Les ministres italiens Antonio Tajani (Affaires étrangères) et Matteo Piantedosi (Intérieur) inaugurant la nouvelle ambassade d'Italie à Nouakchott
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Présenté comme un nouveau cadre de coopération avec l’Afrique, le plan Mattei de Giorgia Meloni ne fait pas encore l’unanimité sur le continent. En visite au Sénégal, en Mauritanie et au Niger cette semaine, les ministres italiens des Affaires étrangères et de l’Intérieur doivent dissiper les doutes.
Le ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale Antonio Tajani et son collègue Matteo Piantedosi de l’Intérieur ont entamé le mardi 28 octobre une tournée en Afrique de l’Ouest. Quelques mois après le lancement du plan Mattei, cette visite du chef de la diplomatie italienne sur le continent africain a notamment pour objectifs le développement et la consolidation des relations économiques entre les deux parties.
Selon le communiqué annonçant la tournée, l’objectif des officiels italiens est de « renforcer les relations politiques avec l'Afrique de l'Ouest à travers des initiatives et des projets communs visant à promouvoir la sécurité, la croissance et la stabilité dans la région ». En Mauritanie, Antonio Tajani a procédé à l’inauguration de l’ambassade italienne ouverte en 2024 et opérationnelle depuis quelques mois. Au Niger, où un coup d’État a porté un régime militaire au pouvoir depuis 2023, il prévoit de renouer le dialogue avec les autorités locales sur des défis communs, dont l’immigration irrégulière et les trafics clandestins.
Renforcer le partenariat économique
Durant ces trois jours de rencontres largement institutionnelles, le volet économique ne sera pas occulté. Les deux ministres ont ainsi prévu des discussions avec les communautés d’affaires italiennes, dans le but de renforcer la présence des investisseurs et entreprises de ce pays européen dans la sous-région. Au Sénégal, un forum d’affaires est prévu du 28 au 29 octobre, porté par le ministère des Affaires étrangères et l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ICE).
Quatrième destination des exportations italiennes en Afrique subsaharienne et deuxième en Afrique de l’Ouest, le Sénégal est un allié de poids pour Rome dans la région. Signe du dynamisme de cette relation, la valeur des échanges commerciaux entre les deux pays entre janvier et juillet 2025 a déjà dépassé le total de 2024. Selon les chiffres de l'International Trade Center, l’Italie est la septième destination des exportations sénégalaises (3 %) en 2024, et la troisième en Europe après la Suisse et l’Espagne.
Ce forum Italie - Sénégal réunissant entreprises, organisations d’affaires et institutions des deux pays, sera l’occasion d’explorer des opportunités communes d’approfondir la relation. Selon des sources de la Botte, les secteurs particulièrement visés sont l’agro-industrie, les énergies renouvelables ou encore les infrastructures numériques. En marge de l’évènement, un protocole d’accord devrait être signé entre l’Agence sénégalaise de promotion des investissements (APIX), la SIMEST et la Cassa Depositi e Prestiti, deux institutions de promotion des entreprises italiennes à l’étranger.
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Vulgariser le plan Mattei
Cette tournée diplomatique est aussi l’occasion de défendre la nouvelle stratégie africaine de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni. Avec le plan Mattei qu’elle a lancé en 2024, Giorgia Meloni revendique en effet une relation réinventée avec le continent, d’égal à égal, et qui serait différente de l’attitude néocoloniale d’autres partenaires européens.
Du nom du fondateur du géant énergétique italien Eni d'ailleurs très présent en Afrique, le plan Mattei est doté d’un budget de 5,5 milliards d’euros sous forme de prêts, de subventions et de garanties. Les fonds devraient initialement être consacrés à 14 pays, dont le Sénégal et la Mauritanie, avec comme secteurs prioritairement visés l’énergie, les matières premières, l’éducation et la santé.
« Je crois qu'un continent aussi riche que l'Afrique, doté de vastes ressources en matières premières, peut avoir de grandes perspectives. Nous pouvons exporter notre savoir-faire vers ces pays avec une approche résolument anticoloniale. Nous devons contribuer à l'extraction et à la transformation des matières premières, puis les acheter et les exporter vers l'Italie » a déclaré Antonio Tajani durant son séjour à Nouakchott.
Au-delà des objectifs économiques, il faut tout de même souligner que l’un des buts de ce plan est de décourager l’immigration irrégulière en provenance d’Afrique. Principale destination européenne de ces candidats africains à l’exil avec l'Espagne, l’Italie mise sur le développement des pays africains pour freiner ces flux. La visite diplomatique italienne au Niger et en Mauritanie n’est d’ailleurs pas anodine, puisque ces deux pays sont reconnus comme des points de transit privilégiés pour l’immigration illégale vers l’Europe. En 2024, l'UE a débloqué une aide de 210 millions d'euros pour la Mauritanie, dont près du tiers devait servir à lutter contre l’immigration irrégulière.
Des observateurs voient donc dans le plan Mattei un outil de renforcement de la politique intérieure italienne, qui a fait de la lutte contre l’immigration clandestine une priorité. Les critiques à l’endroit du plan abordent aussi le caractère unilatéral de son élaboration et de ses objectifs. Lors du premier sommet Italie - Afrique à Rome fin janvier 2024, le président de la Commission de l’Union africaine de l’époque, Moussa Faki, avait ainsi critiqué le manque de contribution des dirigeants africains dans la formulation du projet.
Transformer les intentions
Selon le Cercle de stratégies et d’influence, la réussite du partenariat entre les deux parties dépendra avant tout de la capacité de Rome à transformer les intentions du plan Mattei en actions concrètes. Le think tank souligne la nécessité d’un mécanisme clair de suivi, d’une plus grande transparence dans les financements et d’une meilleure intégration des projets dans une stratégie cohérente, faute de quoi le plan risque de rester fragmenté et peu lisible.
De son côté, la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques estime que l’avenir de cette coopération passera par une participation réelle de la société civile et des acteurs africains, au-delà des seules relations entre dirigeants. Elle pointe aussi du doigt le choix de miser sur les énergies fossiles, jugé en décalage avec les objectifs climatiques du Pacte vert européen.