Minéraux critiques : la toile africaine du Japon s’élargit au graphite malgache

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Site choisi par NextSource Materials pour son usine de matériaux d’anode à Abu Dhabi.
Photo DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Site choisi par NextSource Materials pour son usine de matériaux d’anode à Abu Dhabi.
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Le canadien NextSource Materials a annoncé mardi 12 mai la décision finale d’investissement pour la phase 1 de son usine de matériaux d’anode, à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis. La décision s’appuie notamment sur l’investissement proposé par un consortium japonais pour le projet, une nouvelle illustration des efforts de Tokyo pour sécuriser son approvisionnement en minéraux critiques grâce à des projets africains. L’approvisionnement de l’usine émiratie doit en effet provenir de la mine de graphite Molo, ouverte depuis 2023 à Madagascar.
Utilisé dans la production des anodes pour batteries lithiumion, le graphite naturel est essentiel aux véhicules électriques. La mine Molo en est l’un des principaux fournisseurs en Afrique, avec une capacité installée de 17 000 tonnes par an pour sa phase initiale. Pour transformer la matière première en matériau pour l’industrie des batteries, NextSource a fait le choix d’une usine que le négociant japonais Hanwa Co. et la Japan Organization for Metals and Energy Security (JOGMEC), organisme public chargé de sécuriser l’approvisionnement japonais en ressources minérales, veulent financer au sein d’un consortium.
NextSource a ainsi conclu un accord contraignant et pluriannuel avec Mitsubishi Chemical, le plus grand groupe chimique du Japon, portant sur la vente annuelle de 9 000 tonnes de matériaux actifs d’anode. Audelà de la mine malgache, la compagnie canadienne a signé un accord avec l’australien Syrah Resources pour lui acheter du graphite extrait à la mine Balama (Mozambique), à raison d’au moins 34 000 tonnes sur sept ans, livré à Abu Dhabi. Syrah Resources a précisé que ces livraisons permettraient d’approvisionner un client japonais.
L’engagement japonais dans le graphite malgache s’inscrit dans un mouvement plus large. En Afrique du Sud, JOGMEC est actionnaire dans la mine de métaux du groupe du platine Platreef, développée par Ivanhoe Mines et entrée en production commerciale en novembre 2025. En Namibie, JOGMEC possède 40% du projet de terres rares Lofdal, dont l’étude de faisabilité préliminaire annonce une production annuelle de 2 000 tonnes d’oxydes de terres rares. À Madagascar, Tokyo est déjà présent depuis plus d’une décennie dans l’exploitation de la principale mine de nickel et de cobalt du pays, via le groupe Sumitomo, qui a cependant annoncé début mai la cession prochaine de sa participation majoritaire.
La présence croissante des entreprises japonaises sur les projets africains de minéraux critiques répond à une vulnérabilité visàvis de la Chine. En 2010, Pékin avait suspendu ses exportations de terres rares vers le Japon à la suite d’un différend maritime en mer de Chine orientale,incitant Tokyo à diversifier ses fournisseurs. Plus récemment, la Chine a de nouveau ciblé le Japon en janvier 2026, en liant ses restrictions à la position japonaise sur Taïwan. Les nouvelles mesures visent une liste étendue de matériaux parmi lesquels les terres rares, le graphite et les aimants permanents. En avril 2025, des restrictions similaires avaient déjà entraîné des perturbations d’approvisionnement chez des constructeurs comme Nissan et Suzuki Motor. Le Japon reste le premier importateur mondial de métaux de terres rares, avec 63% de ses achats en provenance de Chine en 2024.
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Sur le platine et le palladium sudafricains, ainsi que sur les terres rares en Namibie, les positions de Tokyo apparaissent solides, avec des prises de participation dans les projets. Sur le graphite, en revanche, la chaîne d’approvisionnement que souhaitent établir les entreprises japonaises dépend de l’entrée en production de l’usine émiratie (prévue en 2027) et de son approvisionnement régulier en graphite. Or NextSource fait face depuis le début de la production à Molo à des difficultés techniques, qui l’ont conduit à fonctionner sur une capacité de 11 000 tonnes par an, en deçà de la capacité nominale de la mine.
À moyen et long terme, la compagnie canadienne n’est pas à l’abri d’une interdiction des exportations de graphite par les autorités malgaches, dans le cadre d’une éventuelle stratégie de transformation locale, à l’instar des initiatives portées par plusieurs pays miniers africains ces dernières années. Les entreprises japonaises doivent par ailleurs composer avec des concurrents dans leur quête de minéraux critiques africains.
Les ÉtatsUnis, la Chine et l’Europe multiplient eux aussi les partenariats sur le continent, dans un contexte de compétition accrue pour les minéraux critiques. Cette semaine, une délégation officielle financée par le ministère allemand de la Coopération économique était en visite à Molo, dans l’optique de renforcer l’accès de l’industrie allemande au graphite malgache. Depuis 2021, un accord d’approvisionnement lie déjà le négociant allemand thyssenkrupp Materials Trading à NextSource pour la livraison annuelle du graphite de Molo.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin