L’objectif est de développer une mine capable de produire environ 20 000 tonnes par an de carbonate mixte de terres rares, un volume qui pourrait être ultérieurement doublé.
Dans la bataille mondiale pour sécuriser l’approvisionnement en terres rares, les USA et leurs partenaires cherchent à réduire leur dépendance à la Chine, qui domine largement ce marché stratégique. Dans ce contexte, l’Afrique attire une attention croissante, avec plusieurs projets miniers qui pourraient contribuer à diversifier les chaînes d’approvisionnement occidentales.
La société minière britannique Pensana a annoncé le 4 mars dernier un investissement de 165 millions USD (environ 142,3 millions d’euros) pour soutenir le développement de sa chaîne d’approvisionnement en terres rares destinée au marché américain. Selon le communiqué publié par l’entreprise, cet investissement devrait être apporté par la société Cascade Natural Resources. L’opération n’est pas encore finalisée et reste soumise à la signature de la documentation définitive dans les prochaines semaines.
Créer une chaîne intégrée
Le montage financier prévoit deux volets. Une première tranche de 15 millions USD (environ 12,9 millions d'euros) serait injectée directement dans le capital de Pensana, via une souscription d’actions. Une seconde enveloppe de 150 millions USD (environ 129,4 millions d'euros) serait investie dans une filiale du groupe, qui détient la majorité du projet minier de Longonjo, en Angola. L’ensemble de ces fonds doit permettre d’avancer sur plusieurs chantiers liés au projet, notamment les travaux de forage supplémentaires, la mise en place d’installations de traitement et le développement d'activités en aval de la chaîne industrielle.
La société a indiqué que le financement s’inscrit dans une stratégie visant à créer une chaîne d’approvisionnement intégrée, allant de la mine jusqu’à la production d’aimants industriels, un segment essentiel pour les technologies liées à la transition énergétique. Le nouvel investissement se profile alors que Pensana avait déjà annoncé un accord avec la banque sud-africaine Absa pour mobiliser 160 millions USD (environ 137,9 millions d'euros), également destinés au développement du projet.
Un projet angolais déjà avancé
Longonjo constitue l’un des projets de terres rares les plus avancés en Afrique. Situé près de la ville de Huambo, il est bien positionné pour devenir la première mine d’exploitation de ces métaux stratégiques en Angola, et son développement est piloté par Pensana, société cotée à la Bourse de Londres. La future mine est majoritairement détenue par l’entreprise, tandis que l’État angolais dispose d’une participation directe de 10%. Luanda est également présent dans le capital de Pensana via ASF Yova Mining Holding, une filiale du fonds souverain angolais FSDEA qui détient près de 29 % des parts de la société.
La construction du projet a officiellement débuté en mai 2025. L’objectif est de développer une mine capable de produire environ 20 000 tonnes par an de carbonate mixte de terres rares, un volume qui pourrait être doublé lors d’une phase d’extension ultérieure. La mise en production est actuellement prévue pour 2027.
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En octobre 2025, Pensana a signé un protocole d’accord avec le groupe allemand Vacuumschmelze, spécialisé dans la fabrication d’aimants permanents. Ce partenariat prévoit la fourniture du carbonate de terres rares issu de Longonjo pour alimenter une chaîne industrielle liée à la production d’aimants, notamment une usine exploitée aux Etats-Unis. Ces composants sont essentiels pour plusieurs secteurs technologiques, notamment les véhicules électriques, les éoliennes ou certains équipements de défense.
Une nouvelle pièce sur l'échiquier mondial des terres rares
Les terres rares regroupent 17 métaux indispensables à de nombreuses technologies stratégiques. Si ces métaux ne sont pas particulièrement rares dans la croûte terrestre, leur extraction et surtout leur transformation nécessitent des procédés complexes et coûteux. La Chine s’est spécialisée dans ces activités au fil des décennies et contrôle aujourd’hui une grande partie de la chaîne mondiale d’approvisionnement. Pékin dispose notamment de près de 90% des capacités mondiales de raffinage et produit 92% des aimants permanents à base de terres rares.
Cette domination constitue un enjeu géopolitique important. Dans un contexte de tensions commerciales avec les USA et de restrictions à l’exportation décidées par les autorités chinoises, les pays occidentaux cherchent à sécuriser des sources alternatives d’approvisionnement. Dans cette stratégie, l’Afrique apparaît comme une région clé. Plusieurs projets miniers du continent sont ciblés pour diversifier l’origine de ces ressources critiques.
Le projet Longonjo s’inscrit dans cette dynamique. En cas de succès, il peut fournir une nouvelle source de terres rares pour les industries occidentales, tout en renforçant le rôle de l’Angola dans la chaîne mondiale des minéraux critiques.