Ecobank réussit son test obligataire international

Idriss Linge, Agence Ecofin

Jeremy Awori, directeur général du groupe Ecobank.
Ecobank.

Idriss Linge, Agence Ecofin

Jeremy Awori, directeur général du groupe Ecobank.
Ecobank.
Ecobank Transnational Incorporated, maison mère du premier groupe bancaire panafricain indépendant présent dans 34 pays d'Afrique, a réussi son entrée sur le marché obligataire international en plaçant une offre initiale de 350 millions de dollars de titres subordonnés dédiés à l'agriculture durable et au capital naturel, a indiqué la banque dans un communiqué publié à Lomé le 14 mai.
Cette volonté du groupe togolais de tester le marché international avait été annoncée en exclusivité par La Tribune Afrique. La demande des investisseurs internationaux a atteint 1,36 milliard de dollars, soit 3,9 fois l'offre initiale, ce qui a permis au groupe de retenir finalement 450 millions selon le communiqué. Les titres ont une maturité de 10,25 ans, avec une option de remboursement anticipé après 5,25 ans, et seront cotés à la Bourse de Londres. Le taux d'intérêt final n'a pas été rendu public.
« Cette transaction est un moment décisif pour Ecobank et pour la finance durable africaine », a déclaré Jeremy Awori, directeur général du groupe, dans le communiqué. « Les investisseurs n'ont pas seulement accueilli cet emprunt, ils en ont demandé davantage, ce qui nous a permis d'augmenter le montant et de resserrer le prix. »
L'opération conclut un calendrier réglementaire serré que le groupe avait porté devant ses actionnaires un mois plus tôt. Ecobank avait convoqué une assemblée générale extraordinaire le 7 mai pour autoriser le conseil d'administration à émettre jusqu'à 500 millions de dollars d'obligations subordonnées en 2026, a rapporté Ecofin Agency le 19 avril, sur la base d'un avis signé par le secrétaire général Madibinet Cissé. Le groupe a finalement placé une offre prudente de 350 millions à l'ouverture du livre d'ordres avant de retenir 450 millions face à la forte demande des investisseurs.
Le 16 juin, Ecobank doit exercer la première option de remboursement anticipé sur 350 millions de dollars d'obligations émises en 2021 au taux de 8,75%. Si la banque n'avait pas été en mesure d’exercer cette option, le coupon aurait été ramené aux taux de marché en vigueur, projetés entre 11% et 13%, et l'instrument aurait perdu chaque année 20% de sa reconnaissance en fonds propres réglementaires jusqu'à son échéance en 2031, selon les règles internationales de Bâle III. La transaction du 14 mai désamorce les deux effets.
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Le produit net de l'émission financera le rachat de la totalité des obligations de 2021, tandis qu'un montant équivalent au produit net total sera affecté à un portefeuille de prêts à l'agriculture durable et aux infrastructures hydriques dans 24 pays africains, dans le cadre du Green Bond Framework du groupe, a précisé la banque. FMO, la banque néerlandaise de financement du développement, a apporté un ordre d'ancrage de 50 millions de dollars, comme elle l'avait fait pour l'émission de 2021.
Une fois le rachat de l'ancien emprunt effectué, il restera environ 100 millions de dollars de produit net qui viendront renforcer les fonds propres réglementaires du groupe.
Sans publication du taux d'intérêt final, il reste impossible de mesurer si la banque a obtenu de meilleures conditions de financement qu'en 2021. À titre de repère, un emprunt non subordonné d'Ecobank avait été placé à 10,125 % en octobre 2024, puis abondé à 9,375% en mai 2025, selon Ecofin Agency.
Un emprunt subordonné se finance habituellement à un coût supérieur à un emprunt non subordonné émis par la même banque.
Aucun bilan n'a été publié concernant le déploiement effectif des 350 millions de dollars levés en 2021, destinés à financer des actifs éligibles au cadre de finance durable du groupe.
L'émission porte la désignation Nature Bond de l'International Capital Market Association, en application du guide pratique publié en juin 2025, faisant d'Ecobank la première banque commerciale au monde à émettre un emprunt vert avec cette qualification, selon le communiqué.
Moody's Ratings a attribué à l'opération un score de qualité de durabilité de SQS1, la note la plus élevée de l'agence pour une banque commerciale panafricaine. L'émission intervient après des résultats record pour le groupe en 2025, avec un bénéfice avant impôts en hausse de 21 % à 801 millions de dollars, alors même que la filiale nigériane affichait une perte avant impôts de 31 millions de dollars et un ratio de créances douteuses en hausse à 42,1 %, selon le communiqué de résultats annuels publié le 14 avril par le groupe.
Renaissance Capital Africa et Standard Chartered Bank ont été les banques chef de file de l'opération, Ecobank Development Corporation a participé en tant que co-arrangeur, et African Finance Corporation a joué le rôle de conseil financier.
Idriss Linge, Agence Ecofin