Attractivité minière : la Côte d’Ivoire en tête en Afrique de l’Ouest, mais derrière les leaders africains

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Ity, la plus ancienne mine d’or de Côte d’Ivoire, exploitée par Endeavour Mining.
DR

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Ity, la plus ancienne mine d’or de Côte d’Ivoire, exploitée par Endeavour Mining.
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La Côte d’Ivoire retrouve sa place de juridiction minière la plus attractive d’Afrique de l’Ouest en 2025, selon le classement annuel du Fraser Institute. Avec un score de 60,92 sur 100, le pays devance le Ghana (55,21) et la Guinée (52,16), confirmant une amélioration progressive de sa perception par les investisseurs miniers.
Ce classement repose sur deux critères principaux : la perception des politiques minières et celle du potentiel géologique. Sur ces deux volets, la Côte d’Ivoire a enregistré une progression par rapport aux années précédentes, ce qui reflète les efforts engagés par les autorités pour rendre le cadre réglementaire plus lisible et plus favorable aux investissements.
Depuis une dizaine d’années, Abidjan s’est imposé comme l’un des nouveaux pôles aurifères d’Afrique de l’Ouest. La production d’or y a connu une croissance rapide, portée par l’arrivée de nouvelles compagnies minières et l’exploration de gisements encore peu exploités.
Pour plusieurs opérateurs du secteur, la Côte d’Ivoire combine aujourd’hui plusieurs avantages : stabilité politique relative, administration minière structurée et procédures d’octroi de permis relativement rapides. Lors de l’Africa Down Under 2025, le directeur général de Turaco Gold, Justin Tremain, a déclaré qu’il n’existait « pas de meilleur endroit au monde » pour développer une mine d’or.
Cette perception positive contribue à consolider l’attractivité de la nation éburnéenne dans un contexte sous-régional marqué par des tensions entre les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), importants producteurs miniers, et plusieurs grandes entreprises internationales.
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Au-delà du potentiel géologique, la performance ivoirienne traduit également une stratégie politique visant à structurer le secteur minier.
Les autorités ont multiplié ces dernières années les réformes visant à améliorer la gouvernance du secteur, renforcer la transparence et sécuriser les investissements. La stabilité macroéconomique du pays, associée à une croissance économique soutenue, constitue également un facteur rassurant pour les investisseurs.
La Côte d’Ivoire bénéficie en outre d’infrastructures relativement développées pour la région, notamment des ports performants, un réseau routier en expansion et une production électrique en hausse, autant d’éléments qui réduisent les coûts opérationnels pour les sociétés minières. Ces facteurs contribuent à expliquer pourquoi elle est désormais perçue comme un marché minier émergent crédible, capable d’attirer des investissements d’exploration et de développement.
Malgré cette dynamique positive, le pays des éléphants reste encore loin des juridictions minières les plus attractives du continent. Dans le classement africain du Fraser Institute, il occupe la 5ᵉ place, derrière le Botswana, le Maroc, la Zambie et la Tanzanie. À l’échelle mondiale, il se situe au 47ᵉ rang, loin des leaders nord-américains et australiens.
Le Botswana, premier d’Afrique et 7ᵉ au classement mondial, est fréquemment présenté comme un modèle de gouvernance minière, alliant cadre réglementaire stable, fiscalité transparente et longue expérience dans la gestion de ses ressources diamantifères.
Le Maroc, deuxième du classement continental, bénéficie pour sa part d’une stratégie industrielle structurée soutenue par des institutions solides et une politique active de valorisation des ressources.
L’une des limites du modèle minier ivoirien reste la faible transformation locale des ressources. Comme dans de nombreux Etats africains, l’essentiel des minerais extraits est exporté sous forme brute.
Or, la compétition internationale entre juridictions minières ne se joue plus uniquement sur l’accès aux ressources, mais aussi sur la capacité à structurer des écosystèmes industriels autour du secteur extractif. Le développement d’industries de transformation, la création de services spécialisés pour les mines et la montée en compétence des acteurs locaux pourraient permettre à la Côte d’Ivoire de capter davantage de valeur ajoutée et d’accroître sa compétitivité.
Si le classement du Fraser Institute reste un indicateur basé sur les perceptions des investisseurs, avec un échantillon limité d’acteurs, il demeure une référence dans l’écosystème minier mondial. Le retour de la Côte d’Ivoire en tête en Afrique de l’Ouest dans le classement envoie donc un signal positif sur sa trajectoire. Mais il rappelle aussi que la compétition pour attirer les capitaux miniers reste intense, sur un continent où plusieurs États cherchent à se positionner comme des hubs extractifs.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin