Le pétrolier britannique Tullow Oil, recentré sur le Ghana, a démarré l’année 2026 au-dessus de ses prévisions de production, profitant de la hausse des prix du brut ouest-africain liée aux tensions au Moyen-Orient. Un répit bienvenu après une année 2025 marquée par une chute de 34% de ses revenus.
Tullow Oil, compagnie pétrolière indépendante cotée à Londres et qui produit désormais l'essentiel de ses barils au large des côtes ghanéennes, a annoncé mardi 28 avril une production moyenne de 43 400 barils équivalents pétrole par jour au premier trimestre 2026. Ce niveau dépasse déjà la borne haute de la fourchette annuelle de 34 000 à 42 000 barils que le groupe s'était fixée. Plus notable encore, la cargaison vendue en avril a été cédée à environ 130 dollars le baril, un record historique pour la compagnie, selon les chiffres publiés mardi.
Une embellie « inespérée »
Cette hausse des prix s'explique par la prime que les acheteurs européens et asiatiques sont prêts à payer pour le brut léger ouest-africain, devenu une alternative recherchée alors que le détroit d'Ormuz, par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial, est sous tension. Les quatre premières cargaisons de l'année se sont vendues en moyenne à 90 dollars le baril, soit près de 25 dollars de plus que le prix moyen moyen obtenu par Tullow en 2025. Le baril de Brent évoluait entre 85 et 95 dollars sur la période, selon les données de marché.
Pour Ian Perks, directeur général arrivé en septembre 2025, l'embellie est inespérée. « Le moindre risque géopolitique associé aux barils ouest-africains soutient une valorisation supérieure », a indiqué la compagnie dans la présentation accompagnant ses résultats. Le dirigeant, qui a hérité d'un groupe au bord de l'asphyxie financière, parle désormais d'une dynamique qui « se construit dans toute l'entreprise ».
Cette respiration tombe à un moment opportun. L'année 2025 a été la plus difficile depuis longtemps pour Tullow. Le chiffre d'affaires des activités régulières a reculé de 34 % à 847 millions de dollars, le résultat brut d'exploitation a fondu de 42 %, et la branche productive a accusé une perte nette de 129 millions de dollars. La dette nette rapportée aux profits opérationnels a grimpé à 2,3 fois, contre 1,4 fois un an plus tôt — un niveau qui, dans le secteur pétrolier, alerte les créanciers.
Un refinancement de la dette qui renforce le tableau positif
Le 27 avril, à la veille de la publication de ses résultats, Tullow a finalisé une vaste opération de refinancement. La compagnie a repoussé l'échéance de son emprunt principal de 1,21 milliard de dollars à novembre 2028 et celle d'un prêt de 423 millions de dollars consenti par le négociant suisse Glencore à mai 2030. Glencore, qui est également le principal acheteur du brut de Tullow, a en outre ouvert une ligne de trésorerie supplémentaire de 100 millions de dollars. Plus de 97 % des créanciers obligataires ont approuvé l'opération, selon le communiqué du groupe.
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Ce sauvetage financier referme un défi qui persistait depuis dix-huit mois. Standard & Poor's, l'une des trois grandes agences de notation mondiales, avait abaissé la note de crédit de Tullow à trois reprises en 2025, la ramenant à CCC-, à un cran de la zone de défaut. Sa concurrente Moody's avait fait de même en décembre, plaçant le groupe dans la catégorie Ca. Les frais financiers en numéraire devraient désormais reculer à 130 millions de dollars en 2026, contre 216 millions un an plus tôt. Les flux de trésorerie disponibles de 99 millions de dollars dégagés en 2025 n'avaient été préservés que grâce à la cession des actifs gabonais et kényans, qui a généré 334 millions de dollars de liquidités, selon le tableau de financement.
Tullow a parallèlement concentré la quasi-totalité de son activité sur le Ghana, où il exploite les champs offshore Jubilee et TEN. Le Parlement ghanéen a ratifié en février la prolongation des contrats pétroliers jusqu'en 2040, ce qui devrait permettre d'inscrire dans les comptes environ 10 millions de barils de réserves supplémentaires. Trois nouveaux puits ont déjà été mis en production cette année, et quatre autres sont attendus avant la fin septembre. Reste à savoir si la prime payée aujourd'hui pour le brut d'Afrique de l'Ouest résistera à un éventuel retour au calme au Moyen-Orient. La publication des résultats du premier semestre, attendue en juillet, apportera la première confirmation que les promesses de trésorerie tiennent la route.