Alors que sa production domestique ne suffit plus à couvrir la demande énergétique, l’Égypte multiplie les accords pour importer du GNL.
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GNL : l’Égypte se tourne vers le Qatar pour anticiper les besoins énergétiques de l’été prochain
L’Égypte intensifie ses importations de GNL pour sécuriser l’approvisionnement électrique avant l’été. Un accord avec le Qatar prévoit une coopération accrue sur les ventes et livraisons de gaz, dans un contexte de baisse de la production nationale et de hausse soutenue de la demande.
Le 4 janvier 2026, le Qatar a signé avec l’Égypte un mémorandum d’entente qui prévoit un renforcement de la coopération énergétique via la livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) qatari aux terminaux égyptiens d’Ain Sokhna et de Damiette. QatarEnergy, le producteur public qatari, a précisé que l’accord pourrait permettre la livraison de jusqu’à 24 cargaisons de GNL durant la période estivale à venir. Pour Le Caire, il s’agit à la fois de sécuriser des volumes à court terme et de diversifier ses sources d’approvisionnement, alors que la production domestique ne suffit plus à couvrir la demande.
Ce rapprochement avec Doha survient dans un contexte où l’Égypte a multiplié ces derniers mois les accords commerciaux pour importer du GNL. En juin dernier, le pays a conclu une série de contrats portant sur un total potentiel de 290 cargaisons sur les 30 prochains mois. Le programme piloté par la société publique Egyptian Natural Gas Holding Company (EGAS) et mobilise un large éventail d’acteurs du secteur énergétique mondial.
Parmi les contreparties figurent ainsi des négociants internationaux tels que Trafigura, Vitol, Hartree Partners et BGN, ainsi que des majors comme Shell et TotalEnergies. Des compagnies pétrolières nationales, dont Saudi Aramco et la société azerbaïdjanaise Socar, sont également impliquées. Des facilités de paiement ont été négociées afin d’alléger temporairement la pression sur les finances publiques.
L’arrivée à maturité du Zohr a déclenché la crise de l’offre
Cette stratégie d’importation accrue veut répondre à un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande de gaz en Égypte. Après avoir atteint l’autosuffisance gazière en 2018, le pays nord-africain est redevenu importateur net à partir de l’été 2024. La principale raison à cela est le recul de la production nationale, en particulier celle du gisement offshore Zohr, le plus important qu'il comporte. Ce champ qui fournissait environ 40% de la production gazière égyptienne a en effet vu son rendement décliner au fil des années, à mesure qu’il atteignait sa maturité.
En moyenne, la production journalière de Zohr est ainsi tombée d’environ 2,7 milliards de pieds cubes en 2022, à près de 1,9 milliard en 2024. Cette baisse a eu un impact significatif sur l’ensemble du système énergétique, dans un pays où le gaz naturel représente environ 52 % du mix. À cette contrainte s’ajoutent des retards de paiement envers certains opérateurs, qui ont freiné les investissements et ralenti le rythme des extractions.
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Les données de la Joint Organizations Data Initiative confirment cette tendance. En octobre 2025, l’Égypte a produit 3 635 millions de mètres cubes de gaz, un niveau légèrement supérieur à celui de septembre, mais en recul par rapport aux 3 851 millions m3 enregistrés en octobre 2024. Cette érosion de la production arrive alors que la demande intérieure continue de progresser, portée par la croissance démographique, l’urbanisation et l’augmentation de la consommation d’électricité lors des périodes de forte chaleur.
Face à ces contraintes, les autorités cherchent à éviter une répétition des coupures d’électricité observées lors des précédents étés. En complément des importations de GNL, le pays s’est également tourné vers des combustibles alternatifs comme le mazout lourd pour alimenter certaines centrales électriques, afin de soulager temporairement la demande de gaz.
Relancer l’exploration
À moyen terme néanmoins, le gouvernement égyptien affiche l’ambition de réduire sa dépendance aux importations. Le ministre du Pétrole, Karim Badawi, a récemment réaffirmé la volonté du pays d’atteindre à nouveau l’autosuffisance en pétrole et en gaz. Dans cette optique, il exhorte les compagnies du secteur à explorer davantage les ressources à terre et en mer du pays. QatarEnergy y a d’ailleurs acquis ces dernières années plusieurs périmètres offshore importants.
Rien n’indique encore cependant un renversement à court terme de la courbe des importations de GNL. Les accords conclus avec le Qatar et les autres fournisseurs visent avant tout à sécuriser l’approvisionnement pendant les périodes critiques. À plus long terme, l’évolution de la production nationale, la capacité à attirer de nouveaux investissements et la maîtrise de la demande énergétique détermineront la trajectoire du pays et sa capacité à renouer durablement avec l’autosuffisance.