L’État camerounais a signé la convention visant le rachat des 51% des parts détenues par le britannique Actis dans Eneo, la société concessionnaire du service public de distribution d’électricité. Ce départ, discuté de longue date, tient d’une sortie négociée plus qu’à une victoire nette pour quiconque. Après les chaleureuses poignées de main officielles, c’est tout le secteur électrique qui sera désormais suivi de près.
Actis, fonds de capital-investissement britannique basé à Londres, vient de franchir l’étape décisive de son retrait du Cameroun. Le 19 novembre 2025, la signature officielle a entériné la reprise par l’État des 51% que la firme détient dans Energy of Cameroon (Eneo), concessionnaire du service public de distribution et d’une partie de la production d’électricité dans la première économie de la CEMAC. Le montant de la transaction s’établit à 78 milliards de FCFA (119 millions d’euros), selon le communiqué publié sur les réseaux sociaux du ministère des Finances, co-signataire avec le Ministère en charge de l’eau et de l’énergie (Minee).
En 2014, Actis était entré en scène en rachetant à l’américain AES Corporation ses participations dans ce qui s’appelait alors AES-Sonel, pour environ 220 millions de dollars (165,5 millions d’euros à l’époque). L’opération comportait alors deux volets : la reprise des centrales thermiques de Kribi (216 MW) et Dibamba (86 MW) via Globeleq Africa (revendue dès 2015 à British International Investment et au Norfund), et le contrôle de 56 % d’AES-Sonel, devenue ensuite Eneo.
En 2014, Actis était entré en scène en rachetant à l’américain AES Corporation ses participations dans ce qui s’appelait alors AES-Sonel, pour environ 220 millions de dollars.
L’accord signé le 18 novembre est interprété différemment selon les parties prenantes. Pour le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba : « Cette signature marque la reprise effective du contrôle d’Eneo par l’État. C’est une étape indispensable pour engager les réformes d’urgence nécessaires à la stabilisation du secteur. »
Quant à Patrick Eeckelers, le directeur général d’Eneo, il a précisé le calendrier lors d’une réunion interne rendue accessible sur les réseaux sociaux : « Le rachat sera totalement accompli lorsque certaines conditions seront levées – la principale étant évidemment le paiement effectif des actions dans les 90 prochains jours, comme prévu par l’accord entre les deux actionnaires. »
Louis Paul Motaze, ministre des Finances, n’a pas communiqué publiquement sur le montage financier. C’est pourtant à lui qu’il revient de réunir les 78 milliards de FCFA, en pleine période charnière de transition budgétaire, alors que des lettres d’arbitrage sur les dépenses publiques circulent déjà, notamment celle concernant un report de transferts de ressources financières au Fonds Routier en raison de retard de paiement sur certaines dettes extérieures et la necessité d’honorer les salaires des fonctionnaires.
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Emplois, investissement, gestion du passif, des défis à surveiller
Les parties ont surtout pris soin de rassurer les 3600 salariés. Le DG l’a répété : « Les ressources humaines sont le principal pilier de l’entreprise. Rien ne change pour vous : ni statut ni droits. Continuez avec le même professionnalisme. » Un communiqué conjoint de Minfi/Minee a repris ce message mot pour mot. Mais outre la préservation des emplois, le véritable enjeu est ailleurs.
L’État devient actionnaire à 95 % d’une entreprise dont la dette nette frôle les 800 milliards de FCFA fin 2024, avec une concession encore valable jusqu’en 2031.
L’État devient actionnaire à 95 % d’une entreprise dont la dette nette frôle les 800 milliards de FCFA fin 2024, avec une concession encore valable jusqu’en 2031.
Dans son rapport 2023, l’entreprise revendiquait 2,1 millions d’abonnés, mais le gouvernement devra refinancer cette dette, relancer des investissements au ralenti depuis trois ans et, surtout, rétablir l’équilibre financier du secteur – un terme devenu leitmotiv depuis 2022.
Les responsables publics disent avoir un plan d’urgence : refinancement massif de la dette, discipline de paiement (y compris pour les administrations), réduction de la fraude (15% du système, soit 60 milliards de FCFA – 91,4 millions d’euros - de pertes annuelles), et développement de la clientèle industrielle (+150 MW visés en 2026, 50 milliards de FCFA – 76,3 millions d’euros - de recettes additionnelles potentielles).
Retour à la case départ
Reste une question que beaucoup se posent sans l’exprimer trop nettement : Actis a-t-il gagné ou perdu son pari camerounais ? Le fonds sort cinq ans et demi avant la fin d’une concession prolongée en 2018. Le prix de cession - 119 millions d'euros - est inférieur, en euros constants, à son prix d’entrée de 2014. Entre-temps, il a contribué à des investissements, dont il n’est pas certain qu’il y ait eu de récupérations sur les tarifs.
Le rendement interne (IRR) sera probablement correct, mais il n’est pas possible de savoir si l’investisseur britannique sera proche ou au-delà de ses ambitions initiales. Enfin, Actis laissera une entreprise debout, avec des actifs supplémentaires, mais d’une certaine façon, soumise à un certain nombre de défis.
Le secteur de la distribution d’électricité au Cameroun retombe désormais sous le contrôle des pouvoirs publics.
On saura dans trois à cinq ans si ce choix est salutaire… ou s’il a aggravé les difficultés. Mais surtout, on en aura appris davantage sur la pertinence du partenariat avec des privés étrangers dans les secteurs stratégiques nationaux au Cameroun.