Depuis la levée de l’embargo le 16 octobre 2025, le gouvernement congolais a mis en place un système de quotas à l’exportation visant à réguler le secteur.
Le groupe chinois a enregistré des revenus de la vente de cobalt en baisse de seulement 7,8%, en dépit de la suspension des exportations imposée par les autorités congolaises entre février et octobre 2025. Une performance qui semble tenir de l’anticipation logistique et la fermeté des prix internationaux.
Entre janvier et septembre 2025, China Molybdenum Co. (CMOC) a tiré 6,2 milliards de yuans de ses ventes de cobalt, soit environ 850 millions de dollars au taux moyen de la période. Ce chiffre d’affaires ne recule que de 7,8 % par rapport à 2024, alors que la République démocratique du Congo (RDC) – unique source d’approvisionnement du groupe en ce métal – a suspendu les exportations du 21 février au 15 octobre 2025.
Malgré cette mesure, CMOC a réussi à honorer la plupart de ses contrats au premier semestre, ne déclarant un cas de force majeure que le 30 juin. Les ventes de cobalt ont certes diminué de 36 %, à 51 027 tonnes, mais l’entreprise a su limiter l’impact de l’embargo grâce à la mobilisation de stocks préalablement constitués hors du territoire congolais.
Les rapports financiers publiés le 24 octobre 2025 ne précisent pas l’origine exacte des volumes écoulés pendant la période de suspension, mais tout indique que CMOC a puisé dans ses entrepôts logistiques de Durban (Afrique du Sud) et de Walvis Bay (Namibie), deux hubs régulièrement utilisés pour le transit du cobalt congolais.
Les chiffres de production renforcent cette lecture : entre janvier et septembre, CMOC n’a produit que 87 974 tonnes, soit une moyenne mensuelle inférieure à 10 000 tonnes. Les volumes vendus ne pouvaient donc pas provenir exclusivement de cette production courante, interrompue ou ralentie par les restrictions.
Des marges portées par des prix en hausse et des coûts réduits
Le principal levier de résilience du groupe tient à la hausse spectaculaire des cours du cobalt, qui ont progressé de 44% en un an. Le prix moyen s’est établi à 16 730 dollars la tonne entre janvier et septembre 2025, contre 11 600 dollars sur la même période de 2024. Cette dynamique a permis de compenser la baisse des volumes expédiés.
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Conséquence directe : la marge brute sur le cobalt a bondi de 27 points, pour atteindre 63,46 %. Dans le même temps, les coûts opérationnels ont chuté de près de 47 %, à un peu plus de 2 milliards de yuans. CMOC attribue cette performance à une meilleure efficacité énergétique, à l’optimisation de ses procédés industriels et à une gestion renforcée du risque de change, dans un contexte monétaire volatil.
La combinaison de ces facteurs explique que, malgré un contexte de crise d’approvisionnement, le groupe soit parvenu à améliorer sa rentabilité tout en préservant la continuité de ses opérations.
Depuis la levée de l’embargo le 16 octobre 2025, le gouvernement congolais a mis en place un système de quotas à l’exportation visant à réguler le secteur. Les expéditions de cobalt sont désormais limitées à 18 125 tonnes pour le dernier trimestre 2025, puis à 96 600 tonnes pour l’année 2026. CMOC s’est vu attribuer 6 500 tonnes pour la fin de l’année et 31 200 tonnes pour l’exercice suivant.
Si ce dispositif est censé stabiliser le marché et renforcer le contrôle de l’État congolais sur la filière, il réduit la marge de manœuvre des opérateurs étrangers. Le groupe chinois doit désormais composer avec un cadre réglementaire plus strict, qui encadre à la fois les volumes d'exportation et les circuits logistiques autorisés.
Un marché porteur, mais des contraintes durables
Le cours du cobalt dépasse actuellement 45 000 dollars la tonne sur la Bourse des métaux de Londres (LME), soit plus du double de son niveau lors de l’instauration de l’embargo. Cette hausse soutient les marges des producteurs comme CMOC, mais accentue les tensions sur l’approvisionnement mondial, au moment où la demande repart dans les secteurs des batteries et des véhicules électriques.
Pour CMOC, les perspectives demeurent contrastées. L’entreprise bénéficie d’un environnement de prix favorable et de coûts maîtrisés, mais les quotas congolais limitent sa flexibilité commerciale et pourraient réduire ses volumes disponibles à moyen terme. Les dirigeants du groupe ont d’ailleurs reconnu ces dernières semaines que la situation devenait « à la limite du tolérable », en raison du poids croissant des contraintes réglementaires sur leurs opérations africaines.
En dépit de ces défis, le groupe chinois apparaît comme l’un des rares acteurs capables de maintenir des marges élevées dans un contexte d’incertitude prolongée, démontrant la solidité de son modèle intégré — combinant production, stockage et logistique mondiale — au cœur de la chaîne de valeur du cobalt.