La stratégie européenne axée sur l'impact social, la création d'emplois et la durabilité, s’aligne sur les mêmes objectifs que Coris Holding.
Photo : MCP
Des capitaux publics et privés européens misent 100 M€ sur le banquier burkinabè Idrissa Nassa
Fin octobre, des fonds publics et privés européens, mêlant capitaux d'investissement et institutions de développement, ont annoncé un co-investissement de 100 millions d'euros au profit du groupe financier dirigé par le banquier burkinabè Idrissa Nassa. Cette opération positionne ces acteurs européens comme des partenaires stratégiques d'un des entrepreneurs les plus influents d'Afrique de l'Ouest, dans un secteur clé : la finance inclusive.
L'opération a été annoncée dans un communiqué de presse conjoint du 29 octobre 2025 et pilotée par Mediterrania Capital Partners (MCP), une société de capital-investissement basée à Malte, spécialisée dans les PME africaines. Elle réunit plusieurs institutions européennes de financement du développement : FMO (la banque néerlandaise de développement entrepreneurial), British International Investment (BII, l'institution britannique de financement du développement), BIO-Invest (la société belge d'investissement pour les pays en développement) et Impact Fund Denmark (le fonds d'investissement danois pour les pays émergents).
Ce financement est structuré en une prise de participation, visant explicitement à renforcer les fonds propres de Coris Holding afin de soutenir sa croissance organique, d’accélérer son expansion régionale et de faciliter des opérations de croissance externe, telles que des acquisitions. Bien que le communiqué ne détaille pas la répartition exacte des contributions individuelles – une pratique courante dans les co-investissements pour préserver la confidentialité stratégique –, des sources indiquent que le fonds danois Impact Fund Denmark a contribué à hauteur de 30 millions d'euros.
Les autres montants restent non publics, reflétant la nature discrète de ces partenariats. Tous les acteurs impliqués, y compris Idrissa Nassa lui-même, insistent sur l'objectif de renforcer les fonds propres du groupe. Dans le communiqué, Nassa déclare : « Nous sommes ravis d’accueillir Mediterrania Capital Partners et les institutions de financement du développement parmi nos partenaires stratégiques. Leur accompagnement renforcera notre dynamique de croissance, consolidera notre présence régionale et soutiendra notre mission : offrir des solutions financières innovantes et accessibles à nos clients sur l’ensemble du continent africain. »
Il est important de noter qu'aucune communication officielle n'a détaillé une augmentation formelle de capital social ni la nouvelle répartition de l'actionnariat. Coris Holding, détenue majoritairement par Idrissa Nassa et des investisseurs locaux, pourrait voir une dilution mineure de ses parts existantes, mais cela reste à confirmer, sans annonces supplémentaires. Toutefois, MCP, en tant que leader du consortium des investisseurs, nommera un représentant au conseil d'administration afin de superviser la gouvernance, la stratégie et les engagements ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), renforçant ainsi la transparence et la durabilité du groupe.
Pari pour une institution financière majeure de l'UEMOA
Ces fonds européens s’inscrivent dans la structure de Coris Holding, classé en 2024 par la Commission bancaire parmi les plus grands groupes bancaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en termes de total de bilan. Ce statut est largement dû à sa filiale phare, Coris Bank International, cotée à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) depuis 2017, avec une capitalisation boursière de 487,11 millions d'euros au 29 octobre 2025, la plaçant au 4e rang du secteur financier sur cette place.
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Présent dans dix pays (Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Sénégal, Togo, Bénin, Mali, Guinée, Tchad, Niger et Guinée-Bissau via des filiales et des succursales), Coris Holding sert plus d'un million de clients et emploie plus de 2200 collaborateurs, avec un focus sur le financement des PME/PMI, qui représentent le moteur économique régional.
Les performances solides de Coris renforcent l'attractivité de cet investissement. Au premier semestre 2025, Coris Bank International a enregistré un bénéfice net de 33,7 milliards de FCFA (environ 51 millions d'euros), en légère hausse par rapport à l'année précédente, malgré un contexte volatile marqué par l'inflation et l'instabilité politique en Afrique de l'Ouest.
Le produit net bancaire (PNB) consolidé a augmenté de 32 %, et le bilan total a progressé pour atteindre des niveaux records, démontrant une résilience face aux risques. De plus, Coris Holding a poursuivi une stratégie d'expansion par des acquisitions récentes : en février 2025, elle a finalisé l'achat de Société Générale Tchad, marquant son entrée en Afrique centrale ; en septembre 2025, Coris Invest Group (branche d'investissement) a acquis la filiale TotalEnergies Burkina Faso. Ces dynamiques illustrent une ambition régionale, soutenue par une base de clients fidèles et une offre inclusive, qui intègre la finance islamique via Coris Bank International Baraka et la méso-finance pour les populations sous-bancarisées.
Appui supplémentaire à une stratégie de financement diversifiée
Cet investissement en “fonds propres” intervient après une série d'emprunts substantiels par Coris Holding au cours des 12 derniers mois, démontrant une approche équilibrée entre dette et capitaux propres pour financer sa croissance. En décembre 2024, le groupe a obtenu un prêt senior allant jusqu’à 80 millions d’euros auprès de la Société Financière Internationale (IFC, bras privé de la Banque mondiale) et de FMO. Ce financement, destiné à soutenir les PME dans le Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger), souligne la continuité avec les partenaires actuels.
Par ailleurs, en février 2025, Coris Invest Group a émis un emprunt obligataire privé de 20 milliards de FCFA (environ 30 millions d'euros) sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), une opération réussie visant à financer sa croissance et à diversifier ses sources de capitaux. Ces emprunts, cumulés à l'investissement actuel, portent les fonds propres et la dette à des niveaux qui permettent à Coris de maintenir un ratio de solvabilité conforme aux normes de la BCEAO, tout en finançant des initiatives d'inclusion financière dans une région où moins de 30 % de la population est bancarisée.
Quand les banques traditionnelles se désengagent
Ce partenariat survient alors que les grandes banques européennes achèvent leur phase de désengagement du continent africain, motivée par des considérations de rentabilité, de risques géopolitiques et de recentrage sur les marchés domestiques. Société Générale, par exemple, a vendu plusieurs filiales africaines depuis 2023 : ses unités au Burkina Faso et au Mozambique à Vista Group en 2025, en Guinée à Atlantic Financial Group en 2024, et continue de chercher des acheteurs pour ses dernières entités en Côte d'Ivoire, au Cameroun et ailleurs, bien que des défis complexes persistent, comme des négociations prolongées et des pressions réglementaires. Ce retrait ouvre la voie à des acteurs africains comme Coris, soutenus par des DFIs européens qui privilégient des investissements ciblés en equity pour promouvoir le développement durable.
On retrouve plusieurs fonds d'investissement européens dans des banques africaines cotées, notamment au Maroc, en Égypte et surtout en Afrique du Sud. Dans ce dernier pays, qui est aussi la plus importante place financière d’Afrique, la valeur globale des participations de fonds boursiers basés en Europe et qui figurent dans le top 20 des investisseurs, atteignait 3,284 milliards d’euros, selon des données du 29 octobre 2025.
Au Kenya, le premier actionnaire est Arise BV, une entité d’investissement qui compte parmi ses investisseurs les fonds néerlandais (FMO) et norvégiens (Norfund). Arise BV est aussi un actionnaire majeur du groupe panafricain Ecobank basé à Lomé, au Togo.
Les fonds européens investissent également dans les fintech émergentes pour l'inclusion financière, comme l'investissement de 10 millions de dollars en fonds propres de Swedfund (fonds suédois similaire) dans Moniepoint au Nigeria en octobre 2025, afin d’accélérer les paiements digitaux auprès de 10 millions d'utilisateurs. Ces exemples montrent une stratégie européenne axée sur l'impact social, la création d'emplois et la durabilité, alignée sur les mêmes objectifs que Coris Holding.
En fin de compte, cet investissement de 100 millions d'euros non seulement consolide Coris Holding en tant que pilier de l'UEMOA, mais illustre également une évolution du financement africain vers des partenariats hybrides public-privé. Pour Idrissa Nassa, c'est la validation de sa vision entrepreneuriale, transformant un modeste démarrage en 2008 en un géant régional. Les implications à long terme incluent une plus grande inclusion financière, ainsi qu’une surveillance accrue des risques dans un contexte volatile. Si des détails supplémentaires émergent sur l'actionnariat ou les performances futures, ils pourraient affiner cette compréhension.