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L’aquaculture attire de plus en plus d’investissements en Tunisie, mais demeure insuffisamment structurée

Photo de Espoir Olodo

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Publié le 23 février 2026 à 18:15

La production aquacole tunisienne est passée d’environ 4 650 tonnes en 2008 à 23 000 t en 2024.

La production aquacole tunisienne est passée d’environ 4 650 tonnes en 2008 à 23 000 t en 2024.

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En Tunisie comme dans plusieurs pays d’Afrique du Nord, l’aquaculture présente un potentiel de développement important. Face à l’épuisement des stocks halieutique, la filière est appelée à se renforcer.

En Tunisie, l’engouement du privé se confirme pour le secteur aquacole. Selon les dernières données de l’Agence de promotion des investissements agricole (APIA), un portefeuille de projets d’investissements évalués à 88,1 millions de dinars (environ 25,8 millions d’euros) a été approuvé en 2025. Ce niveau représente plus du triple de celui de 2024 (7,6 millions d’euros), année où l’enveloppe annoncée était déjà plus de 6 fois supérieure en glissement annuel.

Une filière engagée dans une dynamique ascendante

Cette performance illustre l’attrait croissant du secteur. Si l’aquaculture moderne a été introduite en Tunisie dans les années 1960, la filière ne s’est véritablement affirmée que depuis une dizaine d’années. Portée par des investissements croissants dans la pisciculture marine se déroulant principalement dans le gouvernorat de Monastir, le long de la côte Est, la production aquacole a fortement progressé, passant d’environ 4 650 tonnes en 2008 à 14 000 tonnes en 2015, puis à 23 000 tonnes en 2024, selon les données du Ministère de l’Agriculture.

Avec un tel niveau, le pays s’impose comme le 3e acteur de l’industrie aquacole en Afrique du Nord derrière l’Égypte et l’Algérie, mais la filière n’y a pas encore atteint son rythme de croisière. Selon des prévisions relayées par le Département américain de l’agriculture (USDA), le potentiel de croissance future du secteur s’y situe autour de 9% par an. Des perspectives positives liées à une demande intérieure de produits d’aquaculture qui devrait croître d’environ 10% par an, sous l’effet de la baisse de disponibilité des produits issus de la pêche sauvage, et de prix d’achat plus faibles pour les consommateurs.

Dans le pays du Jasmin, près de 60 compagnies opèrent actuellement dans l’élevage de bar et de dorade, avec des cages flottantes et submersibles de crevettes, de coquillages, mais aussi dans l’engraissement de thon rouge, entièrement destiné à l’exportation vers les marchés asiatiques.

Des obstacles à lever pour un véritable essor

En dépit de l’engouement croissant du secteur privé, l’aquaculture tunisienne reste encore de taille modeste. Elle ne représente qu’environ 13% de la valeur totale de la production halieutique nationale, et génère quelque 3 000 emplois directs. Le gouvernement ambitionne de porter les volumes à 35 000 tonnes d’ici 2030, afin de réduire la pression sur des stocks de poissons sauvages déjà fortement sollicités, et de mieux répondre à la demande intérieure.

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Sur le terrain, plusieurs freins structurels limitent encore cette montée en régime. La pisciculture marine, de loin le segment dominant avec près de 90% de l’offre aquacole, dépend fortement d’alevins et d’aliments importés (50% environ) qui pèsent lourdement sur les coûts de production et exposent les entreprises aux aléas de change et de logistique internationale. À ces contraintes s’ajoutent des problèmes de gouvernance technique et de structuration de la filière. L’USDA souligne ainsi que l’inefficacité des contrôles sanitaires, la qualité parfois insuffisante des aliments et le manque d’intégration de la chaîne de valeur contribuent à des performances « en dessous de la moyenne » pour le secteur.

Les produits sortant des fermes transitent encore largement par des intermédiaires, faute de circuits de commercialisation organisés et de liens solides avec la distribution moderne. Dans un tel contexte, les interventions du gouvernement seront décisives pour transformer le potentiel identifié en croissance réelle. Du renforcement des capacités techniques au soutien à l’investissement privé dans la production locale d’aliments et d’alevins, en passant par une meilleure coordination entre éleveurs, transformateurs et distributeurs, les chantiers seront nombreux dans les prochaines années. 

Espoir Olodo, Agence Ecofin

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