8 avril 2024 – Le président libérien Joseph Boakai (à droite) rencontre pour la première fois après son investiture Lakshmi Mittal (à gauche), président exécutif d’ArcelorMittal, au palais présidentiel.
En décidant de prolonger jusqu’en 2050 son partenariat avec le groupe ArcelorMittal, le Liberia fait un pari sur la durée dans un contexte où les mines restent un pilier de son économie. Pourtant, les deux décennies de relations entre les deux parties n’ont pas été exemptes de tensions liées aux cycles économiques et à différentes crises.
Le Parlement libérien a ratifié un avenant qui prolonge jusqu’en 2050 (avec une option de renouvellement de 25 ans) l’accord de développement minier liant le pays au groupe sidérurgique ArcelorMittal. La décision n’est pas anodine, car elle engage un actif central du pays, le minerai de fer, mais aussi les infrastructures qui le rendent exportable, en particulier le corridor ferroviaire Tokadeh–Buchanan et le port de Buchanan.
Droits miniers, rail, port et revenus
Selon les détails publiés par ArcelorMittal en fin de semaine dernière, l’avenant prévoit un paiement de 200 millions de dollars (environ 170 millions d’euros) à l’État libérien, présenté comme la contrepartie de l’extension des droits miniers et d’un accès réservé à des capacités ferroviaires financées par l’investisseur.
Le texte s’inscrit dans la dynamique d’un projet d’extension de 1,8 milliard de dollars mené par l’entreprise dans le pays et centré sur un concentrateur de minerai à Tokadeh, dans le comté de Nimba. Le projet doit permettre de porter les expéditions de minerai de fer d’environ 5 millions de tonnes par an à 20 millions de tonnes par an à partir de 2026, tout en améliorant la qualité du produit vers des minerais à plus forte teneur et à plus forte valeur ajoutée. Il inclut des investissements dans les infrastructures ferroviaires entre Tokadeh et Buchanan, la modernisation des infrastructures portuaires existantes (y compris la construction d’un quai supplémentaire au port de Buchanan) mais aussi deux centrales électriques.
« Cet accord représente un moment déterminant à la fois pour le Liberia et pour ArcelorMittal […]. Il vient consolider davantage notre présence et notre engagement de long terme au Liberia », a commenté Lakshmi Mittal, président exécutif d’ArcelorMittal. Du côté du président libérien Joseph Boakai, le deal est présenté comme un signal en faveur de l’attractivité du pays et de la volonté des autorités de créer un environnement propice à l’investissement. « L’accord apportera un soutien significatif à l’économie libérienne, notamment grâce à la création d’emplois supplémentaires et au renforcement de la croissance dans les communautés d’accueil », a-t-il déclaré.
Pourquoi le Liberia étend son partenariat avec ArcelorMittal
Pour comprendre ce pari, il faut se rappeler l’histoire récente du pays. Le Liberia sort d’un cycle long d’instabilité dont l’onde de choc économique reste visible. La guerre civile de 1989 à 2003 a interrompu des activités industrielles, dégradé des infrastructures et fragilisé l’État. Dans les années suivantes, le pays a cherché à rétablir un cadre attractif pour l’investissement minier, avec des réformes. À cette trajectoire s’ajoutent des chocs majeurs plus récents, comme l’épidémie d’Ebola entre 2014 et 2015, puis la pandémie de Covid-19, qui ont pesé sur l’activité et la capacité d’exécution publique.
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Dans ce contexte, la stabilité contractuelle va au-delà du simple détail juridique, elle réduit l’incertitude, facilite le financement des infrastructures lourdes et donne de la lisibilité. Cette recherche de visibilité est d’autant plus centrale que l’économie libérienne reste fortement dépendante du secteur extractif. Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) parues en décembre 2025 pour le compte de l’année 2023 montrent que le secteur extractif (dominé par les mines) contribue pour plus de 21 % des recettes domestiques. Le même rapport souligne que la valeur des exportations issues des mines, de la foresterie et de l’agriculture représente plus de 97 % des exportations du pays, et près de 56 % du PIB. Le secteur minier (fer, or, mais aussi diamant) domine avec environ 85 % des exportations nationales.
Un partenariat déjà éprouvé, mais…
Le Liberia ne part pas de zéro avec ArcelorMittal. Le groupe présent depuis 2005, a lancé l’exploitation à Tokadeh en 2011, et a maintenu ses opérations à travers des périodes de stress. La chronologie communiquée par l’entreprise évoque une continuité pendant Ebola et pendant la crise Covid-19, ainsi que la poursuite d’investissements malgré des cycles défavorables sur le marché du fer. Cela ne constitue pas une garantie, mais l’État sait à quel type d’acteur il a affaire, et l’investisseur connaît le terrain.
Pour autant, parier sur la durée ne garantit pas le succès. Si le pari libérien est clair dans son intention, la suite se jouera sur un tout autre terrain, la capacité à convertir un accord de plusieurs décennies en résultats mesurables, année après année, pour les finances publiques, les communautés et l’économie réelle. Il faut en effet rappeler que malgré sa prédominance dans les exportations et les recettes nationales, le secteur minier ne représente qu’une part marginale de l’emploi, selon l’ITIE.