Burkina Faso : de bons indicateurs grâce au secteur minier

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Pour le Capitaine Ibrahim Traoré, le défi sera de convertir ces recettes minières exceptionnelles en mieux être pour les populations.
DR

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Pour le Capitaine Ibrahim Traoré, le défi sera de convertir ces recettes minières exceptionnelles en mieux être pour les populations.
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Les indicateurs macroéconomiques du Burkina Faso montrent une amélioration progressive, selon une publication du Fonds monétaire international (FMI) datée du 18 février, qui souligne une consolidation de la croissance, un ralentissement de l’inflation et un ajustement des finances publiques malgré un environnement économique et sécuritaire contraint. Cette trajectoire s’inscrit sous la conduite d’une équipe dirigeante dominée par les autorités militaires, mais appuyée par des profils civils à des postes économiques clés, notamment au ministère des Finances, désormais dirigé par le docteur Aboubakar Nacanabo.
L'analyse des performances du pays des hommes intègres semble indiquer que les résultats des réformes sont au rendez-vous. L’évaluation de l’institution de Bretton Woods met en avant une accélération de la croissance économique dans le pays ouest-africain à 5,0% en 2025, après 4,8% en 2024. Ses prévisions situent la croissance entre 4,5% et 5,0% dans les années à venir. Cette évolution est accompagnée d’un rythme moyen d’évolution des prix à la baisse de 0,5% en 2025, et la progression de 2% par an à moyen terme reste dans les limites de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Cette position de l’inflation est également le signe d’une stabilité des prix retrouvée après des tensions alimentaires passées. Sur le plan des finances publiques, le déficit fiscal (gap des ressources budgétaires) est estimé à -3,5% du PIB en 2025, en baisse par rapport aux années précédentes, et la dette publique, qui représentait 57,2% du PIB en 2024, devrait se réduire à 52,1% du PIB en 2025, puis se stabiliser autour de 50% du PIB à l’horizon 2029. La dynamique extérieure du pays s’est également modifiée.
Les paiements avec l’extérieur, qui affichaient une perte de -3,4% du PIB en 2024, sont aujourd’hui marqués par un excédent de 1,1% en 2025. Ils devraient rester positifs cette année, portés par la progression des exportations et l’amélioration des termes de l’échange. La hausse des prix mondiaux de l’or, avec une moyenne provisoire estimée à 3218 USD l’once en 2025, a soutenu cette trajectoire, en particulier dans le secteur minier.
Toutefois, malgré ces chiffres, les dirigeants actuels du Burkina Faso doivent encore tenir les promesses de prospérité faites à leur arrivée au pouvoir, pour une grande partie de la population. La valeur moyenne de la richesse créée chaque année par habitant (PIB/hab), bien qu’en progression, n’atteint que 1 127 dollars en 2025 et devrait s’établir autour de 1 250 dollars en 2026 selon les projections du FMI. Or, selon les données disponibles, près de 47 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, un niveau qui suggère que les bénéfices de la croissance ne se traduisent pas encore de manière généralisée par des revenus durables pour la majorité des ménages.
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Un autre élément mis en évidence par le FMI concerne le financement du secteur productif. Or, le crédit accordé au secteur privé a reculé de 2,8 % en 2025, après une contraction l’année précédente, et le ratio de crédit privé au PIB a diminué de 31,9 % en 2023 à 23,5 % en 2025, avec des projections autour de 21,6 % en 2029.
Cette baisse du crédit privé suggère que les entreprises nationales se heurtent à des contraintes d’accès au financement qui limitent leur capacité à produire suffisamment pour répondre à la demande intérieure et à créer des emplois durables. L’invitation faite par la junte aux banques de financer l’économie nationale semble se concrétiser lentement.
Aussi, le modèle de croissance observé ces dernières années au Burkina Faso dépend fortement de la performance du secteur minier, caractérisé par une forte exposition aux prix internationaux des matières premières, notamment de l’or.
Cette configuration se traduit par des agrégats macroéconomiques positifs, mais cela ne signifie pas automatiquement que l’économie nationale se diversifie ou que la production intérieure destinée au marché domestique s’élargit de manière significative. La hausse du PIB par habitant et l’amélioration des soldes extérieurs ne traduisent pas encore une hausse proportionnelle de marchés locaux solvables. L’ensemble de ces éléments situe l’économie burkinabè à une intersection où des indicateurs macroéconomiques montrent, selon le FMI, une amélioration relative, tandis qu’au niveau microéconomique, notamment pour les acteurs du secteur privé, la dynamique reste marquée par des contraintes significatives qui freinent l’émergence d’un marché intérieur robuste.
Dans ce cadre, les données disponibles ouvrent des perspectives sur les relations entre la croissance économique globale et les conditions réelles de production et de consommation, sans permettre, à ce stade, de conclure à une transformation structurelle du tissu économique national.
Idriss Linge, Agence Ecofin.