Le Caire et Doha ont acté ces derniers mois, une succession d’engagements et de partenariats qui renforcent leur coopération.
DR
Dans un contexte marqué par les besoins de financement du côté égyptien et par la recherche d’opportunités du côté qatari, les deux pays intensifient une coopération présentée comme stratégique et orientée vers des secteurs clés.
Les autorités égyptiennes ont annoncé le 14 décembre dernier la signature d’un accord avec le groupe qatari Al Mana Holding pour un investissement initial d'environ 170 millions d’euros (200 millions USD) destiné à la production de carburant d’aviation durable. Cette décision constitue le dernier signal en date d’un rapprochement de plus en plus affirmé entre Le Caire et Doha, nourri ces derniers mois par une succession d’engagements et de partenariats.
Dans le détail, le nouvel accord est présenté comme le premier investissement qatari dans la Zone économique du canal de Suez (SCZone), qui a attiré environ 11 milliards d'euros (13 milliards USD) d’investissements étrangers au cours des trois dernières années. Al Mana Holding doit y établir une usine dédiée à la production de carburant durable (SAF), de biopropane et de bionaphta, obtenus à partir d’huiles de cuisson recyclées. La capacité annuelle annoncée est de 200 000 tonnes de SAF, mais le calendrier d’exécution n’a pas été précisé.
Selon le Premier ministre Mostafa Madbouly, cité par Reuters, le projet « reflète la dynamique positive des relations entre Le Caire et Doha, animée par une volonté politique partagée de renforcer la coopération bilatérale à travers des investissements conjoints et l’expansion des échanges ».
Les signes d'un rapprochement
Le nouvel accord s’ajoute à un ensemble d’annonces survenues ces derniers mois. En novembre, Qatari Diar, la filiale immobilière du fonds souverain du Qatar, a conclu un partenariat avec l’Autorité égyptienne des communautés urbaines nouvelles, pour développer un vaste complexe touristique et résidentiel à Alam Al-Roum, sur la côte méditerranéenne, à environ 480 kilomètres du Caire.
Évalué à environ 25,2 milliards d'euros (29,7 milliards USD), le projet prévoit 3 milliards d'euros pour l’acquisition du foncier, et 22,2 milliards d'euros pour édifier des quartiers résidentiels, des hôtels, des infrastructures éducatives, des marinas et divers équipements urbains sur près de 1 985 hectares de littoral. Selon les autorités, les recettes annuelles pourraient atteindre environ 1,5 milliard d'euros (1,8 milliard USD) une fois le projet opérationnel, dont une part reviendrait à l’État égyptien.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Avant cela, en juillet, des sources citées par la presse économique avaient indiqué que le fonds souverain Qatar Investment Authority examinait un investissement pouvant atteindre environ 3,4 milliards d'euros (4 milliards USD) pour la création d’une nouvelle ville touristique sur la côte nord. En avril, une déclaration conjointe publiée à l’issue de la visite du président Abdel Fattah al-Sissi à Doha évoquait déjà une volonté commune de travailler à la mise en œuvre d’investissements directs qataris totalisant environ 6,4 milliards d'euros (7,5 milliards USD).
Hormis ces projets, d’autres initiatives ont été évoquées au cours de l’année. Fin août, les deux pays ont signé des accords couvrant plusieurs domaines, y compris l’assurance sociale, la coopération agricole et alimentaire. En octobre, un protocole d’accord entre leurs ministères de la Santé a été signé pour travailler au renforcement des échanges en matière de santé publique, sciences médicales et sécurité alimentaire.
Enjeux et perspectives
Ces signaux surviennent après la normalisation progressive des relations entre les deux capitales, amorcée en 2021 à la suite d’une période de tensions diplomatiques entre 2017 et 2021. Les données publiées par le ministère égyptien de l’Investissement et du Commerce extérieur confirment l’évolution récente. Selon le ministre Hassan El-Khatib, les échanges commerciaux ont atteint 121,6 millions d'euros (143 millions USD) sur les dix premiers mois de 2025, contre 68 millions d'euros (80 millions USD) en 2023, soit une progression de près de 80 %. Le stock d’investissements qataris est évalué à environ 2,7 milliards d'euros (3,2 milliards USD), répartis sur plus de 266 entreprises opérant dans la finance, l’industrie, le tourisme et les services.
Le ministre met en avant les efforts déployés pour renforcer l’attractivité de l’Égypte, citant la stabilisation progressive de plusieurs indicateurs macroéconomiques. Les autorités évoquent l’élargissement de la base fiscale sans hausse des taux, la réduction de certains coûts pour les investisseurs et la généralisation de plateformes numériques destinées à simplifier les procédures administratives. Pour l’Égypte, l’enjeu est de consolider des partenariats capables d’accompagner les réformes économiques en cours, de soutenir l’industrie et de sécuriser de nouvelles sources d’investissement.
Du côté qatari, les responsables affirment leur volonté de soutenir le développement industriel et commercial avec l’Égypte. Lors d’échanges organisés récemment au Caire, le vice-Premier ministre égyptien chargé du Développement industriel, Kamel El-Wazir, et le ministre qatari du Commerce extérieur, Ahmed bin Mohammed, ont évoqué la possibilité de projets complémentaires dans plusieurs branches industrielles, notamment l’aluminium, les composants automobiles et le textile. Pour le Qatar, ces engagements offrent un accès à un marché vaste, à des plateformes industrielles et logistiques en expansion, et à des projets présentés comme importants pour la croissance économique régionale.