Énergies : le turc Karpowership obtient un financement de 343 millions d'euros pour ses opérations en Afrique
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Karpowership est spécialisée dans les centrales électriques installées sur barges flottantes.
Photo DR
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Karpowership est spécialisée dans les centrales électriques installées sur barges flottantes.
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Sea World Energy Holdings, la filiale africaine du groupe turc Karpowership, a obtenu un prêt syndiqué de 400 millions USD (environ 343,6 millions d'euros) auprès d’un groupe de banques dirigé par Mauritius Commercial Bank (MCB). Cette banque mauricienne est le principal prêteur, aux côtés d’établissements comme Ecobank Transnational, AfrAsia Bank Ltd, ou encore Federated Hermes.
Dans un communiqué publié le jeudi 13 novembre, MCB indique avoir agi comme arrangeur principal et banque teneuse de compte pour cette facilité. Celle-ci est structurée comme un financement de portefeuille reposant sur un ensemble de contrats d’achat d’électricité détenus par Karpowership en Afrique, afin de lui offrir une marge de manœuvre financière. « Cette solution de financement sur mesure améliore l’efficacité de notre bilan et nous offre la flexibilité nécessaire pour accompagner la croissance de notre portefeuille en Afrique », a commenté Tuğrul Öz, directeur exécutif des finances du groupe.
Le nom Karpowership est bien connu dans le secteur énergétique africain. L’entreprise est en effet un acteur important sur le segment des centrales électriques installées sur barges flottantes, raccordées aux réseaux nationaux. Elle revendique une flotte de 40 unités totalisant une capacité installée de 8 000 MW, et indique opérer dans 14 pays sur trois continents, dont 11 en Afrique.
Selon les données publiées sur son site, le groupe est actif depuis 2015 au Ghana, où il a déployé une capacité de 450 MW. En Gambie, un contrat signé en 2018 a permis l’installation d’une barge de 36 MW. En Guinée, Karpowership a d’abord fourni 105 MW entre 2019 et 2023, avant qu’un nouvel accord conclu en 2024 ne prévoie un déploiement de 150 MW.
L’entreprise mentionne aussi une présence continue au Sénégal depuis 2019 avec une capacité cumulée de 335 MW. Au Gabon, un contrat de cinq ans signé en 2024 porte sur 250 MW répartis sur deux sites. D’autres opérations sont rapportées en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone, au Mozambique, en Guinée-Bissau, ainsi qu’en Zambie et au Soudan.
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Si le déploiement des unités flottantes de Karpowership a permis d’apporter des capacités supplémentaires dans plusieurs pays, les opérations du groupe se sont parfois inscrites dans des environnements marqués par des contraintes structurelles ou des tensions contractuelles.
Au Gabon par exemple, l’entreprise est associée à des débats publics récurrents, dans un contexte où la capitale Libreville connaît des délestages fréquents, liés notamment à la faiblesse des barrages hydroélectriques et à la fragilité du réseau. Fortement critiqué pour son coût et ses conditions, le contrat initialement signé avec le pays a été renégocié début 2025, selon les déclarations officielles, afin de réduire la charge financière pesant sur l’État.
Au Ghana, les opérations de Karpowership se déroulent dans un secteur énergétique sous pression, où les dettes accumulées envers les producteurs indépendants ont pesé sur la continuité du service. En 2024, le groupe avait indiqué attendre le règlement d'importants arriérés auprès du distributeur public ECG, soulignant les difficultés rencontrées pour maintenir son niveau de production sans paiements réguliers. Les autorités du pays ont depuis engagé une réforme du recouvrement des factures, mais son efficacité reste encore à mesurer.
En Afrique du Sud, où l’entreprise avait remporté en 2021 un appel d’offres d’urgence, le processus n’a pas abouti. Selon Bloomberg, des recours environnementaux, des procédures administratives complexes et des demandes d’autorisations portuaires ont retardé la conclusion du contrat. Ces obstacles ont jusqu’ici empêché toute mise en œuvre du projet.
Le nouveau financement obtenu par Karpowership et sa filiale africaine survient dans un contexte où de nombreux réseaux électriques sur le continent doivent encore répondre à une demande croissante et des contraintes de capacité, ainsi que de maintenance. Dans un rapport publié en octobre 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime à 150 milliards USD les besoins d’investissements nécessaires pour atteindre l’accès universel à l’électricité en Afrique d’ici 2035.
Le scénario sur lequel s’appuie cette estimation prévoit une montée progressive des investissements, alors que l’AIE indique que l’atteinte de cet objectif nécessitera une mobilisation équitable entre capitaux publics et privés. Pour une institution bancaire comme MCB, la participation à cette opération illustre une volonté de contribution à relever le défi qui se pose à l'Afrique. « La demande d’électricité sur le continent africain est immense. Le déficit de capacité est considérable et nécessitera des investissements massifs », confirme un responsable de la banque mauricienne cité par Bloomberg.
Du côté de Karpowership, cette facilité de 400 millions USD s’inscrit dans la continuité de ses activités sur le continent. Les détails communiqués n’indiquent néanmoins pas encore si le financement accompagnera de nouveaux déploiements ou s’il soutiendra principalement les opérations existantes.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin