Finance durable : Senelec réalise à Luxembourg la première titrisation durable d'une entreprise publique africaine
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Annonce de l’émission obligataire durable de Senelec cotée à la Bourse de Luxembourg.
DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Annonce de l’émission obligataire durable de Senelec cotée à la Bourse de Luxembourg.
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La Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) ouvre une nouvelle voie de financement pour les infrastructures énergétiques africaines. L’entreprise publique a obtenu la cotation à la Bourse de Luxembourg (LuxSE) et sur la plateforme Luxembourg Green Exchange (LGX) d’une émission obligataire durable de 164 millions d’euros.
L’opération annoncée le 13 juillet dernier constitue une première en Afrique pour une entreprise publique de service public. Elle repose sur une titrisation adossée à des créances d’électricité en souffrance et associe deux instruments de finance durable : une obligation verte et une obligation liée au développement durable.
Selon BOAD Titrisation, qui a accompagné la structuration du véhicule financier, il s’agit de la première opération de titrisation réalisée en Afrique combinant ces deux mécanismes. Senelec transforme ainsi une partie de ses créances en ressources financières mobilisables, tout en liant l’accès aux capitaux à des objectifs mesurables en matière de performance environnementale.
Les fonds levés doivent permettre à Senelec de renforcer ses capacités d’investissement tout en accompagnant les objectifs énergétiques du Sénégal. Selon l’entreprise, 52,5 % des ressources mobilisées seront consacrés aux projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique.
L’émission repose également sur des indicateurs de performance liés à la durabilité. Ils concernent notamment la réduction des pertes sur le réseau électrique et l’amélioration de l’accès à l’électricité. Le mécanisme associe donc directement mobilisation financière et résultats attendus sur le terrain. Cette orientation rejoint les ambitions nationales visant à porter la part des énergies renouvelables à 40% du mix énergétique d’ici 2030. Acteur central du secteur, Senelec assure la production, le transport, la distribution et la commercialisation de l’électricité, avec une couverture qui atteint près de 80 % de la population sénégalaise.
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Pour son directeur général, Papa Toby Gaye, cette émission constitue une « innovation majeure ». Il ajoute qu’elle doit permettre à l’entreprise de diversifier durablement ses sources de financement, d’améliorer la gestion de ses créances et de renforcer sa capacité à mobiliser des ressources à moyen et long terme pour accélérer la transformation du secteur énergétique.
L’entrée des titres de Senelec à Luxembourg dépasse le cadre de l’entreprise sénégalaise. Elle montre que les entreprises publiques africaines peuvent recourir à des mécanismes financiers plus sophistiqués pour financer des infrastructures stratégiques tout en répondant aux attentes des investisseurs en matière d’impact environnemental et social.
Pour Julie Becker, directrice générale de la Bourse de Luxembourg, cette transaction illustre la capacité des marchés de capitaux durables à soutenir la transition énergétique africaine en mettant en relation des émetteurs locaux et des investisseurs internationaux.
L’opération renforce également la coopération entre LuxSE et la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Elle constitue une nouvelle double cotation entre les deux places financières, dans le prolongement du partenariat signé en 2022 pour développer la finance durable en Afrique de l’Ouest et faciliter l’accès des entreprises régionales aux marchés internationaux.
Au-delà du cas sénégalais, cette opération pose une question stratégique : la finance durable peut-elle devenir un levier structurant pour permettre aux entreprises publiques africaines de moderniser leurs réseaux et d’accélérer leur transition énergétique ?
Olivier de Souza, Agence Ecofin