Cameroun : un budget 2026 entre hausse des dépenses et importants besoins de financement
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Louis-Paul Motaze, ministre camerounais des Finances.
DR
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Louis-Paul Motaze, ministre camerounais des Finances.
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Le gouvernement du Cameroun a présenté, fin novembre 2025, son projet de budget pour l’année 2026. Ce plan ambitieux est chiffré à 8 816,4 milliards de francs CFA soit 13,4 milliards d'euros, ce qui correspond à une augmentation de 14% par rapport à 2025.
Selon les autorités, ce montant comprend un budget général de 8 683,9 milliards FCFA, en hausse de 13%, ainsi que des « comptes spéciaux », dont un fonds consacré à l’émancipation économique des femmes et à l’emploi des jeunes. Ce fonds passe à 132,5 milliards FCFA, contre 65,6 milliards FCFA en 2025. Le projet de Loi de finances prévoit également d’importantes dépenses pour le personnel, les biens et services, les transferts sociaux, les intérêts de la dette et l’investissement public, ce dernier représentant 22,8% du budget total.
Toutefois, cette hausse des dépenses entraîne un creusement du déficit, estimé à 631 milliards FCFA, contre 310 milliards en 2025, ainsi qu’un besoin total de financement de 3 104 milliards FCFA, soit plus de 4,7 milliards d'euros. Pour combler cet écart, l’État prévoit de recourir à plusieurs sources : 1 000 milliards FCFA d’emprunts extérieurs, 826,7 milliards FCFA de prêts projets, 589,7 milliards FCFA de financements bancaires, 400 milliards FCFA d’émissions de titres publics, ainsi que des financements exceptionnels et un appui budgétaire.
Le budget présenté s’inscrit dans la continuité des priorités du Plan national de développement à l’horizon 2030, visant à renforcer l’investissement public, moderniser les infrastructures et stimuler les secteurs productifs. Pour financer ces ambitions, l’État mise principalement sur les recettes fiscales et non pétrolières, tandis que les revenus issus du pétrole et du gaz restent structurellement modestes. Par ailleurs, la création du fonds pour l’émancipation des femmes et l’emploi des jeunes témoigne d’une volonté de répondre à des enjeux sociaux majeurs, dans un pays où la jeunesse et le chômage demeurent des défis importants.
Cependant, la nécessité de mobiliser plus de 3 000 milliards FCFA accroît la pression sur les finances publiques et renforce les contraintes liées à la gestion de la dette.
Selon la note de conjoncture d’octobre 2025 de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), l’organisme chargé de la dette de l’État, le Cameroun devait, au 30 septembre 2025, 4 246 milliards FCFA à l’intérieur du pays (hors certains paiements en attente). La dette extérieure, quant à elle, s’élevait à 8 568 milliards FCFA, indiquant que la majeure partie de l’endettement camerounais est contractée auprès de créanciers étrangers.
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À partir de 2026, le Cameroun devra également commencer à rembourser 573 milliards FCFA au Fonds monétaire international (FMI), dans le cadre du programme 2021-2025, destiné à soutenir et encadrer la politique économique du pays.
L’attention sera donc portée sur la capacité du gouvernement à réunir les financements attendus tout en assurant le service de la dette, un exercice que les autorités reconnaissent comme délicat. « Les remboursements que nous devons faire pour la dette extérieure, nous devons les faire. Vous ne payez pas la dette extérieure, vous êtes blacklisté, on vous prend pour un pays qui n'est pas sérieux », a rappelé le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, face aux députés le 18 novembre. Il a ajouté : « 2026 va être une année extrêmement difficile ».
Pour mémoire, le pacte de convergence de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), regroupant six pays partageant le franc CFA, fixe un plafond de 70% du PIB pour la dette publique. Les autorités camerounaises devront s’efforcer de respecter ce seuil afin de garantir la viabilité de l’endettement. À fin septembre, l’encours de la dette publique camerounaise représentait 43,9 % du PIB, dont 41 % directement dus par l’administration centrale.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin