Les acteurs de l’écosystème innovant en Afrique francophone subsaharienne déplorent l'absence d'une vision partagée.
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Avec seulement 10 à 15% des investissements tech en Afrique captés en 2024, l’Afrique francophone subsaharienne joue encore en catégorie inférieure. Sans gouvernance, investissements et réformes décisives, le cabinet EY craint que l’économie numérique dans cet espace géolinguistique reste longtemps à la traîne par rapport à ses voisins anglophones et nord-africains.
Avec plus de 862 start-up identifiées, des tech entrepreneurs vedettes et des hubs dynamiques comme Dakar et Abidjan, le paysage technologique en Afrique francophone subsaharienne (AFS) est en effervescence. C’est le constat que fait le cabinet Ernst & Young (EY) dans un rapport sur l'innovation dans cet espace géolinguistique publié en novembre. « L’Afrique francophone subsaharienne innove. Elle crée, transforme, s’organise. Par-delà les chiffres, les classements ou les grilles d’évaluation standardisées, une réalité s’impose : des femmes et des hommes inventent chaque jour les solutions de demain dans les quartiers, les laboratoires, les startups et les institutions. Cette vitalité est réelle », explique Mounir Ghazali, Associé et Consulting Leader chez EY Tunisie.
Le groupe a passé 19 pays au crible de six piliers, à savoir Gouvernance, Capital humain, Recherche & Développement, Infrastructures, Financement et Cadre légal. Son diagnostic est clair : une restructuration profonde s’impose pour éviter que l’AFS reste en queue de peloton sur le continent. Quatre niveaux d’écosystème innovants y ont été identifiés. L’écosystème avancé regroupe la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Sénégal et Djibouti, qui font figure de leaders régionaux. L’écosystème consolidé comprend le Burkina Faso, le Cameroun, le Mali, le Togo et le Gabon, qui possèdent des bases réelles, mais encore trop hétérogènes.
La Guinée, la République démocratique du Congo, le Burundi, la Mauritanie et le Niger forment l’écosystème en structuration où des efforts sont visibles, mais où l’environnement institutionnel reste fragile. Enfin, l’écosystème émergent rassemble Madagascar, la République centrafricaine, les Comores, le Tchad et la République du Congo, qui présentent des environnements tech encore embryonnaires. Ainsi, bien que l'AFS a capté une part en hausse des fonds levés par les start-up africaines en 2024, soit 10 à 15 % de 3,2 milliards USD (2,75 milliards €) — loin derrière l’Afrique anglophone et l’Afrique du Nord qui ont capté respectivement plus de 55 % et plus de 25 % —, EY y déplore un écosystème fragile, fragmenté et bien en-dessous de son potentiel réel.
Dans tous ces écosystèmes innovants, son rapport identifie principalement une absence de coordination qui affecte la capacité de l’Afrique subsaharienne francophone à capter les dividendes d'une économie numérique africaine que Google et la Société financière internationale (SFI) évaluent à environ 613 milliards d'euros à l'horizon 2050.
Ne plus penser l’économie numérique en silos
Interrogés par EY pour l’étude, 73% des acteurs de l’écosystème innovant en Afrique francophone subsaharienne déplorent une faible culture de coopération et l'absence de vision partagée, empêchant la création d'un marché intégré de l'innovation. Le capital humain constitue un autre point critique. Même dans l’écosystème avancé, seul un quart des acteurs estime que la main-d’œuvre est bien préparée aux enjeux en la matière. Ils indiquent que l'inadéquation des compétences, le manque de culture entrepreneuriale et la faiblesse des passerelles universités-entreprises pénalisent la croissance.
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Parallèlement, la répartition disparate des infrastructures physiques et numériques creuse les inégalités. Avec une moyenne de 38,2 % seulement de la population utilisant Internet et un accès à l'électricité limité à 50,4%, le socle numérique reste précaire. Seuls quelques pôles comme Djibouti et le Sénégal disposent déjà d’infrastructures de niveau supérieur. Sans fonds, les meilleures idées peinent aussi à éclore. L'accès au financement est jugé insuffisant par une grande majorité de start-up.
Le secteur bancaire est peu adapté, le capital-risque rare – seulement une dizaine de fonds actifs pour toute l'AFS – et les incitations pour les investisseurs locaux absentes. Enfin, le cadre légal et institutionnel est peu performant. Une fiscalité défavorable, une complexité administrative et une sécurité juridique limitée découragent entrepreneurs et investisseurs. La lente adoption des Startup Acts illustre ce retard réglementaire.
Ainsi, bien que l'Afrique francophone subsaharienne dispose d'atouts indéniables, dont une jeunesse entreprenante et des success stories comme modèles, EY appelle à une réponse urgente à chacun de ses défis dans l'écosystème tech. Dans un contexte mondial où le digital redessine les rapports de force économiques, la région doit se mettre sans plus tarder à l'œuvre pour refonder cet écosystème, afin que ses talents et ses idées deviennent compétitifs sur la scène continentale et internationale.
Des partenaires au développement, dont l’Union européenne, proposent déjà de l’expertise et des fonds pour aider à atteindre ces objectifs. Il revient toutefois aux 19 pays de l'AFS de saisir ces opportunités, d’assumer leurs agendas numériques et de bâtir des politiques coordonnées, prévisibles et ambitieuses, faute de quoi leur écosystème tech restera en marge de la révolution numérique mondiale.