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La Tribune Afrique

Pourquoi la BERD mise 84 millions d’euros sur la première banque du Nigeria

Photo de Emiliano Tossou

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Publié le 04 février 2026 à 06:45

La BERD lance son premier investissement au Nigeria.

La BERD lance son premier investissement au Nigeria.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Avec ce prêt à Access Bank, la BERD signe sa première opération financière au Nigeria et franchit une étape clé dans son expansion en Afrique subsaharienne. Ce financement, destiné au commerce extérieur, s’inscrit à la fois dans le cadre du programme de facilitation du commerce de l’institution et dans les initiatives de soutien à la ZLECAf.

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé le 29 janvier dernier un prêt de 100 millions USD (84 millions d’euros) en faveur d’Access Bank, première banque commerciale du Nigeria. Cette opération constitue à la fois le premier investissement de l’institution dans le pays et sa première intervention dans le secteur financier en Afrique subsaharienne. Aligné sur l’un des axes historiques d’action de la BERD, à savoir le financement du commerce, ce prêt répond aussi pleinement à l'ambition des dirigeants du continent de stimuler le commerce intra-africain.

Renforcer les liens de financement commercial

La BERD a annoncé en 2023 l’extension de ses activités à l’Afrique subsaharienne et fourni, en décembre 2025, un prêt de 30 millions d’euros à la compagnie béninoise d’électricité pour son premier investissement dans la région. Le Nigeria et la Côte d’Ivoire étaient les suivants, en attendant l’ouverture de bureaux dans trois nouveaux pays africains d’ici 2030. Le prêt annoncé au Nigeria est une facilité de financement du commerce qui devrait aider Access Bank à diversifier ses correspondants bancaires et à renforcer ses liens de financement commercial avec d'autres pays où la BERD est présente. Ce mécanisme s’aligne sur l’un des piliers de l’institution, dont le Programme de facilitation du commerce, lancé en 1999, vise à soutenir les échanges vers, depuis et au sein de ses régions d’intervention.

À travers ce dispositif, l’institution fournit des garanties couvrant les risques de paiement des transactions internationales et accorde des financements à court terme aux banques partenaires pour soutenir les opérations liées au commerce. Depuis sa création, ce programme a appuyé plus de 34 000 transactions, représentant 41,3 milliards d’euros d’échanges, en s’appuyant sur un réseau de plus de 130 banques partenaires dans 27 pays. Dans le cas d’Access Bank, les fonds pourront servir à émettre des garanties en faveur de banques commerciales étrangères et fournir des avances de trésorerie destinées à soutenir des prêts liés au commerce à des entreprises locales.

La ZLECAf en ligne de mire

La capacité renforcée de financement que vient d’obtenir Access Bank lui offre concrètement l’occasion de soutenir des opérations de pré-exportation, de post-importation ainsi que des activités de distribution sur le marché nigérian, avec des effets attendus aussi sur le commerce intrarégional. La banque dessert en effet 60 millions de clients répartis sur trois continents et 24 marchés, dont 16 en Afrique.

« Ce partenariat représente une étape importante dans le renforcement de l'écosystème commercial africain. Il s'inscrit également dans notre engagement à fournir des solutions financières solides qui renforcent les entreprises, approfondissent le commerce régional et soutiennent une croissance économique durable », estime Roosevelt Ogbonna, directeur général d'Access Bank.

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Sans être mentionnée directement, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) apparaît ainsi comme l’un des cadres susceptibles de bénéficier indirectement de ce type de mécanisme. Selon Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA), la zone de libre-échange pourrait accroître le commerce intra-africain de 3 000 milliards de dollars (2530 milliards d’euros) entre 2021 et 2045, par rapport à un scénario sans accord. De tels gains supposent toutefois certains prérequis, comme la disponibilité d’instruments financiers capables de sécuriser et financer les transactions commerciales.

« Dans le commerce transfrontalier, les parties résident dans des juridictions différentes, sont soumises à des lois différentes, effectuent des transactions dans des devises différentes […] ce qui se traduit par des risques et des coûts de transaction supplémentaires. Les instruments de financement du commerce permettent de gérer ces risques et, ce faisant, d'accélérer les échanges transfrontaliers », explique l’UNECA.

Pourtant, le continent est à la traîne en la matière, puisque le financement du commerce ne soutient que 40% des échanges de marchandises en Afrique, d’après l’Organisation mondiale du commerce (OMC), un niveau bien inférieur à la moyenne mondiale de 60 à 80%. Selon la Banque africaine d'Import-Export (Afreximbank), le déficit de financement du commerce à l'échelle du continent est estimé à environ 100 milliards de dollars par an.

Le renforcement des capacités des prêteurs locaux et la consolidation des relations entre banques correspondantes restent nécessaires, à travers des initiatives similaires à celle de la BERD au Nigeria, pour combler ce déficit. L’OMC appelle toutefois à une réponse plus structurée impliquant institutions financières, décideurs publics, régulateurs et organisations internationales.

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

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