Malgré un potentiel économique réel, Madagascar peine depuis plusieurs années à atteindre le niveau de croissance nécessaire pour garantir un minimum vital à sa population
Le départ du président Andry Rajoelina marque un nouveau tournant politique pour Madagascar. Mais derrière l’euphorie populaire, un gigantesque chantier attend les nouveaux hommes forts du pays : retisser le lien social, remettre l’économie sur pied et rassurer les partenaires internationaux.
Fin septembre 2025, des manifestations emmenées par la « génération Z » ont investi les rues d’Antananarivo, la capitale de Madagascar, dénonçant les coupures constantes d’eau et d’électricité, le coût de la vie, la corruption et l’absence de perspectives pour les jeunes. Sous la pression, l’armée, et en particulier l’unité d’élite CAPSAT (Corps du Personnel et des Services Administratifs et Techniques de l'Armée), a fini par s’aligner sur les positions des manifestants, poussant le président Rajoelina à quitter le pays le 13 octobre.
Bien que sur ses réseaux sociaux, ce dernier a voulu reprendre la main, notamment en tentant de dissoudre l’Assemblée nationale pour éviter d'être démis de ses fonctions, il a fini par être écarté. Le colonel Michael Randrianirina a ainsi prêté serment le 17 octobre comme président de transition, promettant un gouvernement militaire-civil pour une durée allant jusqu’à 2 ans.
Une économie à bout de souffle
Andry Rajoelina quitte le pays dans un contexte économique particulièrement délicat. Les coupures d’électricité ont été le déclencheur visible de la colère : selon la Banque mondiale, seulement 36% de la population a accès à l'énergie. Dans les villes, l’accès est restreint alors que dans les zones rurales, la moitié de la population ou plus peut être sans service régulier.
Le pays fait aussi face à une crise alimentaire exacerbée ces dernières années par le changement climatique. Selon le Cadre Intégré de Classification de la Sécurité Alimentaire (IPC), il y a « 1,2 million de personnes confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë, 558 000 enfants susceptibles de souffrir de malnutrition aiguë d’ici avril 2026 », principalement dans le Sud du pays.
Il faut dire que malgré un potentiel économique réel, Madagascar peine depuis plusieurs années à atteindre le niveau de croissance nécessaire pour garantir un minimum vital à sa population. Le taux d’inflation estimé à 8% au premier semestre 2025 reste deux fois plus élevé que la croissance économique, projetée à 4%, dans la lignée d’un rythme peu soutenu. « L'économie malgache se redresse, mais la croissance reste insuffisante et inégale pour améliorer significativement le niveau de vie » a ainsi indiqué la Banque mondiale dans sa note de conjoncture économique publiée en février.
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Selon les derniers chiffres de l'institution de Bretton Woods (2022), le taux de pauvreté atteint 75%, et de nombreux jeunes en âge de travailler se retrouvent à exercer de petits boulots pour survivre. « Les nouvelles données de l’Enquête permanente auprès des ménages 2021-2022 (EPM) mettent en évidence une situation très difficile sur le marché du travail, par exemple avec un taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre à 22,8% et un taux de jeunes ni en emploi ni en formation à 43,4% » souligne aussi le PNUD.
Relancer l’économie et rétablir la confiance
Le bouleversement politique malgache est le résultat d’une rupture de la confiance entre le peuple et l’État, après une accumulation de frustrations. Le chantier qui attend le nouveau chef de la transition s’annonce aussi vaste que déterminant.
Sur le plan interne, la priorité peut être de redresser rapidement la compagnie nationale d’eau et d’électricité, la JIRAMA. Cette dernière coûte jusqu’à 250 millions USD de subventions à l’État chaque année, sans être rentable en raison de coûts de production trop élevés et de difficultés à recouvrer les factures. La réforme doit viser non seulement à réduire les pertes et ajuster les tarifs de manière socialement acceptable, mais aussi à ouvrir davantage les partenariats public-privé dans le renouvelable.
Dans ce secteur, plusieurs groupes étrangers, notamment français, ont déjà engagé des projets hydroélectriques et solaires majeurs. Ces initiatives pourraient servir de base à une ouverture plus large aux investisseurs internationaux, offrant au pays l’opportunité de diversifier ses sources d’énergie et de financement tout en soutenant la transition écologique.
Face à une jeunesse qui réclame des résultats rapides, créer des emplois, ou plutôt des opportunités d’emploi, devient vital. Cela suppose d’améliorer le climat des affaires, de réduire les formalités administratives, de sécuriser les paiements publics et de promouvoir des zones économiques spéciales dans des secteurs clés. Les investisseurs, eux, attendent une gouvernance fiable, des institutions stables et des politiques claires.
La lutte contre la corruption devra aussi être prioritaire, notamment à travers la transparence budgétaire et un contrôle renforcé des entreprises d’État.
Rassurer les partenaires et tenir la promesse démocratique
L’Union africaine a suspendu Madagascar de ses instances, et S&P Global a placé le pays sous surveillance négative, abaissant ses prévisions de croissance à 3 % à court terme. Pour rassurer l'UA, les bailleurs de fonds et les investisseurs, la feuille de route devra être claire. En envoyant un signal fort de réforme et de stabilité, le gouvernement de transition pourrait obtenir le soutien international nécessaire pour relancer l’économie.
Au final, le renversement politique a offert à Madagascar une fenêtre d’opportunité. Encore faut-il qu’elle débouche sur un changement durable, dans un contexte où l’histoire récente du Mali, du Burkina Faso ou du Soudan rappelle combien les transitions militaires peuvent s’éterniser, pour des raisons diverses.