La guerre au Moyen-Orient ferme partiellement Dubaï, Abou Dhabi et Doha et recompose les routes du fret mondial. Ethiopian Airlines s’impose en tant que hub de substitution au moment précis où l’Afrique a enregistré une croissance de 21% du cargo en février 2026, ce qui constitue la meilleure performance régionale de l’histoire de l’IATA.
Les espaces aériens du Golfe se sont partiellement refermés depuis le 28 février 2026, à la suite de l’escalade militaire régionale opposant Israël et les États-Unis contre l’Iran, ce qui a occasionné un profond déséquilibre sur environ 39 % de la capacité mondiale du fret aérien sur les corridors Asie–Moyen-Orient et Asie du Sud–Europe, selon les données de l’opérateur Flexport, une entreprise technologique américaine spécialisée dans la logistique et la gestion de la chaîne d'approvisionnement.
L'Afrique devant les autres régions du monde
Emirates SkyCargo, Qatar Airways Cargo et Etihad Cargo — dont les hubs opèrent dans des conditions restreintes depuis l’escalade — représentent ensemble environ 13% de la capacité mondiale de fret aérien, selon les données de l’IATA. Les tarifs du fret aérien ont bondi de 70%, forçant les chargeurs à réorienter leurs envois urgents vers des routes nordiques ou maritimes, au prix de délais supplémentaires de dix à vingt jours, selon des données publiées par Flexport et CEP-Research.
« La forte hausse des coûts du carburant, la pénurie de carburant dans certaines régions du monde et la perturbation sévère des principaux hubs cargo du Golfe constituent des bouleversements majeurs », a déclaré Willie Walsh, directeur général de l’Association du transport aérien international, dans un communiqué accompagnant les données cargo de février 2026 de l’organisation.
La disruption survient au moment précis où l’Afrique enregistre sa meilleure dynamique du cargo jamais mesurée. Les données IATA publiées ce mois-ci montrent une hausse de 21% des cargo tonnes-kilomètres africains en février par rapport à l’année précédente — la plus élevée des six régions suivies, et près du double de la moyenne mondiale qui est de 11,2%. C’est le cinquième mois consécutif où le continent devance toutes les autres régions, sur un marché où l’Afrique ne représente encore que 1,3% des volumes mondiaux.
Un pivot continental qui profite au major Ethiopian Airlines
Ethiopian Airlines, premier transporteur aérien d’Afrique avec un réseau couvrant plus de 145 destinations à travers le monde, a enregistré une poussée inédite des réservations cargo depuis la fermeture partielle des hubs du Golfe, selon des personnes proches de la compagnie.
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L’aéroport international Bole d’Addis-Abeba, dont le terminal cargo affiche une capacité d’un million de tonnes par an, absorbe une part des flux détournés de Dubaï et de Doha.
En mars, la compagnie a signé des contrats de location avec AerCap Holdings pour deux Boeing 777-300ERSF convertis — les premiers appareils de ce type à opérer sur le continent.
L’opportunité s’inscrit dans une stratégie à long terme. L’Éthiopie a lancé la construction du nouvel aéroport international de Bishoftu, un projet d’un montant de 12,5 milliards de dollars, récemment présenté à des investisseurs français et européens lors d’une rencontre organisée au MEDEF en France. L’infrastructure cible 110 millions de passagers par an à l’horizon 2030 et est conçue pour rivaliser avec les méga-hubs du Golfe. Pour la première fois depuis l’essor de Dubaï dans les années 2000, une disruption géopolitique est suffisamment durable pour créer de nouvelles habitudes de trafic sur les axes Asie–Europe via l’Afrique, selon une analyse publiée en mars par l’Institut pour les études de politique internationale.
Les produits pharmaceutiques tirent la croissance
La fenêtre de repositionnement est amplifiée par la transformation structurelle du corridor Afrique–Asie. Ce couloir a progressé de 61,9% en février sur un an — son huitième mois consécutif de croissance — sous l’effet de l’accord commercial signé en janvier 2026 entre le Kenya et la Chine, accordant à Nairobi un accès en franchise de droits à 98,2 % de ses produits sur le marché chinois, et des réductions tarifaires annoncées par Pékin pour l’ensemble du continent à partir de mai 2026, selon des déclarations officielles chinoises.
Le profil du fret africain se transforme en parallèle. Si les produits périssables — fleurs, avocats, fruits frais — restent le pilier des exportations aériennes, la croissance est de plus en plus tirée par les produits pharmaceutiques et les biens à haute valeur. DHL a engagé plus de 300 millions d’euros en octobre 2025 pour développer ses capacités de chaîne du froid en Afrique subsaharienne, selon un communiqué du groupe.
La substitution d’Addis-Abeba aux hubs du Golfe reste néanmoins partielle à court terme. Les infrastructures de l’aéroport Bole ne peuvent absorber les volumes de Dubaï — dixième port cargo mondial — qu’en proportion limitée, et la dépendance de nombreuses compagnies africaines aux connexions de transit du Golfe rend la transition progressive, selon des analystes du secteur.
La mesure de ce repositionnement se précisera dans les semaines à venir. La première Convention africaine du transport aérien, prévue en juin à Lomé, au Togo, offrira aux régulateurs un forum pour accélérer la libéralisation du cargo et l’attribution de droits de trafic élargis — des réformes jugées indispensables pour qu’Addis-Abeba transforme l’opportunité conjoncturelle de la crise du Golfe en un avantage structurel durable.