En sollicitant un financement d’ampleur auprès du négociant pétrolier Vitol, l’Ouganda cherche à lever plusieurs goulots d’étranglement qui freinent encore la mise en œuvre de sa stratégie pétrolière. L’annonce survient à un moment charnière, où le pays s’apprête à entrer dans le cercle des producteurs africains de brut.
Le gouvernement ougandais a soumis cette semaine au Parlement une demande d’autorisation pour permettre à la compagnie publique Uganda National Oil Company (UNOC) de contracter un emprunt d'environ 1,7 milliard d'euros (2 milliards USD) auprès de Vitol Bahrain E.C., filiale du groupe Vitol. L’opération s’inscrit dans un programme plus large visant à accélérer le développement d’infrastructures jugées essentielles dans les plans du pays pour son secteur pétrolier.
Financer des projets structurants
Selon les détails communiqués aux parlementaires par le ministre d’État aux Finances Henry Musasizi, le prêt envisagé aurait une maturité de 7 ans et serait assorti d’un taux d’intérêt de 4,92%. Il a indiqué que cela permettrait « d’accéder à des financements non traditionnels pour mettre en œuvre des projets et soutenir le gouvernement dans le développement des infrastructures nationales ». UNOC serait l’emprunteur direct, tandis que le service de la dette reposerait sur une capitalisation progressive de la société par l’État. Les autorités ougandaises prévoient de canaliser une partie des recettes pétrolières futures vers des comptes dédiés, destinés à garantir le remboursement en cas de difficulté.
En outre, apprend-on, environ 1 milliard d'euros (1,2 milliard USD) seraient affectés à des projets directement liés à la chaîne de valeur pétrolière opérée par la compagnie publique. Les fonds doivent notamment couvrir le développement du terminal de stockage de Kampala, l’extension de celui de Jinja, l’acquisition de capacités de stockage au port kényan de Mombasa, ainsi que l’extension du pipeline de produits pétroliers raffinés entre Eldoret et Kampala. Le financement couvrira aussi la première année de construction d’une raffinerie locale de pétrole brut.
Le solde de l’enveloppe serait consacré à des infrastructures routières nationales, dans un montage que l’exécutif présente comme un moyen d’accélérer des projets jusque-là contraints par les limites budgétaires, tout en préparant des sources de revenus à moyen terme.
Une stratégie pensée au-delà de l’exportation du brut
Cette opération intervient dans un contexte où l’Ouganda affine progressivement une stratégie pétrolière articulée autour de la transformation locale des ressources. En mars 2025, Kampala a finalisé un accord de mise en œuvre avec l’investisseur émirati Alpha MBM Investments pour la construction de la première raffinerie de pétrole du pays, à Kabaale, dans le district de Hoima. Le projet, détenu à 60 % par le partenaire émirati et à 40% par l’État via UNOC, vise une capacité de 60 000 barils par jour pour un investissement estimé à 4 milliards de dollars.
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Selon les autorités, la mise en service de l’installation est envisagée entre la fin de 2029 et le début de 2030. L’objectif affiché est de répondre aux besoins domestiques en carburants, tout en développant des segments à plus forte valeur ajoutée, incluant la pétrochimie, le kérosène et le traitement du gaz.
La raffinerie entre dans le cadre du Kabalega Industrial Park, un projet industriel de grande ampleur destiné à accueillir des activités pétrochimiques, des unités de fertilisants et des services logistiques. Ce pôle est présenté comme un prolongement industriel des projets pétroliers en cours dans la région du lac Albert.
Une trajectoire macroéconomique liée au pétrole
Notons que l’Ouganda se prépare à démarrer la production commerciale de brut à partir de la mi-2026. Le ministère des Finances anticipe une croissance annuelle moyenne de 8% sur les cinq prochaines années, portée par les investissements pétroliers et les infrastructures associées, avec un pic attendu lors de l’exercice 2026-2027.
Si l’on en croit les estimations officielles, les réserves exploitables du pays s’élèvent à environ 2,2 milliards de barils. La production pourrait atteindre des volumes de 230 000 barils par jour, ce qui ferait de l’Ouganda l’un des plus grands producteurs d’Afrique subsaharienne. D’après le FMI, le démarrage de l’exploitation devrait contribuer à améliorer les équilibres budgétaires et extérieurs du pays, dans un contexte où la dette publique avoisinait 54% du PIB en 2024.