Le président nigérian Bola Tinubu lors de la Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi 2026, où il a annoncé l’objectif de capitalisation du Fonds national pour le changement climatique.
Entre succès des obligations vertes, lutte contre le torchage du gaz et nouveaux partenariats avec les Émirats, le géant africain déploie une stratégie financière hybride pour attirer les investisseurs internationaux et viser la neutralité carbone d'ici 2060.
À l’occasion de la Semaine de la durabilité d'Abu Dhabi 2026, le président Bola Tinubu a annoncé, le 13 janvier, l’objectif du Nigeria de porter à 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) la capitalisation de son Fonds national pour le changement climatique. L’exécutif nigérian entend s’appuyer sur cet outil pour soutenir des projets de réduction des émissions et d’adaptation au changement climatique, tout en renforçant l’attractivité du pays dans ce segment, auprès des investisseurs internationaux.
Le fonds repose sur le Climate Change Act, la loi sur le changement climatique adoptée en 2021 mais longtemps restée inopérante. Depuis 2025, un processus d’opérationnalisation est en cours, visant à articuler sa structure de financement autour de dotations budgétaires, de contributions de partenaires internationaux, de pénalités liées aux obligations climatiques et de revenus issus de mécanismes carbone.
Cependant, aucun calendrier précis de mobilisation n’a été communiqué, mais les autorités soulignent que la montée en puissance se fera progressivement, en cohérence avec les capacités du marché local et l’appétit des bailleurs.
Obligations vertes : de premiers résultats encourageants
Pour réussir ce pari, le Nigeria met en avant les résultats obtenus sur le marché des obligations vertes. En 2025, l’émission souveraine de 50 milliards de nairas (environ 30 millions d’euros) a été largement sursouscrite, atteignant 91 milliards de nairas (55 millions d’euros). Au niveau infranational, l’obligation verte lancée par l’État de Lagos a été souscrite à près de 98%. Pour le gouvernement fédéral, ces succès traduisent l’intérêt réel des investisseurs pour les instruments verts nigérians et renforcent la crédibilité de sa stratégie de financement climatique.
Ce programme s’inscrit dans le cadre plus large du plan de transition énergétique du Nigeria, qui vise la neutralité carbone à l’horizon 2060, tout en garantissant un accès universel à l’énergie.
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Rappelons qu’en matière de réduction des émissions, le Nigeria s’attaque depuis plusieurs années au torchage du gaz naturel, un domaine dans lequel le pays figure parmi les principaux contributeurs mondiaux et qui constitue l’une des sources majeures de pollution. Un cadre réglementaire spécifique a été mis en place afin de mieux encadrer cette pratique et d’en permettre la valorisation économique, notamment à travers le Nigerian Gas Flare Commercialisation Programme. Dans cette optique, la Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) a attribué, en décembre dernier, 28 permis portant sur plusieurs sites de torchage. Ces projets pourraient mobiliser jusqu’à 2 milliards de dollars d’investissements, permettre la capture de 250 à 300 millions de pieds cubes standard de gaz par jour et éviter ainsi des millions de tonnes d’émissions de CO₂ par an.
Diversifier les outils financiers
Au-delà des instruments nationaux, Abuja cherche à attirer des flux plus importants de capitaux internationaux. Le président Tinubu affirme viser jusqu’à 26 milliards d’euros par an de financements climatiques. Il plaide pour un recours accru aux financements mixtes, combinant capitaux publics, philanthropiques et privés, plutôt qu’aux garanties souveraines, jugées pénalisantes pour les économies émergentes.
La signature lors de l’événement d’un accord de partenariat économique global avec les Émirats arabes unis, couvrant notamment les énergies renouvelables, l’aviation, la logistique, l’agriculture, le commerce numérique et les infrastructures climato-intelligentes s’inscrit dans cette logique.
La capacité du Nigeria à atteindre ses objectifs dépendra désormais de la traduction de ces annonces en projets concrets, de la lisibilité du cadre réglementaire et de la continuité des réformes. Dans un contexte de forte exposition aux risques climatiques et de besoins énergétiques croissants, la mobilisation effective de ces financements sera déterminante pour concilier transition énergétique, développement économique et résilience.