Au Niger, le projet de mine d’uranium Dasa porté par le canadien Global Atomic est suivi de près. Dans ce pays qui a repris en 2025 le contrôle de sa seule mine d’uranium en activité après la nationalisation d’une filiale du français Orano, le développement de ce nouveau site est perçu comme un levier potentiel pour relancer la production nationale.
La compagnie minière Global Atomic cherche à lever jusqu’à 50 millions de dollars canadiens, soit environ 30,1 millions d’euros, afin de faire progresser le développement de son projet d’uranium Dasa, situé dans le nord du Niger. Cette annonce survient quelques semaines après que la société a décidé de reporter d’un an l’entrée en production de la mine, initialement envisagée pour le second semestre 2026.
Dans un communiqué publié le 12 janvier dernier, Global Atomic indique avoir lancé une opération de placement privé pour mobiliser les fonds. Elle prévoit d’émettre un peu moins de 57 millions d’unités, chacune comprenant une action ordinaire et un bon de souscription donnant le droit d’acheter ultérieurement une action supplémentaire à un prix fixé à l’avance.
L’opération, réalisée sans intermédiaire bancaire, doit être proposée à des investisseurs au Canada, aux États-Unis et dans d’autres juridictions, dans le respect des cadres réglementaires locaux. Sa finalisation est attendue autour du 22 janvier 2026, sous réserve des autorisations nécessaires, notamment de la Bourse de Toronto.
Global Atomic n’a pas détaillé à quoi serviront précisément les fonds sur le site du projet. Elle a précisé qu’elle en utilisera une partie pour couvrir ses besoins généraux de trésorerie.
Un contexte délicat pour le projet Dasa
La levée de fonds survient dans un contexte délicat pour le projet Dasa, dont l’entrée en production est finalement attendue en 2027. En décembre 2025, lorsqu’elle annonçait le report de l’échéance, la société a justifié cette décision par des contraintes logistiques et financières. Depuis le coup d’État de juillet 2023 et la détérioration des relations entre Niamey et Cotonou, le Niger n’a plus accès au port béninois, principal débouché maritime pour ses importations et exportations. Global Atomic indique avoir dû recourir à d’autres itinéraires pour acheminer les équipements nécessaires au chantier, des solutions jugées plus longues et plus coûteuses.
À ces difficultés logistiques s’ajoutent des incertitudes sur le financement du projet. Selon une étude de faisabilité publiée en 2024, le coût d’investissement initial de la mine est estimé à environ 424 millions USD (environ 363,7 millions d’euros). Global Atomic prévoit de couvrir la majeure partie de ce montant par un emprunt, notamment auprès d’une banque américaine. Le processus d’approbation du financement est en cours, sans qu’aucune garantie d’issue favorable n’ait été donnée à ce stade.
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Parallèlement, la compagnie explore d’autres options, dont l’entrée d’un partenaire minoritaire au capital de sa filiale nigérienne en charge du projet. Une telle opération pourrait nécessiter l’aval des autorités canadiennes, une question sur laquelle Global Atomic indique avoir engagé des démarches de clarification.
Des enjeux stratégiques pour le Niger
Pour le Niger, le projet Dasa revêt une importance particulière. Le pays est le 8ème producteur mondial d’uranium, avec environ 1 130 tonnes extraites en 2023, soit près de 2% de la production mondiale, selon la World Nuclear Association. Alors que Dasa devrait livrer, selon les estimations, un total de 68 millions de livres de minerai radioactif sur sa durée de vie, ces volumes peuvent potentiellement permettre au pays ouest-africain de maintenir sa place parmi les principaux producteurs, alors qu'un climat d’incertitudes entoure la Somaïr, sa seule mine d’uranium actuellement en activité.
En juin dernier, les autorités nigériennes ont nationalisé cette dernière, alors qu'elle était contrôlée majoritairement par le français Orano. Une décision expliquée par des désaccords sur la gestion du site et le partage de la production. Orano a obtenu une décision du tribunal arbitral de la Banque mondiale interdisant à l’État nigérien de vendre, céder ou faciliter le transfert à des tiers de l’uranium produit par la Somaïr, mais ces directives n'ont pas été suivies par Niamey, qui a annoncé fin novembre 2025 avoir mis en vente la production, estimant avoir « le droit légitime de disposer de ses richesses naturelles ».