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Face aux tensions sur le marché mondial, l’Egypte taxe les ventes d’engrais azotés

Photo de Espoir Olodo

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Publié le 15 mai 2026 à 10:50

La taxe vise à limiter l’orientation excessive des volumes vers l’exportation, afin d’assurer un approvisionnement intérieur suffisant.

La taxe vise à limiter l’orientation excessive des volumes vers l’exportation, afin d’assurer un approvisionnement intérieur suffisant.

Photo DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L’industrie africaine des engrais est dominée par le Maroc et l’Egypte. Alors que le premier pays est leader dans les fertilisants phosphatés, le second est un poids lourd sur le segment des produits azotés.

L’Égypte a instauré depuis le 5 mai dernier, une taxe temporaire de 90 dollars, soit 77 euros, par tonne sur ses exportations d’engrais azotés, pour une durée de trois mois selon un décret du ministère de l’Investissement et du Commerce publié au Journal officiel.

La taxe vise à limiter l’orientation excessive des volumes vers l’exportation, afin d’assurer un approvisionnement intérieur suffisant dans le pays qui, d’après l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), est celui qui utilise le plus d’engrais minéraux par unité de surface agricole en Afrique (407,4 kg/ha en 2023).

En Égypte l’industrie des engrais azotés est la plus développée du continent africain. D’après les données de Trade Map, le pays des pharaons a exporté pour environ 1,55 milliard USD (environ 1,324 milliard d'euros) d’engrais azotés en 2024, ce qui en fait le 6e exportateur mondial en valeur derrière la Russie, la Chine, Oman, le Qatar et l’Arabie Saoudite.

Ce leadership est porté par un appareil industriel puissant fondé sur l’ammoniac et l’urée issus du gaz naturel, avec des acteurs de premier plan tels qu’Abu Qir Fertilizers et la holding publique Egyptian Petrochemicals Holding Company (Echem). Le Caire fournit plusieurs pays comme la Turquie, le Brésil, l'Espagne et la France.

Un marché mondial déjà sous tensions

Cette décision s’inscrit plus largement dans un cadre international marqué par des tensions sur le marché des engrais, liées à la guerre en Iran déclenchée depuis fin février. Cet épisode a engendré des perturbations dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du commerce maritime mondial de fertilisants, soit environ 16 millions de tonnes par an.

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Selon Bloomberg, qui s’appuie sur les données de l’entreprise émiratie Fertiglobe, les exportations d’urée en provenance des pays du Golfe se sont effondrées à environ 300 000 tonnes au mois de mars, contre un volume mensuel habituel proche de 1,7 million de tonnes. D’après la Banque mondiale, les prix de la tonne d’urée ont atteint durant ledit mois, 725,6 USD (620 euros), soit une hausse de 53,7% par rapport à février et son plus haut niveau depuis quatre ans.

Au total, l’institution bancaire internationale estime que l’indice global des prix des engrais a bondi de plus de 12 % entre le dernier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026.

Des restrictions également en cours en Chine et en Russie

Avec sa mesure, l’Egypte emboîte le pas à d’autres acteurs majeurs sur le marché comme la Russie et la Chine, qui appliquent aussi des limitations à l’export. Dans le pays transcontinental qui pèse pour environ 20% du commerce mondial d’engrais, les autorités ont annoncé en avril, le plafonnement à 20 millions de tonnes des ventes de fertilisants entre le 1er juin et le 30 novembre, afin de « donner la priorité aux besoins du marché intérieur pendant la période des travaux agricoles de printemps ».

Ce quota inclut plus de 8,7 millions de tonnes d’engrais azotés, plus de 4,2 millions de tonnes de nitrate d’ammonium et plus de 7 millions de tonnes d’engrais complexes.  

La Chine, premier producteur et consommateur mondial d’engrais, a quant à elle mis en place dès octobre 2025 des restrictions sur ses exportations d’urée afin de sécuriser son marché intérieur, puis a prolongé ce dispositif jusqu’en août 2026.

Face à ces restrictions, plusieurs institutions internationales, dont la FAO, ont alerté sur les risques concernant la sécurité alimentaire mondiale. D’après l’ONU, près de 50% de la population mondiale dépend de produits agricoles impliquant des engrais minéraux de base (NPK).

Espoir Olodo, Agence Ecofin

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