CMB.TECH, filiale du groupe Compagnie Maritime Belge (CMB), a annoncé qu'elle allait racheter l'intégralité des parts qu'elle ne détient pas encore dans Cleanergy Solutions Namibia,
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Hydrogène vert : pourquoi le belge CMB prend le contrôle intégral de Cleanergy en Namibie
La Namibie ambitionne de devenir un pôle africain de production et d’exportation d’hydrogène vert. Le groupe belge CMB s’est déjà positionné dans le pays d'Afrique australe, comme l’un des premiers investisseurs à concrétiser un projet dans la filière.
CMB.TECH, filiale du groupe Compagnie Maritime Belge (CMB), a annoncé qu’elle allait racheter l’intégralité des parts qu’elle ne détient pas encore dans Cleanergy Solutions Namibia, une entreprise active dans l’hydrogène vert et fondée en 2023 avec le conglomérat namibien Ohlthaver & List (O&L).
Selon les détails relayés par la presse locale et internationale, la société deviendra l’unique actionnaire de Cleanergy Solutions Namibia en rachetant les 51% de parts de son partenaire O&L. Ce dernier a confirmé le 19 octobre qu’il se désengage de Cleanergy, sans préciser le montant de la transaction qui est encore soumise à l’approbation de la Namibian Competition Commission (NACC).
« Chez O&L, nous sommes extrêmement fiers d’avoir cofondé Cleanergy et posé les bases de l’avenir de l’hydrogène vert en Namibie » a déclaré son président exécutif, Sven Thieme. Côté belge, CMB.TECH s’est félicité de cette évolution, tout en remerciant O&L pour sa « contribution fondatrice » et son « esprit de collaboration », et en assurant que les projets de Cleanergy continueront « comme prévu ».
Un projet initié en 2021
Cleanergy Solutions Namibia est née d’un partenariat formalisé fin 2021 entre les deux parties, avec pour objectif de développer une unité de production d’hydrogène vert sur le territoire namibien. Le partenariat s’est concrétisé en 2023 avec la mise en place d’un site industriel au port de Walvis Bay. Il comprend un électrolyseur de 5 MW alimenté par une centrale solaire de 5,5 mégawatts-crête, et produit de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables, selon un procédé d’électrolyse de l’eau, sans recours à des sources fossiles.
L’installation comprend aussi une station publique de ravitaillement en hydrogène, un atelier d’entretien de véhicules à motorisation bicarburation (diesel/hydrogène), et un centre de formation technique. L’hydrogène produit est destiné à des usages locaux (camions, engins portuaires, locomotives ou encore équipements miniers).
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En mai 2024, le roi Philippe de Belgique, en visite officielle en Namibie, avait procédé à une inauguration symbolique de la station de ravitaillement en hydrogène vert, aux côtés du président d’alors, Nangolo Mbumba. Si les parties prenantes visaient initialement une mise en service fin 2024, c’est finalement fin septembre 2025 que le site pilote est entré en phase opérationnelle, avec le ravitaillement du premier bus à hydrogène du pays. L’ouverture officielle a été faite en présence de la nouvelle présidente Netumbo Nandi-Ndaitwah, du Premier ministre Tjitunga Elijah Ngurare, ainsi que d’une délégation européenne et des dirigeants de CMB.TECH.
Le site constitue la première phase d’un plan de développement prévu sur plusieurs années. Les prochaines étapes annoncées incluent la mise en place de capacités de stockage d’ammoniac vert, la construction de pipelines, et la construction d’un navire utilitaire portuaire à motorisation bicarburation. Pour CMB, cela représente une pièce clé de sa stratégie de décarbonation.
Spécialisé dans les carburants propres pour le maritime, le groupe belge cherche en effet à remplacer progressivement le diesel dans les ports, les chaînes logistiques et les secteurs extractifs. « Nos clients nous demandent de faire le ménage et de veiller à ce que nous n'émettions plus de dioxyde de carbone. Nous devons donc trouver une alternative au diesel. Nous voulions être dans un pays où il y a une abondance d'énergies renouvelables bon marché, et la Namibie est ce pays », indique son DG, Alexander Saverys.
Un cadre national plus large
Le développement de Cleanergy Solutions Namibia entre dans le cadre d'une stratégie plus vaste portée par l’État namibien depuis 2021, et visant à positionner le pays comme un pôle d’hydrogène vert en Afrique. Fort d'un ensoleillement élevé, de vastes espaces peu peuplés et d'une volonté politique affirmée, ce dernier a multiplié les partenariats dans ce domaine, en particulier avec des acteurs européens.
Ainsi en juin 2023, les autorités namibiennes ont signé un accord avec le consortium franco-allemand Hyphen Hydrogen Energy pour développer un complexe industriel d'un coût estimé à 10 milliards USD, dans le but de produire jusqu’à 1,7 million de tonnes d’ammoniac vert par an. Le projet Hyphen est encore à un stade préparatoire, avec une décision finale d’investissement attendue au premier semestre 2026. Il a récemment connu un revers, avec le retrait du groupe allemand RWE, initialement partenaire-acheteur de 300 000 tonnes d’ammoniac par an.
D’autres projets sont en cours. En mai 2024, le port belge d’Anvers-Bruges et l’Autorité portuaire namibienne (Namport) ont annoncé un investissement de 267 millions USD pour construire une installation de stockage et d’exportation d’hydrogène et d’ammoniac décarbonés. L’infrastructure, qui sera détenue à parité, sera implantée à proximité du port de Walvis Bay et vise à alimenter le marché européen, des discussions ayant été entamées avec l'armateur MSC pour son exploitation. « La Namibie peut servir de centre de production de molécules vertes, et Anvers de porte d'entrée pour desservir le marché européen », indiquent les parties prenantes dans un communiqué.
Capter le marché
Plus globalement, selon des estimations relayées par l’ambassadrice de l’Union européenne en Namibie début 2025, entre 7 et 9 projets liés à l’hydrogène vert sont actuellement portés par des acteurs européens. Ces initiatives pourraient mobiliser jusqu’à 18 milliards d'euros d’investissements privés, dans le cadre d’un partenariat plus large entre l’UE et la Namibie.
La station de production construite à Walvis Bay constitue à ce jour l’unique projet entré en phase opérationnelle. Elle est aussi la première infrastructure fonctionnelle en Afrique à associer électrolyse solaire, station publique de ravitaillement et applications locales. Son développement progressif, en plusieurs phases, s’insère dans une trajectoire nationale plus large qui pourrait, selon le gouverneur de la Banque centrale de Namibie Johannes Gawaxab, générer une hausse de 32 % du PIB et créer 18 000 emplois d’ici 2030.
Alors que l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) estime que l’hydrogène pourrait représenter jusqu’à 14% de la demande énergétique mondiale à l’horizon 2050 contre moins de 1% aujourd’hui, la Namibie espère capter sa part du marché. Les enjeux sont également importants pour le groupe CMB, et l’entreprise compte se donner les moyens de ses ambitions. Elle a indiqué en mai 2024 vouloir investir jusqu’à 3,5 milliards USD (3 milliards €) sur cinq ans dans le pays, pour étendre progressivement les capacités de production d’hydrogène et développer un terminal d’ammoniac vert.
Pour l’un comme l’autre néanmoins, la concrétisation des objectifs ne devrait être possible que sous certaines conditions, en l’occurrence la stabilité du cadre réglementaire, une demande qui suit les prévisions des analystes ainsi que d’autres facteurs comme la coordination logistique avec les projets portuaires en cours.