Le Niger aborde une nouvelle ère de connectivité avec la dorsale transsaharienne à fibre optique

Muriel EDJO, Agence Ecofin

La dorsale transsaharienne à fibre optique peut aider à redessiner l'environnement digital au Niger.
Photo DR

Muriel EDJO, Agence Ecofin

La dorsale transsaharienne à fibre optique peut aider à redessiner l'environnement digital au Niger.
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Pays enclavé du Sahel, le Niger a franchi une nouvelle étape dans sa connectivité numérique. Le 14 novembre 2025, son ministre de la Communication et des Nouvelles technologies de l’information, Adji Ali Salatou, a réceptionné à titre provisoire 1 031 km de fibre optique déployés à travers le territoire, dans le cadre du projet de dorsale transsaharienne à fibre optique (DTS), financé à hauteur de 43 millions d’euros par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds Africain de Développement (FAD) et la contrepartie de l’État nigérien.
L’infrastructure a été déployée jusqu’à la frontière de cinq de ses sept pays limitrophes, rendant possible l’interconnexion par fibre optique avec l’Algérie, le Nigeria, le Bénin, le Burkina Faso et le Tchad. À ces liaisons frontalières potentielles s’ajoute une boucle urbaine d’environ 88 km destinée à connecter les principaux sites administratifs à un futur centre de données national. Pour le gouvernement, il ne reste plus qu’à vérifier la conformité des ouvrages aux plans et au contrat, et à signaler d‘éventuels défauts à corriger avant la réception définitive du projet. Plus qu’un simple investissement pour améliorer la connectivité Internet, ces routes numériques contribueront à la résilience de l’internet nigérien tout en permettant l’éclosion de diverses opportunités.
La finalisation de ce chantier qui a démarré en 2021 ouvre en effet de nombreuses possibilités. Pour Adji Ali Salatou, « l’accès au haut débit constitue un facteur clé de croissance, de transformation économique, d’aménagement du territoire et de diversification de l’économie nationale ». Soumaila Abdoul Karim, coordinateur de la DTS, rajoute que « cette dorsale constitue un levier essentiel pour le désenclavement numérique de notre pays. Elle contribue de manière significative à la réduction de l’exclusion géographique et des écarts de connectivité dans les zones reculées. Elle favorise aussi le développement économique en offrant une base solide aux services numériques, notamment le commerce électronique, les services financiers mobiles et l’administration électronique ».
Les autorités misent sur trois effets immédiats induits par le réseau de fibre optique, une fois mis en service et éventuellement connecté à ceux des pays voisins : la couverture réseau, la qualité de service indispensable pour une expérience numérique optimale, et la baisse des prix d’Internet. Au second trimestre 2025, l’Autorité de régulation de la communication électronique et de la poste du Niger (ARCEP) dévoilait un taux global de couverture réseau géographique de 34,51 %. En septembre dernier, le colonel-major Chaibou Idrissa, directeur général de l'ARCEP, était dans les bureaux des différents acteurs du marché télécoms national pour dénoncer la mauvaise qualité de service et leur rappeler leurs obligations contractuelles.
Pour ce qui est du prix des services Internet, l’Union internationale des télécommunications (UIT) estime que le coût de 2 Gigaoctets (Go) d’internet mobile haut débit a considérablement baissé en Afrique, passant de 7,3% du revenu moyen mensuel par habitant en 2018 à 3,9% en 2024. Il reste néanmoins bien supérieur au taux de 2% fixé par la Commission sur le haut débit. Quant aux services fixes à haut débit (5 Go), le prix médian en 2024 représentait 13,4% du revenu moyen mensuel par habitant. Au Niger, le prix de 2 Go d’internet mobile haut débit représente encore environ 8,5% du revenu moyen mensuel par habitant, contre 61% pour l’internet fixe.
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Pour le secteur public et privé, cette infrastructure numérique ouvre aussi un champ d’opportunités, notamment l’accélération de la connexion de l’administration publique à Internet et la numérisation des services publics qui reste faible. Sur 193 pays, le Niger occupe la 187ème place au classement mondial 2024 de l’Indice de développement du gouvernement électronique des Nations unies. Une connectivité internet accessible partout, de bonne qualité et à des prix abordables, est aussi un catalyseur de l’économie numérique sur divers volets, notamment les services financiers digitaux et le commerce en ligne, ainsi que l’innovation locale dans la fintech, l’agritech, l’e-santé ou l’éducation en ligne. Il y a aussi l’attrait des investisseurs étrangers et des nomades numériques.
La Banque mondiale suggère qu’une hausse de 10% du taux de pénétration du haut débit mobile pourrait entraîner une hausse de 1,3 point du Produit intérieur brut par habitant.
Poursuivre l’investissement après la dorsale
Mais un déploiement de la dorsale transsaharienne de fibre optique ne garantit pas automatiquement au Niger l'émergence des diverses opportunités escomptées. Plusieurs défis restent à relever pour exploiter le plein potentiel de cette infrastructure. Un premier challenge est celui du dernier kilomètre : sans investissements des opérateurs pour étendre la fibre jusqu'aux utilisateurs finaux (entreprises, ménages, etc.) et pour déployer des réseaux mobiles haut débit (4G, 5G) jusque dans les régions reculées, la dorsale nationale risque de rester une « autoroute vide ».
Un autre enjeu crucial est la régulation de l'accès. L'ouverture non discriminatoire de l'infrastructure et une régulation efficace des tarifs de gros seront déterminantes pour que les bénéfices se répercutent sur l'ensemble des citoyens et des entreprises, plutôt que de profiter seulement à quelques acteurs dominants. La sécurité physique du réseau est également un impératif, notamment dans les zones parfois instables. La fibre y est exposée à des risques de vol et de vandalisme, ou à des coupures accidentelles dues à des travaux publics mal coordonnés.
Pour que la nouvelle infrastructure Internet concrétise véritablement les possibilités évoquées, le Niger devra aussi investir dans l’accessibilité des appareils (ordinateurs, smartphones, etc.), l’alphabétisation numérique, la cybersécurité, le soutien à l’innovation, la réglementation, et l’énergie.
Muriel EDJO, Agence Ecofin