Les deux parcs éoliens Zen et Bergriver permettront d’éviter environ 600 000 tonnes de CO₂ par an, l’équivalent de 225 000 voitures thermiques retirées de la circulation.
Acciona Energía et le britannique Chariot ont bouclé le financement de deux parcs éoliens totalisant 194 MW en Afrique du Sud. Ces projets illustrent le rôle croissant des énergies renouvelables dans un pays confronté à des délestages chroniques et engagé dans la transformation de son mix énergétique.
Le financement nécessaire au développement de deux projets éoliens de 194 MW vient d’être bouclé en Afrique du Sud. L’annonce a été faite cette semaine par les principaux partenaires du projet, l’espagnol Acciona Energía et le britannique Chariot Limited. Les parcs éoliens Zen (100 MW) et Bergriver (94 MW) devraient produire environ 580 GWh d’électricité renouvelable par an et renforcer l’offre décarbonée disponible pour les entreprises sud-africaines, alors que des tensions persistent sur l’approvisionnement énergétique du pays.
Le lancement des projets repose sur un montage financier associant dette et fonds propres. Standard Bank et Investec apportent près de 241 millions d'euros (284 millions de dollars) de dette, complétés par une dette mezzanine de 9 millions de dollars fournie par Standard Bank. L’ensemble est renforcé par un investissement en capital de 17 millions de dollars du fonds sud-africain Mahlako Energy Fund I, réalisé au niveau de Chariot Generation and Trading, filiale sud-africaine servant de véhicule à Chariot pour porter sa participation dans les projets éoliens.
Acciona Energía détient 51% des deux parcs et en assure le pilotage industriel. Les 49% restants sont détenus par une coentreprise associant H1 Capital et Chariot Limited, via sa filiale sud-africaine. En parallèle, Chariot dispose d’un intérêt économique dans Etana Energy, la plateforme chargée de la commercialisation de l’électricité produite, qui s’est engagée à acheter l’intégralité de la production des deux projets pendant les vingt premières années d’exploitation.
Le renouvelable comme levier de décarbonation
Selon leurs propriétaires, la mise en service des parcs éoliens Zen et Bergriver est prévue pour mi-2027. Ils devraient permettre d’éviter environ 600 000 tonnes de CO₂ par an, soit l’équivalent de 225 000 véhicules disposant d’un moteur à combustion interne retirés de la circulation. Ces chiffres sont à inscrire dans un contexte où le charbon, considéré comme le combustible fossile le plus polluant, représente plus de 70 % du mix énergétique sud-africain. Malgré son potentiel, l’énergie éolienne ne représente que 5 % de ce même mix, même si cette part est appelée à augmenter significativement dans les années à venir.
Selon les données de 2025, l’Afrique du Sud dispose de plus de 3,5 GW de capacité installée provenant de 37 centrales éoliennes, produisant plus de 46 480 GWh d’électricité par an. Les autorités sud-africaines ont dévoilé en octobre 2025 un plan énergétique de 2 230 milliards de rands (113 milliards d’euros), qui prévoit l’ajout de 105 000 MW de nouvelles capacités d’ici 2039. Sur ce total, l’éolien devrait représenter 7 340 MW d’ici 2030, contre 11 270 MW de solaire photovoltaïque et 5 200 MW pour les capacités nucléaires.
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Cette croissance serait notamment favorisée par la libéralisation progressive du marché de l’électricité, en cours depuis le début des années 2010. Elle a permis la montée en puissance des producteurs indépendants d’électricité (IPP), qui viennent compléter une offre dominée par un opérateur public en difficulté. Selon l’Autorité nationale de régulation de l’énergie en Afrique du Sud (NERSA), plus de 4 100 MW de nouvelles capacités privées ont été enregistrées au premier semestre 2025, soit une hausse de 208 % en glissement annuel.
Une réponse partielle à la crise énergétique
Le fournisseur national d’électricité en Afrique du Sud, Eskom, traverse depuis des années des difficultés financières et techniques qui ont un impact sur la disponibilité de l’électricité dans le pays. La Banque centrale sud-africaine (SARB) a estimé en 2023 que les fréquents délestages ont coûté entre 0,7 et 3,2 points de pourcentage de croissance du PIB au cours des deux années précédentes. Selon une étude commanditée par la compagnie publique elle-même et citée dans un rapport de juin 2025 de l’OCDE, les délestages ont coûté environ 43,5 milliards de rands (2,2 milliards d’euros) à l’économie sud-africaine entre 2007 et 2019, en affectant aussi bien les secteurs à forte consommation énergétique comme l’industrie minière que d’autres moins visibles que sont l’agriculture ou la pêche.
Le recours aux énergies renouvelables, porté principalement par des initiatives privées apparaît ainsi comme l’une des solutions du pays pour réduire cet impact économique. La production des parcs éoliens Zen et Bergriver fournira ainsi une large gamme de clients d’Etana Energy, allant des compagnies minières Petra Diamonds ou Tharisa Minerals à des complexes immobiliers comme le site touristique V&A Waterfront au Cap.
Pour maintenir cette dynamique, l’Afrique du Sud devra néanmoins relever plusieurs défis, à commencer par la mobilisation des investissements nécessaires à son plan énergétique. Dans son rapport, l’OCDE souligne la nécessité d’accélérer l’extension du réseau de transport d’électricité, condition indispensable au raccordement de nouvelles capacités renouvelables. Il insiste aussi sur l’importance de finaliser la réforme du secteur électrique, en mettant en place un marché de gros pleinement opérationnel et un cadre réglementaire plus favorable à l’entrée de producteurs privés.