Télécoms : en RDC, la concurrence franchit un nouveau cap avec l’attribution de licences unifiées

Muriel Edjo, Agence Ecofin

Remise officielle des licences unifiées aux opérateurs télécoms, le vendredi 5 décembre 2025.
Photo DR

Muriel Edjo, Agence Ecofin

Remise officielle des licences unifiées aux opérateurs télécoms, le vendredi 5 décembre 2025.
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La bataille pour le client congolais entre Airtel, Orange, Vodacom et Africell prend désormais une nouvelle dimension. Le 5 décembre 2025, le ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l’information, José Mpanda Kabangu, a officiellement remis aux quatre opérateurs mobiles les licences unifiées de réseaux et services de télécommunications, marquant une étape clé dans l’histoire du secteur en République démocratique du Congo (RDC).
Lors d’une cérémonie à Kinshasa, les directeurs généraux des quatre opérateurs ont chacun reçu un arrêté ministériel matérialisant la conversion de leurs anciens titres. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la loi 20/017 du 25 novembre 2020 relative aux télécommunications et aux TIC. Le nouveau dispositif met ainsi un terme à une longue période d’« insécurité juridique » dénoncée depuis des années par les entreprises, dont les différents titres – 2G, 3G, 4G, fibre et services à valeur ajoutée – avaient été délivrés à différentes époques et selon des régimes variés.
Dans la plupart des pays ayant adopté ce système, la licence unifiée permet à un opérateur de proposer, sous un seul titre, un large éventail de services – téléphonie mobile et fixe, internet, données – en toute neutralité technologique. La RDC rejoint désormais ce mouvement de convergence, après avoir posé les bases juridiques avec la loi 20/017, qui consacre la fin des monopoles, la neutralité technologique et l’ouverture à la concurrence de l’ensemble du secteur.
Pour Khalil Al Americani, directeur général de Vodacom Congo, cette réforme « marque une étape essentielle dans l’évolution du secteur télécom en RDC. Elle nous offre un cadre moderne, cohérent et aligné sur la neutralité technologique, ce qui nous permettra d’apporter encore plus d’innovation aux Congolais ».
Ce tournant intervient sur un marché en croissance rapide. Selon l’Observatoire de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (Arptc), la pénétration de la téléphonie mobile est passée de 56,7% à 61,84% entre le premier et le deuxième trimestre 2025, soit une progression de 5 %, avec une hausse des abonnements actifs de 63,6 à 69,4 millions. Sur le total des abonnements mobiles, Vodacom détenait 35,52% des parts de marché, devant Orange (30,37%), Airtel (28,59%) et Africell (5,52%).
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Sur le segment de l’internet mobile, l’enjeu est encore plus stratégique : au second trimestre 2025, Vodacom détenait 36,38 % du marché, devant Airtel (30,84 %), Orange (29,81 %) et Africell (2,97 %). Le service a généré 263,8 millions d’euros (307 millions USD) de chiffre d’affaires, soit près de 54% du chiffre d’affaires global du secteur, estimé à 493 millions d’euros, au cours de la même période. Toujours sur ce trimestre, le nombre d’utilisateurs actifs d’internet mobile a atteint 34,5 millions, pour un taux de pénétration de 30,79% (+0,81%), tandis que le volume de données consommées a progressé de 26,91% par rapport au premier trimestre 2025.
Avec la licence unifiée, chaque opérateur peut désormais déployer plus facilement de nouveaux services – offres convergentes fixe-mobile, produits pour les entreprises, solutions IoT, préparation à la 5G – sans repasser par un processus complet de délivrance de titres pour chaque technologie. Cette flexibilité devrait accélérer l’innovation commerciale et renforcer la concurrence sur les prix, la qualité de service et la couverture, autant d’atouts pour la croissance du secteur numérique congolais et l’attractivité pour les investisseurs internationaux.
La réforme s’accompagne toutefois de responsabilités accrues. Les cahiers des charges annexés aux licences unifiées définissent les obligations en matière de couverture, de qualité de service, d’identification des abonnés et de protection des consommateurs. L’ARPTC, dont la mission est aussi de garantir la sécurité juridique et réglementaire des investissements, devra renforcer ses capacités de contrôle afin que la concurrence ne se fasse ni au détriment des usagers, ni de l’aménagement numérique du territoire.
Muriel Edjo, Agence Ecofin