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La Tribune Afrique

La RDC cherche des partenaires étrangers pour bâtir une industrie ferroviaire nationale

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Publié le 04 novembre 2025 à 09:50

Un train express sur la ligne Kinshasa - Matadi en République démocratique du Congo

Un train express sur la ligne Kinshasa - Matadi en République démocratique du Congo

DR

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Photo d'illustration de l'article
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La RDC dispose de plus de 5 000 km de voies ferrées, mais le potentiel de ce réseau reste sous-exploité, entre autres, en raison du vieillissement des infrastructures. Le pays, qui veut bâtir une industrie ferroviaire durable, est ouvert aux partenariats internationaux.

La République démocratique du Congo veut faire passer son transport ferroviaire à la vitesse supérieure. Le gouvernement a lancé mi-octobre un appel à manifestation d’intérêt international destiné à sélectionner des partenaires techniques, industriels et financiers pour la création d’une « usine nationale d’assemblage et de montage de trains, locomotives et wagons ».

Conduit par le ministère des Transports, des Voies de communication et du Désenclavement, le projet prendra la forme d’un partenariat public-privé (PPP) de type joint-venture ou Build-Own-Transfer (Construction-Exploitation-Transfert) sur une durée de 25 à 30 ans. Il s’inscrit dans une stratégie  de relance et de modernisation de l'industrie ferroviaire, tout en soutenant une politique d’industrialisation et d’intégration régionale. Objectif : réduire la dépendance aux importations de matériel ferroviaire et bâtir une base industrielle capable de répondre aux besoins nationaux et régionaux.

Soutenir les corridors et les ambitions logistiques

Deux zones sont ciblées pour accueillir cette future usine : Matadi, dans la province du Kongo Central, point d’accès au littoral atlantique, et Kalemie, dans la province du Tanganyika, à la jonction des grands axes vers la Tanzanie. Ce choix géographique vise à renforcer les corridors ferroviaires régionaux, tout en reliant les pôles économiques majeurs du pays.

Le communiqué précise que l’usine intégrera des ateliers d’assemblage d’une capacité initiale de 5 à 10 locomotives et de 100 à 200 wagons par an, des chaînes de montage modulaires (SKD/CKD), des ateliers de chaudronnerie, peinture, usinage et tests, ainsi qu’un centre de maintenance et réparations (MRO) et une Académie ferroviaire nationale chargée de former et de certifier les techniciens congolais. L’infrastructure sera alimentée par un poste électrique appuyé par une centrale solaire de 1 à 2 MWp, pour assurer la continuité énergétique.

Selon le ministère, cette initiative vise à « relancer la production locale de matériel roulant adapté aux besoins nationaux et régionaux, créer des emplois qualifiés et favoriser le transfert de technologies », tout en soutenant des projets structurants tels que le corridor de Lobito, le corridor Est-Centre ou la ligne Kinshasa-Matadi-Banana.

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Des perspectives intéressantes pour les investisseurs étrangers

L’appel s’adresse à un large éventail d’acteurs — constructeurs ferroviaires, bureaux d’ingénierie, entreprises EPC (Approvisionnement et Construction) et investisseurs institutionnels — invités à former des consortiums pluridisciplinaires combinant savoir-faire industriel, capacités financières et transfert de compétences. Il survient dans un contexte de redressement progressif des investissements directs étrangers (IDE) en RDC. D’après la CNUCED, cette dernière a attiré 3,1 milliards USD (environ 2,7 milliards d'euros) d’IDE en 2024, un niveau en hausse constante, mais encore inférieur à son potentiel réel, compte tenu des vastes ressources naturelles et de la position stratégique du pays au cœur de l'Afrique.

D’après un rapport du département d’État des USA, les principaux flux d’IDE vers la RD Congo proviennent de la Chine, de la Grande-Bretagne, mais aussi de l’Égypte, de la République de Maurice (connue pour être un point de transit pour les entreprises étrangères) et de l’Inde. En cherchant à diversifier ces flux vers l’industrie manufacturière et les infrastructures, Kinshasa espère attirer de nouveaux investisseurs privés et institutionnels capables de soutenir sa transition industrielle.

Pour les acteurs européens, le projet ferroviaire congolais représente une opportunité d’ancrer une présence industrielle durable sur un marché émergent, tout en valorisant des technologies de pointe. Selon ses autorités, la RDC « dispose de plus de 5 000 km de voies ferrées, mais son potentiel ferroviaire est sous-exploité en raison du vieillissement du matériel roulant et de l'absence d'industrie locale de production ou de réhabilitation ». Le pays a engagé la réhabilitation de ses lignes intérieures, et son réseau ferroviaire reste demandeur d’importants travaux de modernisation, notamment pour mieux en exploiter le potentiel logistique, sur fond d'avènement de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Une compétition sino-européenne en perspective

Si Kinshasa ouvre la porte aux partenaires occidentaux, la concurrence chinoise reste bien présente. Déjà omniprésentes en Afrique, les entreprises de l’Empire du Milieu disposent d’une solide expérience dans la construction ferroviaire et les partenariats BOT. Pékin a multiplié les projets intégrés — financement, construction, maintenance — au Kenya, en Éthiopie, en Angola, et pourrait logiquement se positionner sur ce nouvel appel.

Face à cette avance, les entreprises européennes devront miser sur des critères différenciants : qualité technique, transparence contractuelle, innovation environnementale et intégration locale. La RDC, de son côté, a fixé des exigences strictes : chaque consortium devra présenter un plan de transfert de technologie, un schéma de financement précis et une gouvernance partagée au sein de la société de projet. Le communiqué rappelle que « le respect des normes ESG, anticorruption et de travail décent » constitue une condition incontournable pour toute participation au projet.

Les candidatures doivent être déposées au plus tard le 5 décembre 2025, ce qui laisse supposer que les entreprises définitivement retenues ne devraient pas être connues avant 2026.

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

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