Premier exportateur mondial de bauxite, la Guinée met résolument le cap sur l'alumine

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

En 2024, les exportations de bauxite de la Guinée ont atteint 145 millions de tonnes.
Photo DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

En 2024, les exportations de bauxite de la Guinée ont atteint 145 millions de tonnes.
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La Guinée a lancé officiellement, vendredi 12 décembre, les travaux de construction d’une raffinerie pouvant produire annuellement 1,2 million de tonnes d’alumine. Loin d’être isolé, ce projet s’inscrit dans la stratégie déployée depuis quelques années par le pays ouest-africain pour transformer localement le minerai d’aluminium.
La Guinée a exporté 145 millions de tonnes de bauxite en 2024. Sur ce total, la Société Minière de Boké (SMB) a exporté 55 millions de tonnes, représentant à elle seule plus du tiers des expéditions guinéennes de bauxite l’année dernière. La SMB est contrôlée par le consortium SMB-Winning, un regroupement d’entreprises principalement chinoises et singapouriennes, également à l’origine du projet de raffinerie lancé la semaine dernière. Développée localement par la filiale Winning Consortium Alumina Guinea (WCAG), l’installation nécessite un investissement initial supérieur à 1 milliard d’euros (plus de 1,2 milliard USD).
Si les travaux de construction ont été lancés il y a quelques jours, le projet de WCAG remonte au moins à 2019, lorsque les investisseurs impliqués ont signé un accord avec le gouvernement guinéen, dirigé à l’époque par le président Alpha Condé. Comme d’autres initiatives de transformation locale en Guinée, aucune évolution significative n’a cependant été enregistrée sur le projet, jusqu’au coup d’État mené en septembre 2021 par l’officier Mamadi Doumbouya. Désormais général, l’homme fort de Conakry a incité ces dernières années plusieurs producteurs de bauxite à accélérer leurs projets d’alumine. Jusqu’ici, le pays ne compte qu’une seule raffinerie d’alumine, opérée par le leader russe de l’aluminium, Rusal.
Avant WCAG, la Guinée a signé en décembre 2024 un accord avec le chinois State Power Investment Corp. (SPIC) pour une raffinerie d’une capacité annuelle de 1,2 million de tonnes d’alumine. Les travaux de construction ont effectivement démarré en mars dernier pour une mise en service de l’installation en 2027. Le groupe Alteo développe un projet similaire, qui trouve un écho en Europe, car l’installation est capable d’assurer 9 à 10% de la demande en alumines de spécialité et bénéficie à ce titre de l’intérêt d’acheteurs basés dans l’UE.
D’ici 2030, la Guinée souhaite se doter de cinq à six raffineries d’alumine, portant la production annuelle à environ 7 millions de tonnes, a indiqué le ministre des Mines Bouna Sylla. Et pour les producteurs de bauxite qui ne s’inscrivent pas pleinement dans cette logique de transformation locale, les sanctions ne se font pas attendre. En octobre 2024, les autorités ont ainsi suspendu les exportations de bauxite de Guinea Alumina Corporation, filiale d’Emirates Global Aluminium, reprochant au groupe de ne pas avoir suffisamment avancé sur son projet de raffinerie d’alumine. Le bras de fer a débouché sur le retrait des titres miniers de la compagnie, transférés ensuite à Nimba Mining Company SA, une compagnie nationale nouvellement créée.
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Pour le gouvernement guinéen, la multiplication des projets de raffineries d’alumine vise non seulement à mettre fin à un paradoxe – dans lequel un pays disposant du tiers des réserves mondiales de bauxite ne parvient pas à transformer localement sa production – mais aussi à soutenir l’industrialisation et la création d’emplois. Le projet d’Alteo s’accompagne ainsi de la mise en place du Centre d’Expertise et de Perfectionnement de l’Industrie de l’Alumine de Guinée (CEPIAG). Il s’agit d’un centre de formation destiné à doter les futures raffineries de ressources humaines qualifiées.
Alors que la filière bauxite représentait 44% des exportations minières en 2022, contre 1% pour l’alumine, selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), ces projets de raffinerie sont perçus comme un levier pour accroître durablement les revenus de l’État. L’épisode avec Emirates Global Aluminium montre cependant que la route vers une industrie guinéenne de la bauxite pleinement intégrée, de la mine à la raffinerie, n’est pas facile.
Pour expliquer le retard de son projet de raffinerie, la compagnie émiratie a évoqué des défis économiques, techniques et environnementaux, sans d’autres détails. Mais la contrainte principale qui revient souvent est celle de l’accès à une énergie fiable. D’après la Banque africaine de développement, « les coûts élevés de l'énergie et les lacunes importantes en matière d'infrastructures » font partie des obstacles à surmonter par les pays qui se lancent dans la transformation locale de leurs minerais.
Selon un rapport d’Atlantic Council, il faut en effet 3 000 kWh pour raffiner une tonne de bauxite en aluminium, là où l’extraction de la bauxite ne consomme qu’environ 34 kWh par tonne. Si la Guinée souffre d’un déficit dans l’accès à l’électricité, les projets de raffinerie lancés jusqu’ici intègrent la mise en place de centrales thermiques pour assurer leur approvisionnement énergétique. Contrairement au passé, la Guinée réunit aujourd’hui plusieurs conditions pour tenter de s’inscrire durablement sur le marché mondial de l’alumine. Ne reste désormais qu’à espérer que les investissements prévus seront réellement mobilisés dans les mois/années à venir.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin