix de ce produit, majoritairement importé par la Chine. Ce contrôle renforcé opéré par Conakry sur sa bauxite porte progressivement ses fruits.
Plusieurs projets de raffineries sont actuellement mis en œuvre dans le pays, notamment celui du chinois State Power Investment Corporation (SPIC), qui a lancé en mars dernier la construction d’une usine de 1,03 milliard de dollars dans la préfecture de Bofa. La capacité de production annoncée pour cette future raffinerie est de 1,2 million de tonnes d’alumine par an, avec une mise en service prévue en 2028. Avec sa société Alteo, l’homme d’affaires franco-guinéen Fadi Wazni pilote dans la même région un autre projet de raffinerie d’une capacité de production similaire.
Les défis restent nombreux pour la Guinée, dans la quête d’une meilleure répartition des revenus générés par la bauxite, au profit de son économie locale. Par exemple, un prix de référence n’a jamais réussi à s’imposer sur le marché de la bauxite, faute d’adhésion des acteurs de la filière. Selon l’analyste Anthony Everiss du cabinet londonien de conseil en produits de base CRU, il faudra donc « impliquer toutes les parties prenantes, telles que les producteurs en Guinée, notamment des coentreprises chinoises et d'autres projets émergents, les raffineries d'alumine en Asie et les négociants », afin de garantir des transactions régulières et importantes pour le futur indice.
Dans ses ambitions de transformation locale, la Guinée sera aussi confrontée à la question de la disponibilité et de la fiabilité de l’énergie, dans un pays où plus de la moitié de la population n’a pas accès à l’électricité. Alors que l’extraction de la bauxite consomme environ 34 kWh par tonne métrique, il faut plus de 3 000 kWh pour son raffinage en aluminium, indique le think tank américain Atlantic Council.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin