L’Afrique centrale constitue la sous-région la plus boisée du continent. Les pays de cet espace cherchent constamment à concilier préservation des ressources et création d’opportunités économiques pour les populations locales.
La Banque mondiale a approuvé, le 31 mars, un financement de 394,83 millions USD (environ 337,8 millions d'euros) pour la première phase du Programme pour des économies forestières durables du Bassin du Congo (SCBFEP). D’un coût global de 1 milliard USD (environ 855,7 millions d'euros), l’initiative sera financée par l’Association internationale de développement (IDA) et vise à transformer en profondeur la manière dont les forêts sont gérées et valorisées au Cameroun, en République centrafricaine (RCA) et en République du Congo.
Dans les détails, la première phase vise l’amélioration de la gestion forestière, avec près de 8 millions d’hectares appelés à être placés sous gestion durable, en renforçant les systèmes de contrôle, la planification et la gouvernance des espaces forestiers. Au total, le programme veut augmenter de 15% la part du bois légalement transformé, en soutenant le développement d’entreprises forestières communautaires, avec un objectif de création de 220 000 emplois dans les trois pays concernés.
« Plus de 500 PME et 20 000 personnes — dont 40 % de femmes — auront accès à des formations, des financements et des infrastructures de chaînes de valeur, tandis que plus de 7 000 jeunes seront encouragés à entreprendre. Ces projets ouvriront des emplois et des opportunités économiques aux 60 millions de personnes vivant dans le bassin du Congo et à proximité, longtemps laissées pour compte par la croissance », indique l’institution financière sur son site web.
Un cadre réglementaire en mutation
L’engagement financier de la Banque mondiale s’inscrit dans la continuité d’un travail de fond engagé ces dernières années sur le cadre réglementaire et les mécanismes de valorisation du carbone dans le bassin du Congo.
En février 2026, six pays de la région ont lancé, avec l’appui de l’institution, des feuilles de route stratégiques pour le marché du carbone et le financement climatique dans le secteur forestier. Elaborés dans le cadre du programme d’analyses et de services-conseils de la Banque mondiale, ces documents fournissent à chaque pays un guide complet pour structurer son engagement sur les marchés carbone, depuis la gouvernance jusqu’aux modalités de partage des bénéfices.
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Les feuilles de route détaillent les réformes nécessaires pour renforcer la gouvernance (transparence, suivi des émissions évitées, intégrité environnementale), attirer des investissements climatiques de long terme et assurer que les communautés locales et les peuples autochtones bénéficient effectivement des revenus générés par les crédits carbone. Elles couvrent des dimensions clés comme la clarification des droits fonciers et des droits sur le carbone, l’articulation avec les contributions déterminées au niveau national (CDN) et la coordination entre les différents ministères impliqués (environnement, finances, forêts, développement rural).
Le SCBFEP vient s’insérer dans ce paysage réglementaire émergent. En soutenant la production de bois légal, la formalisation des chaînes de valeur, la traçabilité et la transformation locale, le programme renforcera la capacité des États à démontrer que leurs réductions d’émissions reposent sur des bases solides, condition indispensable pour générer des crédits carbone de haute intégrité. L’initiative qui s’appuiera sur des institutions comme la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) permettra également d’harmoniser les politiques forestières, améliorer les normes du commerce du bois et renforcer la gouvernance transfrontalière.
Des enjeux majeurs pour la région
Audelà des montants annoncés, l’enjeu du programme pour le bassin du Congo est considérable, tant pour la région que pour le reste du monde. Malgré un rôle climatique décisif – près de 91 milliards de tonnes de carbone y étaient stockées en 2020 – ce massif forestier à très peu bénéficié jusqu’ici des flux de financement climatique internationaux.
Entre 2008 et 2017, il n’a reçu qu’environ 11,5 % des financements consacrés aux forêts, contre 34% pour l’Amazonie et 54,5% pour l’Asie du SudEst, d’après l’Agence française de développement (AFD). Pour les pays de cet espace, attirer davantage de financements est indispensable pour réussir à la fois le pari du développement et celui de la préservation des forêts.