La transformation numérique reste un chantier inachevé en Afrique, freinée par un manque d’infrastructures adaptées. Cette situation ouvre néanmoins un vaste champ d’opportunités économiques pour les opérateurs télécoms désireux de capitaliser sur les promesses de la quatrième révolution industrielle.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé, le 16 janvier dernier, l’octroi d’un prêt pouvant atteindre 190 millions d’euros à l’opérateur public Tunisie Telecom, pour développer son infrastructure. Ce financement accompagne un programme de modernisation des réseaux fixes et mobiles, ainsi qu’un renforcement de la connectivité internationale.
Concrètement, le prêt est structuré en quatre tranches, dont une première tranche ferme de 50 millions d’euros. Il doit soutenir un plan d’investissements couvrant la migration de la 4G vers la 5G, l’extension de la fibre optique et le raccordement d’environ 200 000 foyers au réseau FTTH (fibre jusqu’au domicile), ainsi que la modernisation du réseau cœur et des infrastructures principales. La BERD précise que le programme inclut aussi des investissements dans l’efficacité énergétique et la production d’énergie.
Le financement comporte par ailleurs un volet dédié à la connectivité internationale. Il permettra à Tunisie Telecom de financer son raccordement au câble sous-marin MEDUSA, un réseau méditerranéen de plus de 8 000 km porté par l’opérateur espagnol AFR-IX et reliant treize pays d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Pression concurrentielle
Ce montage est complété par un appui de l’Union européenne, sous la forme d’une subvention de 11 millions d’euros octroyée via la Plateforme d’investissement de voisinage (Neighbourhood Investment Platform). Cette aide se compose d’un volet investissement, destiné au développement des réseaux centraux et à la cybersécurité de l’opérateur, ainsi que d’un volet assistance technique pour un programme de transformation globale visant à moderniser et soutenir la croissance de Tunisie Telecom.
Pour l'opérateur, l’enjeu inhérent à ce financement est à la fois concurrentiel et stratégique. Sur le marché national, qui compte 14,6 millions d’abonnés à la téléphonie mobile au premier semestre 2025 (contre 14,9 millions en 2024), 10,1 millions à l’Internet mobile (10,032 millions en 2024), 2 millions à la téléphonie fixe (1,8 million en 2024) et 1 889 à l’Internet fixe (1 778 en 2024), il est au coude-à-coude avec la société qatarie Ooredoo Tunisie. Selon les dernières données annuelles de l’Instance nationale des télécommunications de Tunisie (INT), Tunisie Telecom, qui était devancée depuis 2020, a réussi à renverser la tendance dès 2023. Orange Tunisie occupe la troisième place.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Le président-directeur général de Tunisie Telecom, Lassâad Ben Dhiab, explique qu’à travers « une infrastructure numérique modernisée, une connectivité internationale améliorée et de nouvelles technologies telles que la 5G et la fibre optique, nous ambitionnons d’améliorer les services dans les domaines de l’éducation, de la santé et des villes intelligentes, de réduire la fracture numérique et de dynamiser l’économie numérique tunisienne ». Une diversification des usages à forte valeur ajoutée, destinée à renforcer l’attractivité des offres de l’opérateur, tant pour les particuliers que pour les entreprises.
Une question de souveraineté nationale
Pour le gouvernement, les projets d’investissement de Tunisie Telecom revêtent une importance cruciale. L’infrastructure télécoms constitue la colonne vertébrale de la digitalisation de l’administration et de l’économie. Le pays vise la numérisation de 80% de ses services administratifs à l’horizon 2030, et la numérisation figure parmi les axes prioritaires du plan 20262030 pour le secteur des TIC.
Dans ce contexte, la capacité de l’opérateur historique à déployer la fibre, à préparer la 5G et à sécuriser les infrastructures critiques influencera directement la fiabilité des démarches en ligne, l’interopérabilité entre administrations et l’attractivité numérique du pays. Enfin, le raccordement au câble sous-marin MEDUSA répond à un enjeu de résilience et de positionnement régional : renforcement des capacités internationales, redondance des connexions et ambition de faire de la Tunisie un hub numérique entre les deux rives de la Méditerranée.