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Assurance : malgré la fin des gains de change exceptionnels, Axa renforce ses positions au Nigéria

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 21 octobre 2025 à 11:42

Pour Axa Mansard, l'année 2025 est une « année de vérité comptable », révélant la performance réelle de l'entreprise.

Pour Axa Mansard, l'année 2025 est une « année de vérité comptable », révélant la performance réelle de l'entreprise.

Photo DR

Le Quotidien Numérique

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Lorsqu’ils se retrouveront la semaine prochaine, les actionnaires de la filiale au Nigéria du groupe français Axa auront à l’esprit une perspective de marge nette en baisse pour l’année 2025. Cependant, il faudra surtout regarder la solidité du cœur de métier de l’entreprise et la progression constante des nouvelles frontières de croissance, comme les produits de placement.

Le 30 octobre 2025, se tiendra un conseil d’administration d’AXA Mansard, filiale nigériane du groupe français AXA. L’objectif de la rencontre, indiqué dans un communiqué, est d’examiner les comptes non audités pour les neuf premiers mois de 2025. L'exercice s'annonce intense. Le 8 septembre 2025, l’entreprise a publié ses perspectives de performance pour l'ensemble de l'année. Le document, signé par la Secrétaire générale de la compagnie Omowunmi Mabel Adewusi, anticipe un bénéfice net de 13,2 milliards de nairas (environ 7,7 millions d’euros au taux du 17 octobre 2025). Si cette prévision se réalise, cela représentera, pris en monnaie locale, un repli  de 49,2 %, par rapport au bénéfice net de 26 milliards de nairas (environ 16,2 millions d’euros) déclaré pour 2024.

Ce recul attendu des marges nettes dissimule cependant quelques nuances. Le 17 octobre 2025, Axa Mansard affichait une capitalisation boursière de 153,6 milliards de nairas (soit environ 88,6 millions d’euros). La somme peut sembler modeste, mais ce seuil représente une plus-value de 224,6% pour les investisseurs au cours des 12 derniers mois. Pourtant, la marge nette de 6,8 milliards de nairas (environ 3,97 millions d’euros) sur les 6 premiers mois de 2025 est en recul de 73% par rapport à la même période en 2024, selon les résultats non audités publiés par l’assureur début septembre.

Un retour aux fondamentaux opérationnels

L’évolution actuelle des choses n'est cependant pas un signe de fragilité durable. Elle illustre, au contraire, un retour aux fondamentaux opérationnels après une année 2024 dont les résultats avaient été exceptionnellement gonflés par des gains non récurrents, notamment liés aux effets de change. L'entreprise prouve ainsi la solidité de son cœur de métier dans un contexte économique nigérian exigeant. En effet, le résultat « presque normalisé » de 2025 représente une amélioration par rapport à celui de 2023, année qui a précédé la dépréciation de 72,2 % du naira.

Pour comprendre l'évolution actuelle, il faut tenir compte du fait que AXA Mansard, comme de nombreuses entreprises au Nigéria, est exposée aux fluctuations de la monnaie locale.

Pour comprendre l'évolution actuelle, il faut tenir compte du fait que AXA Mansard, comme de nombreuses entreprises au Nigéria, est exposée aux fluctuations de la monnaie locale.

L'entreprise reçoit des paiements en devises (convertis en nairas), mais fait également face à des engagements nécessitant de convertir ses ressources locales en devises. Lorsque le naira perd de la valeur ou se stabilise, cela peut entraîner des pertes ou des gains.

Dans le cas d’Axa Mansard, les revenus en devises proviennent principalement des primes reçues auprès de clients du secteur des hydrocarbures (pétrole et gaz), qui sont généralement des opérateurs étrangers et représentent environ deux tiers des revenus. Les engagements en devises incluent les réparations de sinistres et le paiement des primes de réassurance. Pour générer des liquidités, l’entreprise place ses ressources dans des produits financiers émis en nairas, ce qui lui procure des revenus d’intérêts. Au premier semestre 2025, ces investissements s’élevaient à 120 milliards de nairas (environ 67,18 millions d’euros) constitués d’emprunts de l’État et d’entreprises, dans un contexte de hausse des taux d’intérêt.

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Les comptes du S1 2024 dévoilent que la forte dépréciation du naira (par rapport à la fin 2023) a fait exploser la valeur des actifs libellés en monnaies étrangères et celle des primes reçues en devises. Cela s’est traduit par un gain exceptionnel de 23,4 milliards de nairas (soit environ 13,65 millions d’euros). Cependant, le naira s'étant stabilisé en 2025, ce gain exceptionnel n'a été que de 1 milliard de nairas (soit environ 580 000 euros) au premier semestre. Par ailleurs, une augmentation des dépenses d’assurance de l’ordre de 50% a empêché la progression du résultat technique (différence entre les revenus et les charges directement liées à la couverture de risque), qui est resté stable à 9,1 milliards de nairas.

Stratégie et perspectives 

Mais au-delà des turbulences liées aux taux de change, les fondamentaux du secteur de l'assurance demeurent prometteurs au Nigéria. Pour Axa Mansard, les revenus bruts d’assurance ont augmenté de 24 % au premier semestre 2025, pour atteindre 81,12 milliards de nairas (soit environ 47,37 millions d’euros). Cette discipline a permis de maintenir un résultat technique d'assurance stable à 9,2 milliards de nairas (environ 5,37 millions d’euros), ce qui atteste d’une gestion efficace des risques.

Comme l'a souligné la directrice financière, Mme Ngozi Ola-Israel : « Notre performance démontre la résilience de notre stratégie [...] Malgré les défis, nous avons continué à enregistrer une forte croissance de nos revenus d'assurance ».

« Notre performance démontre la résilience de notre stratégie [...] Malgré les défis, nous avons continué à enregistrer une forte croissance de nos revenus d'assurance ».

Le segment des revenus d’assurance demeure globalement solide, avec une marge brute sur les différentes lignes de produits (responsabilité et vie) qui passerait de 9,2 % à la fin de  l’année 2024 à environ 12 % au 31 décembre 2025.

Le principal aspect à surveiller pour AXA Mansard demeure la gestion des coûts, dans un contexte où l'inflation reste élevée à 18,7 % (même si elle est en net recul). Les prix n'ayant pas baissé, les coûts d'indemnisation et les dépenses de réassurance restent plus élevés que précédemment. Face à cela, la direction met l’accent sur l’excellence opérationnelle. Le directeur général, M. Kunle Ahmed, a confirmé : « Notre objectif principal est l’excellence de l’exécution en stimulant l’innovation, en améliorant l’efficacité et en optimisant nos canaux de distribution ».

Une base financière solide

La stratégie s'articule autour de la digitalisation (pour réduire les frais administratifs), d'une gestion de portefeuille optimisée (axée sur les produits rentables) et d'une sélection rigoureuse des risques. L’approche est soutenue par une base financière solide, avec des fonds propres de 62,7 milliards de nairas (environ 36,58 millions d’euros) à fin juin 2025 et des actifs totaux en hausse à 234 milliards de nairas (environ 136,52 millions d’euros). Si 2025 se dessine comme une transition résiliente, la capacité de l'entreprise à croître au-delà des fluctuations monétaires sera clé, tout comme les prochaines étapes du secteur au Nigéria.

Une nouvelle régulation, promulguée en août 2025 par le président Bola Tinubu, ouvre la voie à la consolidation du secteur. Les assureurs ne pouvant pas satisfaire aux nouvelles exigences en matière de fonds propres pourraient être concernés. Axa Mansard, largement au-dessus de ces seuils grâce à sa gestion prudente, est bien positionnée pour jouer un rôle majeur dans l'avenir de l'assurance au Nigéria.

Axa Mansard, largement au-dessus de ces seuils grâce à sa gestion prudente, est bien positionnée pour jouer un rôle majeur dans l'avenir de l'assurance au Nigéria.

Le conseil d’administration se réunira donc prochainement, avec la perspective d'une contraction des bénéfices en 2025. Les membres examineront les comptes du T3 en gardant à l'esprit que les performances actuelles s'expliquent quasi exclusivement par la disparition d'un facteur exceptionnel : les gains de change massifs de 2024. L'année 2025 est donc une « année de vérité comptable », révélant la performance réelle de l'entreprise. Derrière cette normalisation se cache une performance opérationnelle non seulement solide, mais aussi en nette progression.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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