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Le DG de Standard Bank Group juge « scandaleuse » la manière dont sont notés les emprunteurs africains

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Publié le 19 novembre 2025 à 18:26

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À l’occasion d’un panel d’échange organisé par le média américain Bloomberg sur les investissements en Afrique, plusieurs patrons de grandes banques du continent dont Sim Tshambala, de Standard Bank Group, ont rappelé les distorsions persistantes dans l’évaluation du risque souverain africain et formulé des pistes pour réduire cette pénalisation.

Lors d’une intervention le 18 novembre dans le cadre d’un panel organisé par Bloomberg, Sim Tshambala, directeur général de Standard Bank Group, la plus grande banque d’Afrique par les actifs (171 milliards d’euros à fin juin 2025), a qualifié de « scandaleuse » la manière dont les agences internationales de notation évaluent les emprunteurs africains.

« Il n’y a pas d’autre façon de le dire. Prenez un pays comme la Côte d’Ivoire : elle a exactement la même notation que la Serbie, et pourtant sa dette est émise à environ 50 points de base de plus que celle de la Serbie…Sur la base des données objectives : l’Afrique du Sud devrait être notée BBB par les agences de notation. Elle est actuellement notée BB » , a-t-il fait savoir.

Cette position s’inscrit dans un contexte où Standard Bank figure parmi les arrangeurs les plus actifs auprès des États africains sur les marchés internationaux. À fin octobre 2025, le groupe totalisait 1,5 milliard de dollars mobilisés auprès d’émetteurs souverains du continent et se classait deuxième en termes d’accompagnement des emprunts internationaux africains.

Les conditions d’accès au marché influencent directement la capacité des banques à structurer des financements compétitifs. L’autre enjeu, géopolitique, découle de la présence, au capital de Standard Bank, de l’Industrial and Commercial Bank of China, premier actionnaire avec 20 % de participation.

Convergences entre dirigeants bancaires sur la nature du biais

La lecture de Tshambala présente une proximité notable avec celle de Roosevelt Ogbonna, directeur général d’Access Bank. Il affirme être « totalement d’accord » avec le constat, tout en estimant que le continent porte une part de la responsabilité de la persistance du différentiel de perception.

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Il rejette l’idée d’une agence africaine de notation comme solution institutionnelle, jugeant qu’elle serait assimilée à un dispositif d’auto-évaluation : une démarche peu susceptible de convaincre les investisseurs. Pour lui, la priorité est différente : réduire le « bruit » associé aux événements négatifs africains, souvent amplifiés par la méconnaissance, et développer la capacité à mobiliser le capital bloqué au sein du continent afin de limiter la dépendance aux marchés internationaux.

Jeremy Awori, directeur général du groupe bancaire pan-africain Ecobank, met l’accent sur un autre aspect : la déconnexion entre la méthodologie annoncée par les agences et leurs pratiques. Il rappelle que les notations sont censées être prospectives, en tenant compte de l’historique et de l’évolution anticipée. Or, souligne-t-il, la plupart des émetteurs africains présentent un parcours de plus de vingt ans sans défaut de paiement.

Il interroge dès lors la base sur laquelle une pénalisation récurrente continue de s’appliquer malgré un track record favorable.

Une perception coûteuse et des ajustements nécessaires au sein des économies africaines

Kenny Fihla, directeur général d’Absa Group, décrit le phénomène comme une « prime de perception » qui affecte l’ensemble des systèmes financiers africains. La notation souveraine sert de plafond à celle des banques et, par ricochet, à celle de leurs clients. Ce mécanisme étend les effets de la sous-notation au-delà des États pour toucher les entreprises, les ménages et les coûts de financement de toute l’économie. Pour Fihla, corriger ce biais suppose de travailler à la fois sur la perception externe et sur certains obstacles internes qui augmentent le coût réel de l’emprunt dans plusieurs juridictions africaines.

L’ensemble des dirigeants converge sur un point : les écarts entre les notations attribuées et les fondamentaux économiques accroissent le coût du capital pour les États africains et freinent leur accès aux marchés internationaux. Mais ils s’accordent également sur le fait que la réponse doit aller au-delà de la simple contestation.

L’amélioration de la qualité et de la transparence de l’information économique, la réduction des facteurs de fragilité locaux et la mobilisation accrue des ressources financières intra-africaines apparaissent comme des leviers pour réduire la vulnérabilité aux perceptions externes. Pour Access Bank, notamment, la création d’une agence institutionnelle africaine ne constituerait pas une réponse crédible à ces défis.

Idriss Linge, Agence Ecofin.

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