Le Cameroun est le premier producteur de coton en Afrique centrale. Le Tchad, qui arrive en deuxième position, cherche à relancer sa filière.
Le Tchad a lancé le mercredi 13 mai le Projet de développement agricole et territorial du Bassin Cotonnier (DEBACO). Doté d’une enveloppe de 19,35 millions d’euros, ce programme quinquennal financé par l’Agence française de développement (AFD) et doit être mis en œuvre dans les provinces du MayoKebbi Ouest et du MoyenChari, qui concentrent près d’un quart de la production nationale de coton.
Le projet vise à soutenir la production cotonnière, mais aussi plusieurs cultures vivrières essentielles à la sécurité alimentaire, comme le sorgho, le maïs, le niébé et l’arachide. Sur le plan foncier et social, l’initiative financera la planification de l’usage des terres, la délimitation et la sécurisation des couloirs de transhumance, ainsi que la prévention des conflits entre agriculteurs et éleveurs, à travers la mise en place de cadres locaux de dialogue.
Un nouveau de pouce pour une filière en pleine relance
Cette initiative survient dans un contexte de restructuration de la filière cotonnière tchadienne, engagée depuis plusieurs années. En 2018, l’État a décidé de céder 60% de sa participation dans CotonTchad Société Nouvelle (CotonTchad SN), l’entreprise qui détient le monopole d’achat du coton graine, au groupe singapourien Olam International. Cette privatisation partielle visait à remettre à flot un secteur en crise, en s’appuyant sur l’expertise d’un acteur international déjà très présent dans le coton en Afrique de l’Ouest et centrale (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Cameroun).
Parallèlement à la restructuration capitalistique, l’État tchadien a renforcé son soutien budgétaire à la filière. En 2024, le gouvernement a porté le montant de la subvention au coton à environ 26,5 millions USD (environ 22,9 millions d'euros), notamment via une prise en charge partielle du coût des engrais pour les producteurs ruraux. L’objectif était de réduire le coût de production, d’inciter les agriculteurs à maintenir ou à accroître les superficies cultivées, et de rendre la culture du coton plus attractive face à d’autres spéculations.
Ces efforts ont contribué à la hausse de la production en 2023/2024, où le stock de coton graine a atteint 111 262 tonnes, en progression d’environ 9,3% par rapport à la campagne précédente (101 000 tonnes) selon les données du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA). Toutefois, cette performance a été suivie dès l’année suivante d'une forte contraction de 48,1% à 57 774 tonnes, avec les irrégularités pluviométriques dans toutes les zones de production, qui ont conduit à la baisse des emblavures.
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Une campagne 2025/2026 sous le signe de la reprise
Si cette baisse a marqué un coup d’arrêt pour la filière, les perspectives s’annoncent plus positives pour la campagne 2025/2026. Selon les données du PR-PICA, la production est attendue en hausse de 29,8% avec une production de 75 000 tonnes.
Dans les détails, la superficie cultivée devrait passer de 136 357 hectares à plus de 150 000 ha, alors que le rendement est escompté à 500 kg/ha contre 424 kg/ha un an plus tôt. En attendant les résultats finaux de ladite campagne, la filière continue son développement industriel.
Vers la fin avril 2025, une usine d’égrenage a été mise en service à Gounou Gaya. D’un coût global de 5 milliards FCFA (environ 7,6 millions d'euros), l’installation a été bâtie par Coton Tchad et dispose d’une capacité annuelle de traitement de 18 200 tonnes de coton graine. Cet investissement permet à Coton Tchad d’accroître de 10% la capacité totale d’égrenage dont elle dispose à l’échelle nationale. Elle devrait renforcer la capacité du pays à traiter le coton graine sur place, à produire davantage de fibre et de sousproduits (huile, tourteaux, etc.).