Depuis la nationalisation en 2025 de la Somaïr, dernière mine d’uranium en activité au Niger, le bras de fer entre Niamey et le groupe français Orano s’est déplacé sur le terrain judiciaire et diplomatique. Les autorités nigériennes maintiennent une ligne de fermeté tout en précisant les modalités du partage du stock extrait avant la reprise du site.
Dans un message à la nation diffusé en fin de semaine dernière, le président Abdourahamane Tiani a réaffirmé la position de Niamey concernant l’uranium produit à Arlit avant la nationalisation. Niamey ne revient pas sur la nationalisation, mais distingue l’uranium produit avant la reprise de la mine, qu’il juge restituable au prorata de l’ancienne participation d’Orano, de celui extrait depuis, qu’il revendique comme exclusivement nigérien.
Une restitution encadrée et limitée
Durant son intervention, le général Tiani a d’abord insisté sur la souveraineté de l’État sur les ressources du sous-sol. Selon lui, l’uranium d’Arlit est désormais propriété pleine et entière du Niger, qui affirme avoir investi pour maintenir l’exploitation après le départ du partenaire historique.
Le président a toutefois précisé que la part correspondant aux 63,4 % autrefois détenus par Orano ne pouvait être calculée que sur un stock d’environ 156 tonnes produit avant la reprise du site. « La France a ses 63,4 % de 156,231 tonnes. S’ils veulent qu’on leur envoie cela, nous pouvons même payer le transport. Mais tout ce qui a été produit par la suite est nigérien […] », a-t-il déclaré, sans préciser comment une éventuelle restitution s’articulerait avec les procédures judiciaires en cours.
Une ligne déjà exprimée par le gouvernement
Cette position a déjà été formulée par les autorités nigériennes fin 2025. Lors d’un point de presse conjoint, les ministres en charge des Mines et de la Justice avaient avancé le même raisonnement. Ceux-ci avaient expliqué la position juridique de l’État concernant la concession d’Arlit, en soulignant qu’il s’agit d’un droit d’exploitation conditionné et non d’une propriété du sous-sol, lequel demeure souverain.
Dans les détails qu’ils avaient alors donnés, les ministres ont rappelé les investissements consentis par l’État et ses entreprises publiques pour maintenir l’activité de la Somaïr après juillet 2023. Selon la partie nigérienne, lesdits investissements auraient permis de produire depuis environ 2 000 tonnes, sur lesquelles Orano n’aurait aucun droit. Cette lecture est contestée par le groupe français qui considère avoir été exproprié.
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Les ministres ont également mis en avant un déséquilibre historique dans la commercialisation de l’uranium, estimant que la part revenant à Orano au fil des décennies aurait excédé sa participation au capital.
De la souveraineté au dossier judiciaire et diplomatique
Pour comprendre la portée de l’affaire, il faut revenir à plusieurs mois en arrière. Après le changement de pouvoir intervenu en 2023, Orano a progressivement perdu sa marge de manœuvre opérationnelle au Niger. La nationalisation en juin 2025 de la Somaïr, seule mine d’uranium encore active du pays, fut un point de rupture.
Niamey a ensuite annoncé vouloir mettre sur le marché international la production issue de la Somaïr, malgré une injonction rapportée du tribunal arbitral du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Il s’agit d’un tribunal arbitral rattaché à la Banque mondiale chargé de trancher les litiges entre États et investisseurs. Orano a contesté toute vente ou transfert tant que la justice internationale ne s’est pas prononcée.
De son côté, le Niger a aussi indiqué vouloir porter plainte contre Orano, notamment sur la question des impacts environnementaux attribués aux décennies d’exploitation.
Un marché plus porteur
Ce développement arrive alors que le contexte de marché est devenu nettement plus favorable. Après des années de prix en baisse, l’uranium a retrouvé un statut stratégique avec le retour en grâce du nucléaire dans plusieurs pays. Selon les données de Cameco, le prix spot de l’uranium a presque triplé depuis janvier 2021 pour dépasser 180 000 dollars la tonne fin 2025.
Selon une analyse de Trading Economics, relayée début février par Agence Ecofin, les prix du yellowcake (un concentré d’uranium) restent fortement élevés, car la capacité de production d’énergie nucléaire devrait continuer d’augmenter pour répondre à la demande des centres de données et de l’électrification.
Cela change la valeur politique et économique de chaque tonne produite, et rend d’autant plus sensible la question des stocks déjà extraits à Arlit. Pour Niamey, l’enjeu dépasse le contentieux avec Orano. Les volumes ont nettement reculé ces dernières années, largement en dessous des niveaux atteints en 2015, lorsque la production avait dépassé 4 100 tonnes.
Pour retrouver ses niveaux de production d’antan, le Niger cherche à diversifier ses options. Des partenaires chinois, canadiens ou encore russes sont régulièrement cités dans le débat public. L’un des projets les mieux positionnés du pays reste le gisement de Dasa, que veut exploiter d’ici 2027 l’entreprise canadienne Global Atomic. Il serait capable de livrer 68,1 millions de livres sur environ 24 ans, soit une moyenne annuelle d’environ 2,9 millions de livres ou 1 315 tonnes d’uranium.