Zimbabwe : un programme de suivi du FMI comme test de crédibilité

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Vue de Harare, capitale du Zimbabwe.
DR

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Vue de Harare, capitale du Zimbabwe.
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Le Zimbabwe et le Fonds monétaire international (FMI) sont parvenus à un accord au niveau des services sur un nouveau programme de suivi économique, marquant une étape supplémentaire dans la tentative de réengagement du pays avec les institutions financières internationales. Conclu à l’issue de discussions menées à Harare entre fin janvier et début février 2026, cet accord porte sur un Staff-Monitored Program (SMP) d’une durée de dix mois, sans décaissement financier immédiat mais assorti d’objectifs macroéconomiques et structurels précis.
Pour les autorités zimbabwéennes, l’enjeu dépasse largement le cadre technique du programme. Il s’agit de reconstruire une crédibilité économique mise à mal par des décennies d’instabilité, d’hyperinflation et de ruptures répétées avec les bailleurs, et de poser les jalons d’un retour progressif dans les circuits financiers internationaux.
Faut-il le rappeler, le Zimbabwe est entré dans une crise économique profonde depuis la réforme agraire de la fin des années 1990, menée sous l’ancien président Robert Mugabe, qui a exproprié les grands propriétaires blancs de leurs fermes, au profit des Noirs. Cette situation a entraîné l’effondrement de la production agricole, des exportations et du commerce, ainsi que l’accumulation d’arriérés d’environ 13 milliards de dollars envers la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque européenne d’investissement et les pays du Club de Paris.
Dans ce contexte, la fuite des investissements étrangers a poussé le pays à recourir massivement à la création monétaire, déclenchant une hyperinflation qui a conduit à l’abandon du dollar zimbabwéen en 2009 au profit du dollar américain. Toujours exclu des financements internationaux, le pays s’efforce de relancer son économie par des réformes successives, surtout depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 du président Emmerson Mnangagwa, après le renversement de Robert Mugabe.
Le nouvel accord intervient dans un contexte où l’économie du Zimbabwe montre des signes de stabilisation que le FMI qualifie de réels mais encore vulnérables. En 2025, la croissance a dépassé les prévisions initiales, portée notamment par la bonne performance de l’agriculture et par la dynamique du secteur minier, soutenue par l’or, le platine et le lithium. Cette reprise s’est accompagnée d’un net reflux de l’inflation en monnaie locale, tombée à 4,1% en glissement annuel en janvier 2026, un niveau inédit depuis de nombreuses années.
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Sur le plan budgétaire, les autorités ont également enregistré des progrès, avec un renforcement des recettes publiques et une discipline accrue des dépenses, permettant de dégager un léger excédent primaire. Ces évolutions ont contribué à une relative stabilisation monétaire, dans le sillage de l’introduction du Zimbabwe Gold (ZiG), une nouvelle monnaie adossée à l’or et conçue comme un instrument de restauration de la confiance après l’échec de précédents régimes monétaires.
Pour autant, le FMI souligne que ces avancées restent exposées à des risques élevés, liés à la faiblesse des institutions, aux tensions sur les finances publiques et à la persistance de déséquilibres structurels profonds.
Le programme de suivi conclu avec le FMI ne prévoit aucun financement et ne sera pas soumis à l’approbation du Conseil d’administration de l’institution. En février 2025, le FMI avait conditionné tout soutien financier à une restructuration complète de la dette, tout en maintenant une assistance technique et des conseils de politique économique. Ainsi, le programme actuel vise avant tout à encadrer et évaluer la mise en œuvre des politiques économiques du gouvernement, en particulier en matière de discipline budgétaire, de gestion de la trésorerie, de gouvernance des finances publiques et de transparence.
Dans la logique du FMI, ce type de programme sert à bâtir un « historique de politiques crédibles », condition indispensable pour envisager, à terme, un soutien financier formel ou un traitement coordonné de la dette.
Le nouvel accord apparaît ainsi comme un test de crédibilité, tant pour les autorités que pour leurs partenaires. Il intervient après l’échec d’un précédent programme de suivi en 2019, interrompu faute de respect des engagements pris, et s’inscrit dans une stratégie plus large de réengagement progressif avec les créanciers et les bailleurs multilatéraux.
Si les objectifs du SMP sont atteints et que la stabilité macroéconomique se confirme, le Zimbabwe pourrait amorcer une nouvelle phase de dialogue avec la communauté financière internationale. À défaut, l’accord restera un signal sans lendemain, dans un pays où la défiance envers les promesses de stabilisation reste profondément ancrée.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin