Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa (au centre) inaugure, le 17 juin 2022, le projet de construction de l’usine de lithium de Sinomine à la mine de Bikita Minerals.
Alors que Harare cherche à porter ses recettes minières annuelles à 12 milliards de dollars, les autorités annoncent vouloir durcir le contrôle, améliorer la gouvernance et renforcer la transparence du secteur, au nom de « l’intérêt national ».
Le Zimbabwe a annoncé la suspension immédiate de l’exportation de tous les minerais bruts et des concentrés de lithium, une décision qui s’applique également aux cargaisons en transit. La mesure, communiquée par le ministère des Mines et du Développement minier, s’inscrit dans un renforcement du cadre de gouvernance du secteur extractif.
Dans son communiqué, le gouvernement indique que cette décision a été prise « dans l’intérêt national » et appelle à la coopération de l’industrie minière pour son application effective. Il précise également vouloir garantir « la transparence, la valorisation locale, la conformité et la responsabilité dans l’exportation des ressources minérales du Zimbabwe », signalant une volonté de mieux encadrer les flux d’exportation et de renforcer la traçabilité des produits miniers.
Un encadrement réglementaire plus strict
Au-delà de la suspension des exportations, les autorités zimbabwéennes renforcent l’arsenal réglementaire encadrant les autres minerais. Désormais, seules les entreprises disposant de titres miniers valides et d’unités de traitement agréées pourront obtenir une autorisation d’exportation. Les agents et intermédiaires dépourvus de licence minière sont, eux, exclus du processus.
Les opérateurs devront joindre à leurs demandes de permis une recommandation du bureau minier provincial, attestant notamment de leurs capacités de traitement et de leur conformité aux exigences réglementaires. Ils seront également tenus de déclarer la composition minérale de leurs cargaisons, le ministère se réservant le droit d’effectuer des tests à tout moment. Toute exportation sans permis valide ou documentation complète sera refusée au dédouanement, tandis que l’utilisation de permis expirés pourra conduire au retrait des autorisations et des titres miniers.
Le ministère annonce enfin l’ouverture prochaine de consultations avec les acteurs du secteur afin de préciser les nouvelles exigences et leurs modalités de mise en œuvre.
Un secteur stratégique sous pression
Cette décision intervient dans un contexte où le secteur minier constitue l’un des piliers de l’économie zimbabwéenne. Avec plus de 60 minéraux identifiés et 200 mines actives, le pays est un producteur majeur de platine, d’or, de chrome et, plus récemment, de lithium, devenu stratégique dans la chaîne mondiale des batteries électriques. D’après la Zimbabwe Investment and Development Agency (ZIDA), « le secteur minier contribue à hauteur de 70% aux investissements directs étrangers (IDE), 80% aux exportations, 19% aux recettes publiques, 3 à l'emploi formel direct et 13,5% au revenu national ».
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Depuis plusieurs années, les autorités affichent l’ambition de mieux structurer le secteur, d’accroître la transformation locale des minerais et de limiter les pertes de revenus liées aux exportations non contrôlées ou à la sous-déclaration. Les enjeux sont multiples : améliorer la transparence des flux, renforcer la conformité réglementaire, sécuriser les recettes fiscales et maximiser la valeur retenue dans l’économie nationale. Mais pour l’heure, l’objectif annoncé en 2019 de porter les revenus miniers à 12 milliards de dollars par an reste loin d’être atteint, avec seulement 5,4 milliards de dollars en 2023 et 5,5 milliards de dolars en 2024.