Après TotalEnergies, ExxonMobil lève à son tour la force majeure sur un mégaprojet gazier au Mozambique
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

ExxonMobil prévoit d’arrêter sa décision finale d’investissement pour Rovuma LNG en 2026.
@ExxonMobil
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ExxonMobil prévoit d’arrêter sa décision finale d’investissement pour Rovuma LNG en 2026.
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ExxonMobil a officiellement levé la force majeure sur son projet gazier Rovuma LNG, situé au large de Cabo Delgado, au Mozambique. Cette mesure juridique avait été activée en 2021, après une attaque menée à proximité des installations de l’entreprise américaine.
La décision, rapportée jeudi 20 novembre par la presse internationale, signifie que l’entreprise estime que la situation sécuritaire permet de reprendre un travail opérationnel sur le terrain, même si les précautions restent importantes. Le groupe américain a indiqué qu’il continuera de travailler avec les autorités mozambicaines pour garantir la sécurité de son personnel.
« Nous travaillons avec nos partenaires et avec le gouvernement du Mozambique pour assurer la sécurité de nos équipes et de nos infrastructures, alors que nous cherchons à développer un projet de GNL de premier plan susceptible de soutenir la croissance économique », a déclaré un porte-parole d’ExxonMobil cité par Bloomberg.
Ce développement se pressentait depuis quelques semaines. En septembre dernier, le directeur général d’ExxonMobil, Darren Woods, avait rencontré le président mozambicain Daniel Chapo à New York, afin d’obtenir des assurances de sécurité avant la reprise des travaux. Fin octobre, il a déclaré que le projet Rovuma LNG était « dans une très bonne position », ajoutant que les conditions sur le terrain s’améliorent progressivement après des années d’incertitude à Cabo Delgado.
Le projet Rovuma LNG repose sur d’importantes réserves gazières situées dans le bloc offshore Area 4. ExxonMobil pilote l’ingénierie, la construction et l’exploitation du futur complexe. Pendant la suspension des travaux, la compagnie a revu en profondeur la conception du projet. Le plan initial, fondé sur deux grandes unités de liquéfaction, a été remplacé par un dispositif modulaire entièrement électrique, capable de produire jusqu’à 18 millions de tonnes de GNL par an, contre 15,2 millions dans la version d’origine. ExxonMobil présente cette solution comme plus flexible, plus fiable et moins émettrice, avec la possibilité d’augmenter la capacité à terme.
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Le développement de Rovuma LNG réunit plusieurs partenaires internationaux, dont China National Petroleum Corporation, Abu Dhabi National Oil Company, Korea Gas Corporation ou encore l’italien Eni. ExxonMobil prévoit de prendre sa décision finale d’investissement en 2026. Si les conditions sécuritaires se stabilisent durablement et si le calendrier est respecté, la mise en service pourrait intervenir au début de la prochaine décennie, alors que l’entreprise américaine prévoit une hausse de 20 % de la demande de gaz naturel d’ici 2050.
La démarche d’ExxonMobil intervient peu après celle de TotalEnergies, engagée fin octobre. Le 25 octobre, l'entreprise française a transmis aux autorités mozambicaines un avis formel de levée de la force majeure sur son projet Mozambique LNG, situé dans la même zone géographique.
Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, avait indiqué dès septembre que tout était prêt pour une remobilisation progressive des équipes. Le projet Mozambique LNG, initialement évalué à 20 milliards de dollars, affiche désormais un coût d’au moins 24 milliards de dollars, une hausse attribuée aux retards accumulés, au renforcement des mesures de sécurité et à l’inflation générale des coûts logistiques.
La capacité visée reste d’environ 13 millions de tonnes de GNL par an. Près de 90% de la production prévue est déjà couverte par des contrats de long terme avec des acheteurs en Asie et en Europe. TotalEnergies estime pouvoir atteindre la mise en service autour de 2029, une fois que le Mozambique aura validé le budget révisé et les modifications du plan de développement.
Le Mozambique fonde de grands espoirs sur la reprise simultanée de ces deux projets. Les estimations disponibles suggèrent que le bassin de Rovuma pourrait contenir entre 150 et 180 trillions de pieds cubes de gaz naturel, selon plusieurs sources concordantes, ce qui place le pays parmi les mieux dotés du continent.
Les volumes prévus permettraient au Mozambique de devenir l’un des acteurs majeurs du marché mondial du GNL, aux côtés du Qatar, des États Unis et de l’Australie. D’après un rapport du cabinet Deloitte publié en 2024, l’exploitation des ressources en gaz naturel du pays pourrait contribuer à 20% de la production africaine d’ici 2040, le classant parmi les dix premiers producteurs mondiaux de ce combustible.
Ces perspectives prometteuses pour l’économie mozambicaine expliquent les efforts consentis ces derniers mois par le président Daniel Chapo pour résoudre les questions sécuritaires. Il a travaillé avec les troupes rwandaises pour renforcer la sécurité dans la région de Cabo Delgado qu’il a qualifiée de « relativement stable » en juillet dernier, tout en encourageant les entreprises à reprendre leurs activités. « Si nous attendons que Cabo Delgado soit un paradis, nous ne lèverons jamais la force majeure », a-t-il déclaré.
La stabilisation progressive de Cabo Delgado remet, par ailleurs, en lumière les interrogations environnementales entourant les futurs développements gaziers. Un rapport publié en juin 2025 par plusieurs organisations environnementales a mis en garde contre les risques associés aux forages en eaux profondes, à la construction d’infrastructures industrielles sur la côte et aux émissions liées aux projets de GNL. Les auteurs estiment que les impacts potentiels sur les écosystèmes marins, les mangroves et plusieurs zones de biodiversité sensibles restent encore mal évalués, notamment en ce qui concerne les effets cumulés des opérations et la vulnérabilité de la région aux espèces invasives. Ils recommandent de renforcer l’analyse des effets sur l’environnement et le climat avant la reprise complète des activités. Ces préoccupations constituent un paramètre supplémentaire que les autorités mozambicaines et les partenaires financiers devront intégrer dans la suite du processus.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin
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