Figurant parmi les compagnies aériennes les plus en vue en Afrique, Kenya Airways continue pourtant de se débattre avec ses difficultés opérationnelles. L’État kenyan est à pied d’œuvre pour stabiliser les finances du transporteur et le rendre plus autonome.
L’heure est de nouveau à la mobilisation pour Kenya Airways (KQ). Le 11 février dernier, le secrétaire au Cabinet du Trésor national, John Mbadi, a annoncé qu’un appel international à manifestation d’intérêt sera lancé afin d’attirer un investisseur stratégique, dans le but de relancer la compagnie aérienne nationale.
Concrètement, les autorités recherchent un partenaire pouvant injecter entre 154,8 et 258 milliards de shillings kenyans (1 à 1,7 milliard d’euros). L’État, actionnaire à 48,3%, absorberait également 63 milliards de shillings (environ 412 millions d’euros) de dettes convertibles en equity, une fois le processus finalisé.
Ces interventions entrent dans le cadre d’une démarche globale visant à réduire la dépendance du transporteur aux fonds publics, et à tracer la voie vers sa croissance et sa rentabilité à long terme. « Les points forts de la stratégie incluent la préparation et l’accumulation d’une structure financière et capitalistique complète, avec de nouveaux investisseurs stratégiques pour positionner l’entreprise vers le succès », a expliqué M. Mbadi selon des propos relayés par le média local The Star.
Une reprise fragile
Cette quête d’investisseur survient dans un contexte qui reste délicat pour Kenya Airways. En 2024, la compagnie annonçait un bénéfice avant impôt de 5,53 milliards de shillings (environ 36,2 millions d’euros), profitant de l’appréciation de la monnaie locale face au dollar US cette année-là (+20 %). Ce chiffre peut sembler dérisoire comparativement aux performances du leader continental Ethiopian Airlines sur l’exercice 2023/2024 (725 millions d’euros), mais la compagnie kenyane revenait de loin.
L’exercice précédent, elle affichait ainsi une perte de 22,86 milliards de shillings (environ 149,5 millions d’euros). Elle était aussi dans le rouge depuis 2013, frôlant même la faillite en 2016 alors qu’elle était accablée par une dette de près de 1 milliard d’euros. Elle avait déclaré une perte record de 26,2 milliards de shillings (environ 171,3 millions d’euros) pour l’exercice 2015/2016. Après l’éclaircie de 2024, le premier semestre 2025 a vu le retour des contre-performances, avec une perte avant impôts de 12,17 milliards de shillings (environ 79,6 millions d’euros). Une perte attribuée à la chute du chiffre d’affaires et du nombre de passagers, due à l’immobilisation pour maintenance de trois de ses Boeing 787-8 Dreamliners.
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Dans la foulée de la publication de ses résultats vers fin août 2025, KQ avait annoncé qu’elle envisageait de boucler d’ici la fin du premier trimestre 2026, un plan de levée de capitaux d’au moins 500 millions USD (environ 421,4 millions d’euros) pour agrandir et moderniser sa flotte. Une ambition qui entre dans le cadre de son programme « Kifaru » lancé en 2023, et visant à doubler ses destinations et porter sa flotte à 107 appareils d’ici 2030.
Soulager le contribuable pour charger le secteur privé ?
En attendant de nouveaux développements, des observateurs estiment que la démarche des autorités kenyanes devrait sensiblement soulager les finances publiques. Malgré les débats sur la pertinence du soutien étatique à une compagnie aérienne déficitaire, le Trésor national y aura injecté près de 130 milliards de shillings (environ 850,1 millions d’euros) en renflouements d’urgence depuis 2012, selon des données relayées par les médias locaux. En passant la charge à un investisseur privé, l’État réduit drastiquement son exposition aux subventions récurrentes.
En juin 2025 cependant, le cabinet PricewaterhouseCoopers LLP, après audit du rapport annuel du transporteur, a exprimé des doutes quant à la capacité de ce dernier à poursuivre ses activités. À la fin décembre 2024, les passifs de Kenya Airways dépassaient ses actifs totaux de 118 milliards de shillings (environ 771,6 millions d’euros), plaçant la compagnie en insolvabilité technique. Ce passif inclut des dettes aux fournisseurs, du leasing d’avions, des frais de carburant et des retraites impayées. Pour les futurs investisseurs privés, le défi reste donc de taille, et le chemin de la relance pourrait être encore long.